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CHOIX DE L'EMPLACEMENT

Dès mon arrivée à Tananarive, en janvier 1880,

mon premier soin fut de rechercher un emplacement propice à la construction du futur édifice. Deux mon-

tagnes, situées non loin de la capitale, parürent

répondre aux conditions requises.

Au sud du Champ de Mars (Mahamasina) s'élève

le sommet d'Ambohijahanary (montagne du Seigneur), qu'au commencement de ce siècle, le roi Radama I* avait entrepris de niveler. Plusieurs grands sillons de 6 à 7 mètres de profondeur, creusés suivant l'axe de la montagne, témoignent encore aujourd’hui des travaux qui y furent accomplis et qui cessèrent à la mort de ce roi. Mais ce sommet avait le privilège d'être un lieu sacré, prétexte suffisant pour en refuser la concession au profane européen.

À deux kilomètres et demi de la capitale, s'étend, parallèlement vers l'est, une chaîne de collines incultes dont le point culminant porte le nom d'Ambohidempona (village concave). Le choix de cet emplacement semblait encore meilleur. Nous avons obtenu du gouvernement malgache la concession de ce lieu depuis longtemps néfaste (/ady}, au dire des indigènes. Un village était autrefois bâti sur ce sommet.

Or; un jour, les habitants d'Ankatso étaient éprouvés par la petite vérole ; afin d'échapper à la contagion, les gens valides allèrent demander asile à leurs

voisins d’'Ambohidempona ; tous contractèrent la ma-

L'OBSERVATOIRE D'AMBOHIDEMPONA 239

ladie, et beaucoup en moururent. De 1à, le dicton populaire : « Aller d’Ankatso à Ambohidempona, » comme nous dirions : tomber Charybde en Scylla.

À cette époque, comme aujourd'hui, chez les peuplades Bares et Sakalaves, les chefs de tribu étaient continuellement en guerre les uns contre les autres. Chaque ville, chaque hameau avait des fortifications. Elles consistaient en un ou plusieurs fossés de 6 à 7 mètres de profondeur sur 5 à 6 mètres de largeur, creusé autour des habitations, et planté de cactus, d’aloës, d’euphorbes, de nopals, et sappans et autres arbustes épineux. Une muraille de terre entourait la place. Une ou deux issues formées de plusieurs blocs de granit, servant de points d'appui à une grande pierre circulaire, et quelques poutres jetées par-dessus les fossés, constituaient le passage. Tous les soirs et à l'approche de l'ennemi, le pont-levis était retiré, la pierre circulaire roulée entre ses supports; ainsi isolé, le Malgache n’avait d'autre arme que sa lance, mais son courage et l’amour de sa pauvre chaumière centuplaient ses forces.

Ambohidempona possédait un système de fortifications plus perfectionné, à cause de son voisinage de la capitale et de sa situation stratégique exceptionnelle. A l'est, la montagne, couverte de gneiss et de pierres granitiques, descend majestueusement jusqu'aux rizières de la vallée, à 114 mètres de profondeur; de ce côté la position était accessible à l'ennemi. À l'ouest, les pluies tropicales ont à la longue formé d'immenses précipices, barrière infranchissable. Un

fossé creusé vers le milieu de la montagne, aujour-

d'hui presque comblé par les terres qu'entraiînent Îles orages, enfermait la première enceinte. Cinquante mètres plus haut, une tranchée de 8 mètres de large, probablement entourée d’une muraille, était, en cas de défaite, le dernier retranchement.

Un jour, raconte la tradition, les ennemis réussirent à pénétrer dans la place, et en massacrèrent les habitants ; les maisons furent pillées, brülées et renversées. Aïnsi disparut, comme tant de cités, sous l'action du temps et des hommes, le village d'Ambohidempona. Il ne nous en reste que le nom, et le sinistre souvenir du sang humain qui fut versé. À côté de l'édifice, on voit un tumulus adossé au flanc des deux roches granitiques. C’est la sépulture du dernier des gouverneurs d’Ambohidempona; là repose peut-être un obscur vaillant tombé sur le champ d'honneur,

pro aris et focis.

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