‹ Madagascar et la mission catholiqueChapitre 54 sur 82 · LE BAIN ET LE SAMPA LS · texte numérisé non relu

LE BAIN ET LE SAMPA LS

cipice, restes des anciens remparts, sont étendus Les jours de fête on les nt

18 vieux canons sans affût.

bourre; un Malgache saute de l'un à l’autre, alluma la traînée de poudre qui tient lieu de mèche. Les coups partent à la file; et l'écho, qui les répète indéfiniment, fait croire à des salves lointaines d'un merveilleux effet.

Le jour se passe en réjouissances diverses. A la nuit, le palais s'illumine : l'heure du fandroana approche.

Tananarive possède trois palais royaux. Le palais de Soanterana, bâti sous Radama I par un Français, le charpentier Legros, sert aujourd’hui de poudrière. Le 7Tyanovola, ou palais d'argent, doit son nom aux bordures d'argent qui ornaient sa toiture. C'est un petit édifice, attenant au palais royal. La Reine et le Premier Ministre y reçoivent les étrangers et y donnent des audiences d'affaires. Le grand palais de Manjaka-Miatana, domine Tananarive (1). Ia 42 metres de hauteur, 10 de profondeur et 28 de largeur. C'est, en somme, une immense case en bois, revêtue de trois étages de galeries extérieures, en pierre.

Au rez-de-chaussée, se trouvent trois orands salons très ornés. Les parquets sont d'ébène incrusté. Les meubles viennent de Paris, ou bien ont été COPIÉS, sur des meubles européens, par des ouvriers indigenes. Quelques portraits aux murs : ceux de Farquhar, de Hastie, des frères de Radama I; puis des scènes

de bataille du premier empire, car Radama °° idolâtrait

(1) A l'est du grand palais et derrière le Tranovola s'élève le palais de Hasoandro, maison en pier e, résidence ordinaire de Ranavalona II. C'est une dépendance

du Manjaka-Miadana.

Napoléon I, et se piquait même de lui ressembler, D'autres images, des images d'Épinal, représentent les batailles d'Isly, de l’Alma, d’Inkermann, la prise d'Alger, de Malakoff, de Constantine.

Le palais de Manjaka-Miadana ne s'ouvre qu'à de rares étrangers, et pour la seule fête du bain. Autrefois 1l était même inaccessible. Ranavalona [°° donnait audience du haut de son balcon.

Un massif arc-de-triomphe, d’une douzaine de mètres de hauteur, donne accès à la cour d'honneur du palais. La garde royale y fait la haie. Des musiques, une batterie d'artillerie, des chœurs de chanteurs et de chanteuses la remplissent.

La vaste salle du bain est occupée par les princes ét princesses du sang, les représentants des castes et de l’armée, les consuls des divers pays, le personnel civil et militaire de la Résidence de France.

Au miheu de la salle, débarrassée de tous ses meubles, se dresse une colonne d'un mètre de diamètre qui va jusqu'au faîtage, en traversant les appartements supérieurs. Une console d’ébène entoure cette colonne : elle supporte des vases et des coupes d'or et. d'argent, Le parquet est: couvert. ‘dé: nattes tres fines. Tout le monde est assis par terre ou debout. Seul le Résident Général de France a une chaise près

du trône (1).

Le trône est placé, selon l'usage, dans l'angle

nord-ouest. La Reine porte le costume national: lamba écarlate, bracelets aux garnitures de corail, un

(1) Ces dernières années, le vice-consul d'Angleterre avait aussi sa chaise

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énorme collier de graines de corail en sautoir, une lésère couronne d’or bruni, sur le devant de laquelle se dessine, en filigrane, l’épervier symbole de la dynastie. Sur les marches du trône est assis le Premier Ministre, Rainilaiarivony, vêtu d'un élégant costume de soie malgache blanche, la poitrine chamarrée de décotations, au milieu desquelles brille la croix de

Commandeur de la Légion d'honneur.

La musique joue l'air de la Reine; aussitôt après, commence le défilé. des. porteurs d’eau, de bois, de marmites et des différents objets nécessaires au chauffage du bain et à la cuisson du riz. Le feu est allumé dans l'espace réservé à droite du trone- Des que l'eau est chaude, on commande le silence, et la Reine se retire à gauche, dans une alcôve formée de

draperies écarlates.

Tandis qu'elle reçoit l'ablution, la Reine s’écrie par trois fois : « Masma aho; ie suis purifiée ». On lui gépond: « Aasina hianao; soyez purifiée ». Les princes et princesses du sang pénètrent alors dans

l'enceinte réservée, où la Reine les bénit.

Puis Sa Majesté reparaît, vêtue à l’européenne : robe de velours cramoisi, un splendide collier de dia- Hhants 40: cou: la/couronne royale Sur la tèté. Elle tient, d'une main, une corne de bœuf ou une calebasse cerclée d'argent pleine de l'eau du bain. La Remé:en asperge l'assistance, ménageant les Européens, arrosant copieusement ses sujets indigènes. Traversant la salle

dans toute sa longueur, elle arrive à la’ porte. ‘jette

de l'eau dans là direction des quatre points cardinaux,

fait le tour du palais, et revient prendre place sur son trône.

Une salve d'artillerie avait annoncé au peuple le moment où Sa Majesté entrait dans son alcôve; une autre avait indiqué le moment précis du bain; une troisième salve salue la Reine quand elle paraît à la porte du palais.

Le premier rite du fandroana accompli, il reste à procéder au second, au repas. Lorsque le riz est cuit, et le bœuf conservé depuis l’année précédente réchauffé, on sert la Reine, puis tous les assistants (1). Quand tout le monde est servi, la Reine dit: « Moi, la seule Reine et la seule maîtresse de Madagascar, je vous ai invités au bain de cette nouvelle année; que Dieu vous fasse vivre mille ans ensemble; mangez. » On goûte du mets présenté, puis tout le monde se lève.

Autrefois l'assistance dansait alors, en signe de joie. En 1889, une innovation a été introduite. Des groupes de danseurs, habillés à l'européenne, les hommes en habit noir, les dames en toilette de bal, se sont présentés et ont exécuté quelques danses locales.

Enfin le /assa (hommage) est présenté à la Reine les chefs de la noblesse,. de

par les princes du sang,

la bourgeoisie et du peuple, les chefs de l’armée ét

de la caste noire. Chacun offre une piastre à la Souveraine. Le hasina terminé, lé Premier Ministre pro-

(x) Ordinairement une assiette sert à trois convives; en guise de cuillér, on met dans l'assiette un morceau de feuille de banane. Depuis quelques années, les étrangers étant admis en plus grand nombre, on sert le jaka seulement à la famille royale, Les familles indigènes le mangent ensuite chez elles.

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