The i^pectalor^ 20 janvier
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de troupes iiidigèaes doDl l'endurance est pius grande que celle de nos recr ues indiennes, conduites par des officiers français — dans la contrée la plus inaccessible du monde par ses montagnes et ses ravins, avec des troupeaux, du riz et autres productions en abondance, où presque chaque pas nous révèle une forteresse naturelle dans une tle qui se suffit & elle-même, avec ses innombrables baies, rades et ports naturels, d'où des croiseurs pourraient s'élancer pour détruire notre commerce, les Français ne pourraient en être chassôs... »
Voilà pourquoi nous ne pouvons jamais^ (\i h aucun prix abandonner la possession de Madagascar, qui nous appartient de droit, et qu'il nous importe souverainement de posséder.
2" Mais alors, et ce sera ma seconde conclusion, c'e/âr// la yuerre devenue absolument nécessaire et urgente» Evidemment, et c'est pour cela qu'on Ta déclarée.
Je l'ai dit, en effet, clairement dans le dernier chapitre de ce travail, et je n'ai pas besoin d'y reyenîr ici : Notre situation à Madagascar était devenue vraiment intenable. Il n'y avait r^en k tirer du traité de 1885, et il était absolument impossible de rien obtenir par des moyens pacifiques. Par conséquent, il était de toute nécessité d'en employer d'autres, et dans le plus bref délai possible. Toute hésitation, tout retard pouvait entraîner des malheurs peutêtre irréparables. Telle était l'opinion unanime de tous ceux qui ont habité Madagascar et de tous ceux qui ont étudié la question.
Il n'y avait donc pins d'hésitation possible. Au reste, ce sera une campagne facile, et Ton sera surpria en France, de la rapidité avec laquelle elle sera conduit»'.
Il y a quelque temps on m'écrivait de Tamatave, que les llova. incapables de résister, se rendraient aussitôt ryu'nne marche en avant vers la capitale serait sérieusement esquissée. Mettons qu'il y ait là un peu d'exagération. Mais il est certain, du moins, qu'il n'y aura pas de résistance sérieuse. Je l'ai surabondamment démontré en parlant de l'armée.
Seulement il faut marcher tout de suite sur Tananarive et rompre complètement avec les errements passés au lieu de nous user sur les côtes et de bombarder des villages inoffensifs. Tout le reste importe peu aux llova, et ils seront intraitables tant qu'on ne sera pas à la capitale.
La nature du terr.iin, les immenses obstacles naturels, fleuves, forêts, montagnes, déserts dont la route de Tananarivp est couverte, ont pu nous eilrayer tant qu'on ne connaissait pas le pays.
CONCLUSION
Mais aujouid'liui on m relevé un clieinin, dressé un plan de marche en avant qui évite les forêts et les pentes les plus abruptes, et qui conduit sûrement à la capitale. — Toutes les mesures sont prises, la guerre est préparée comme seule l'expédition d*Alger l'avait été, et le succès en est certain. Elle coûtera cher. On a décidé d'y consacrer 15,000 hommes, et les crédits demandés s'élèvent à 65 millions. Ce sont des chiffres élevés. Mais au moins il n*y aura pas de surprises comme au Tonkin ! il n*y aura pas de moments d'angoisse comme lorsque le général Dodds était sur Ahomey, presque incapable d'aller en avant) Il ne sera pas besoin d'une seconde campagne. Le gouvernement semble avoir définitivement rompu avec la politique d'atermoiements et de demi-mesures, comme aussi avec le système des petits paquets. 11 a raison, et il sera lui même étonné des succès qui l'attendent.
3*) Mais une fois la guerre linie et les Hova réduits, que fera-t-on?
Il ùml à tout prix, à mon avis, éviter l'annexion et même l'administration directe de l'île. Car outre les complications de politique internationale qu'elle entraînerait, cette mesure nécessiterait des dépenses incalculables comme en Algérie et les résultats obtenus ne pourraient être en proportion de ces énormes dépenses. Le protectorat au contraire est un régime simple qui n'entratne que peu * de frais et permet la collaboration et la coopération du protégé.
C'est même cette crainte de l'annexion qui explique» qu'on ne l'oublie pas, la répugnance qu'éprouvent encore certains hommes contre une action décisive.
Mais je croi> que personne n'y songe.
