VIT
Diego Suarez
On entre dans la magnifique baie de Diego Suarez par un étroit goulet, dont le chenal a trente brasses de profondeur, et l’on se trouve, non seulement au milieu d'un beau port, mais de quatre ou cinq vastes rades, groupées et encadrées dans les sites les plus variés, tour à tour gracieux ou grandioses.
Le sol, à Antsirano n’est peut-être pas très fertile; il l’est à Diego, à Anamakia, et au bas de la montagne d'Ambre, où des cultivateurs de la Réunion ont créé des jardins potagers, et planté des caféiers. On a eu le tort d'annoncer bruyamment, en France, qu'on donnerait gratuitement des terrains aux pétitionnaires. De pareilles annonces sont imprudentes ; elles amènent des malheureux, qui ne réussissent pas mieux dans un pays neuf qu’en Europe. Leur désenchantement donne ensuite une mauvaise réputation à notre colonie.
Antsirano est la capitale de la colonie française. Après Tamatave, cette ville est le centre catholique
de beaucoup le plus important de la côte; elle est
même plus exclusivement catholique que Tamatave. On y rencontre quelques musulmans indiens ou anjouanais,
guère de protestants.
Antsirano en 1880.
D'’excellents industriels, MM. Locamus et Sarameia projettent, à Anamakia, des établissements qui feront de cette ville un entrepôt plus important qu’Antsirano. Ils y établiront une manufacture d’endaubage et de conserves de viande, une tannerie. Ils espèrent aussi y créer des salines. Anamakia pourra devenir un foyer, d’où le catholicisme se répandrait sur les Sakalaves du
nord, bien moins sauvages que les Sakalaves du sud.
La Côte Est. — Fénérive.
Fénérive est en pleine décadence. Le nombre des traitants y a diminué de moitié au moins, depuis dix ans. Des maisons et des magasins abandonnés tombent en ruines. C'est un des ports où il se vendait
autrefois le plus de riz ét de caoutchouc. Cette déca-
dence s’accuse du reste sur toute la côte betsimisaraka,
elle provient d’une cause unique, la dépopulation.
Le peuple betsimisaraka, dans les campagnes, meurt de faim et de misère. Deux fléaux sont en train de l'achever, ce sont le militarisme et, chose étrange, Îles écoles protestantes. Toute la jeunesse valide, — même des enfants de quatorze à quinze ans, — est enlevée des villages, et menée dans les centres, où les officiers hova l'exercent. Condamnés à l'oisiveté, forcés de se nourrir, de se loger, de se vêtir, ces conscrits sont réduits à emprunter. Leurs officiers s’empressent de leur prêter des habits et du riz, à de gros intérêts. La future récolte que cultivent les vieux parents est ainsi hypothéquée d'avance.
Les officiers en. agissent ainsi afin de vivre euxmêmes. Ils vivent de leurs soldats, comme Îles gouverneurs vivent d'eux. Les soldats, réduits à la misère, deviennent voleurs de grands chemins.
Les femmes travailleraient bien pour nourrir leurs
maris, mais, ici, survient un second fléau. Un minis-
tre protestant arrive dans une localité ; il déclare au Gouverneur qu’on ne peut fournir un maître d'école à son village, qu'il faut pourtant instruire le peuple, et, conséquemment, l’’entraïner dans des centres plus populeux. Le gouverneur lance ses soldats dans la
campagne. Ceux-ci font une razzia d'enfants et même
Chutes de l'Ikopa.
de femmes mariées ; ils les forcent de quitter parents et rizières pour aller apprendre des leçons qu'il leur faydra encore payer. Telle est la situation de la côte,
depuis Fénérive jusqu’à Tamatave et au-delà.
De cette course rapide autour de Madagascar, on peut, nous semble-t-il, rapporter une impression d'espoir. Dans ces régions, la terre n'est point par-
tout également fertile, ni les âmes, partout également dociles. Mais, qu’une nation européenne, comprenant son rôle de protectrice, pourvoie aux intérêts matériels de ces peuples, surtout qu'elle surveille et dirige leur éducation morale, ils prospèreront aisément.
A la France revient, de droit, la tutelle de Mada-
ascar : bientôt, sans doute, elle l’exercera. Nous 9 nl ,
prions Dieu qu'il bénisse son action. Quant à la
mission catholique, son histoire d'hier fixe d'avance son programme de demain. Cette histoire, de l’aveu de tous, se résume en un mot, consolant et glorieux
pour elle : « Elle a passé en faisant du bien. »
Diego-Suarez. — La Rade.
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