Évi'lemiueut on pourra, et l'on devra prendi (î quelques situations stratégiques, Tamal.ive, Mojanga, Fort-Daupliin peut-être,, ou d'autres. Mais i! faudra s'en tenir à un protectorat réel, effectif, sur le modèle d(> celui que nous avons en Tunisie et dont tout le monde est content.
Gomment sera organisé ce protectorat? Quels en seront les éléments? Quelles limites donnera-t on à son autorité If Quelles attributions seront les siennes? Autant de questions qu'il ne m'appartient pas d'étudier.
Quelques idées générales seulement.
VU faut que la France ait entre ses mains, par son Résident Général, la direction des Affaires étrangères et le contrôle du gouvernement intérieur.
'2^ Qu'un de nos ingénieurs soit chargé des travaux publics.
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3^ Que ie Protectorat surveille et régie la perception des impôts . et l'emploi des fonds publics.
At^ Que le droit de propriété, de vente et d'achat, soit garanti à nos nationaux.
5*^ Que nos tribunaux connaissent de droit de toutes les questions concernant les étrangers» ainsi que des contestations qui pourraient intervenir entre les Français ou les étrangers avec des sujets malgaches.
6** Qu'il y ail auprès de chaque gouverneur de province un vicerésident français dépendant du Résident GciuTal, et rrm[»Iiss;nit auprès de lui à p< n [a ès les mêmes fonctions d iuspiratiun et de contrôle que le HésideuL Générai lui-même auprès du gouvernement central.
Ce sera li és suffisant.
J'estime qu*- de cette manière, peu de fonctionnaires pourront suffire pendant de longues années, et, s'ils sont habiles et intègres, tenir complètement Madagascar.
Évidemment ie Résident Général aura sous la main une forte escorte, 1,500 ou 2,000 hommes. Il faudra aussi une petite garnison à Fianarantsoa, à Fort-Dauphin peut-être, et dans deux ou trois autres postes. Mais le moins possible, et ces garnisons, même celle • de Tananarive, pourront peu à peu encadrer un contingent indigène de plus en plus fort qui diminuera d^autant le nombre des soldats français.
delà ne sera pas fort coûteux et pourra être supporté par les finances locali s. Pour tout le reste, il faudra autant que possible garder ce qui existe, r.iun'liorer, le etirriger, le modifier en partie, mais lentement et avec beaucoup de tact — et laisser faire le temps. !
On conservera l'institution de la royauté à peu près telle qu elle exiiite; on gardera aussi la même division administrais ve, et les mêmes cadres, sinon les mêmes hommes.
Tout le monde estime quil faudra pour cela continuer à se servir des Hova. Il est sCtr, en effet, qu'ils ont déjà une certaine organisation, un réel esprit de discipline et un vrai talent d'administration.
Sous la direction d'un bon Résident, ils sauront mieux que nous manier les diverses pcu]»lades, ne pas heurter leurs préjugés, prendre contact avec elle et en tirer parti. Le tout sera'de bien les tenir en main, d'être toujoui-ssur ses gardes, de leur enlever tout désir et toute velléité de révolte ou de rébellion.
On y réussira surtout en leur montrant bien que leur intérêt
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dépend de leur fidélité. Au reste, il faudra avoir grand soin âo ne pae engager l'avenir, de se réserver le droit de choisir tel ou tel gouverneur en dehors d'eux, peut-éfre même de laisser leur autonomie à telle ou telle peuplade plus intelligente et qui y aura des titres particuliers.
Un autre point d'une extrême importance et qu'il faudra ne jamais négliger si Ton veut arriver à former quelque chose de durable, et vraiment améliorer la situation actuelle et sauver l'avenir de ces populations qui nous sont cuniiées et dont nous répondrons : c'est le cùté moral.
Pour cela trois choses seront nécessaires :
Le choix dps fonctionnaires.
La prédication évangéiique*
L'éducation.
Le choix des fonctionnaires^ On en comprendra facilement l'importance si Ton veut bien se reporter au portrait moral des Hova que nous avons tracé plus haut, portrait qui s'applique à tous les Malgaches.
C'est tout un peuple à refaire à ce point de vue. Il importe donc* de leur donner de bons exemples et de ne leur donner que de ceux-là.
Le gouvernement n'a de pouvoir que sur ses fonctionnaires. Mais là du moins qu'il l'exerce avec soin et avec énergie.
Je voudrais, autant quft possible, dl»8 hommes mariés, et pouvant par leur exemple enseigner aux indigènes ce que sont, et ce que doivent être le mariage et la famille.
Je voudrais aljsolument de^ hommes consciencieux, droits, lioniiètes, incorruptibles, de qui les Malgaches pussent apprendre la loyauté dans ies atïaires, la vérité dans les relatious, la justice dans toute la conduite.
Je voudrais aussi des hommes respectant toujours, et autant que possible pratiquant leur religion. Il ne s'agit pas ici de prosélytisme, ni de rien qui en approche. Mais il est hien certain qu'on ne fera rien de sérieux, pour civiliser un peuple, si Ton ne met de fortes croyances à la base; il est hien certain que les missionnaires seront les meilleurs ouvriers, les plus écoutés et les plus efficaces pour régénérer, relever, refaire ce pauvre peuple, ses mœurs, sa conduite, sa nature doublement viciée et doublement dégradée. Certains instincts, certaines passions pourront n'y pas trouver leur compte: certains préjugés également, qu'il faudra savoir laisser djin8 la vieille Europe, où ils ne devraient pas du reste exister.
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II faudiM [)arronsP(jnen(, accorder nux missionnaires le roncmirs le pins bienvri liant et le plus géneronx. nugmonter lo nombre, et lour donner les moyens de vivre et d'ai;ir larp^eniont. romnio il convient à la l'Yance, la nation qui p(îut avoir ses moments trégaremeat et de faiblesse, mais qui daos le fond reste toujours généreuse» grande, bienfaisante.
iÉvidexnment l'on ne proscrira pas, Ton ne persécutera pas les protestants natifs ou étrangers. Ils n'ont rien à craindre. Mais serace être trop exigeant que de demander au gouvernement malgache, le protégé de. la catholique France, d'accorder aux catholiques quelques-unes des faveurs qu'il prodigue maintenant aux protestants?
Reste l'éducation. Ce qu'il y aurait de mieux à faire 8erait«de la laisser entre les mains des missionnaires qui connaissent bien le pays et les Malgaches, qui feraient mieux, plus vile et à meilleur marché que le pouvoir civil. Il semble haidi de demander cela ijuand, en France, le pouvoir a pris une W'j^nr de conduite diamctralemenl opposée. Mais la situation n'est pas la uK'nie, les moyens d'action non ]>lus. Ohf que l'on ne renouvelle pas à Madagascar, en fait d'éducation et de religion, les errements de l'Algérie. Il y avait des apparences de raison dans une contrée musulmane et arabe. Il n'y en a pas l'ombre à Madagascar. Nos missionnaires, par eux-mêmes et par leurs maîtres d'écoles, continueront à faire aimer et bénir le nom français à ces populations encore bien primitives et souvent très naïves; et par leur contact, par leurs services, par leur dévouement, corrigeront ce que le pouvoir civil devra néceesairement avoir de plus fort, de plus rade, de plus exigeant.
Un»' fois la France établie h Madagascar, il y aura là-bas un Inri C(nn ant d*ininiigralion venant de la France, de Bourbon, de Maurice et des auli"es contrres enropéennes et étrangères.
Quelle conduite tenir à l'égard de cette immigration?
D'une manière générale, du moins au commencement, il ne faudra favoriser que les immigrants sérienx et pouvant, pas leur qualité personnelle et leurs capitaux, tenter des entreprises d'une certaine valeur. Ce qu'il faudrait tout d'abord ce seraient des compagnies minières, de grands commerçants, de grands propriétaires.
D'autres viendraient après, à leur suite et comme à leur ombre, occuper les postes subalternes que les premiers auraient créésf et, à côté des grandes entreprises, en fonder de nouvelles moins iti^por-
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tantes, mais cepondaut pouvant vivre. auldats libérés, les sousoHiciers seront évidemment parmi les plus sûrs et les meilleurs colons.
Du reste, ni les capitaux, ni les hoiuines ne manqueront. 11 en viendra de France et beaucoup. On dit que nos capitaux sont timides. C'est malheureusement vrai. Mais là, comme pour tout ce qui regarde la colonisation, notre éducation se fait sûre et rapide. Notre essor colonial ne date pas de quinze ans, et déjà que de résultats obtenus!
11 y aura aussi des hommes et de très bons.
Il ne faut pas en effet avoir vécu et vu beaucoup, pour se rendre compte du grand nombre de jeunes gens, riches et instruits, qui ne demanderaient pas mieux qu'à lairc quelque chose, s<' créer une siluation, devenir indépendants et augmenter leur fortune. Beaucoup de ceux-là iront à Madagascar.
11 viendra des colons tirs pays «'Irarigers. Il faudra les accueillir, surtout ceux d'Europe, pourvu qu'ils se soumettent à nos lois et à notre intluence. Bientôt» en effet, s'ils réussissent, ils se feront naturaliser, eux ou au moins leurs enfants; et ainsi s'augmentera le nombre des Français de la France Orientale.
Il n'y a qu'une seule race que je voudrais voir exclure à tout prix de Madagascar. Je ne veux pas dire la race chinoise. Je ne crois pas que les Chinois y aillent nombreux» et puis les Malgaches sauront bien s*en défendre. Mais la race arabe. Il n'y en a déjà que trop et ils font un mal énorme. Ils peuplent les Commores, ils sont nombreux à Nos;-Be et dans les lies adjacentes; ils s'établissent aussi à Diego-Suarcz et on les retrouve dans plusieurs autres points de la cote occidentale de la j^i .uidc Ile.
Partout où il y a du commerce à' faire, de l'ars^ent à gatrner, des esclaves à vendre. l'Arabe ai'rive sur ses boutre» — larges barques I»lates parfois pontées, plus ordinairement ouverles, longues de 10 à 15 mètres, large de 3 à 5, profondes de 1 à :2 — dans lesquelles il entasse toutes sortes de marchandises : cocos, bananes, riz, ivoire, esclaves. Avec eux, il s'aventurera en pleine mer, traversera le canal de Mozambique ou ira de Mayotte à Zanzibar.
Jamais fléau pareil à cette invasion arabe ! 11 s'établit d'abord en un point, et puis comme une plaie contagieuse, comme un chancre immonde, il s'étend jusqu'à ce qu'il ait tout envahi, tout accaparé, tout corrompu. Car où il se fixe il n'y a plus place ni pour la vérité, ni pour la vertu.
Sa religion, toute de rites extérieurs et sans morale, sert unique-
Digitizc
MADAiiAHlAU ICT LES HOVA
ment à endormir sa conscience. Par ses pratiques minutieuses elle satisfait à ce besoin inné qu'a l'homme d'un culte; et d'un autre
côté, en régularisant le vol, la rapine, l'immoralité sous toutes ses formes, elle abaisse les caractères, fausse et llôtrit les cunsciences, atnijiliio la nature humaine et la rend incapaijie de pratiquer el même de comprtMidre la vertu, la moial»; et rKvanp:ile.
Donc, si Ton ne peut pas chasser ceux (jui sont déjà établis dans 1<; pays, qu'on fasse tout pour arrêter cette siuistre et dangereuse invasion.
Une dernière indication et un dernier souhait.
Qu'à tout prix et pendant longtemps, l'union la plus complète et la concorde la plus parfaite régnent entre les divers membres de la colonie française. Il y aura des prêtres, il y aura des religieuses» il
aura des soldats, il y aura des employés, des fonctionnaires, de» marchands, des propriétaires, des ingénieurs, etc., qu'ils oublient en touchant ce sol nouveau leurs querelles et leurs tristes divisions d'antan. C'est possible, j'allais dire, c'est facile. 11 n'est pas nécessaire pour cela d'avoir les mêmes idées ni les mêmes croyances. 11 faut sim pleurent un peu d'indulgence, un peu de largeur d'esprit, de la condescendance, et par-dessus tout, l'amour de la France.
Le même drapeau llottera sui- l()us. Que par amour pour lai cl la patrie absente dont il sera l'emblème, tous se réunissent sous ses plis!
A ce prix on prospérera, on se multipliera, on fera du bien.
Peut-être, pour obtenir ce résultat, on devra renoncer aux élections, au moins pour longtemps, aux luttes politiques, etc. Il n*y aura pas si grand mal. Les-attributions de chacun devront être bien fixées. Ce ne sera pas si mauvais et il n'y en aura que *plus d'ordre. — Il faudra enfin que le pouvoir central soit fort et respecté et puisse vigoureusement agir à l'occasion. C'est une nécessité pour les Etats qui commencent.
Quoi qu'il en soit, j'ai une confiance très grande dans l'avenir de Madagascar. Je ne regrette qu'une chose : de n'avoir pu y rester ; je désire une chose par-dessus tout : pouvoir y retourner.