FRANCE ET HOVA
étudier et étudia lui-même ^yec acharnement le pays, ses ressources, ses usages, sa constitution sociale. Ces études devaient être plus tard d'une très grande utilité.
Mais le premier ministre de son côté fit tous ses efforts pour ne
pas se laisser entamer. Dès le principe, il vit dans le Résident, non un aide, mais un rival ci un ennemi. 11 ne lui accorda qm ce qu'il fut impossible de refuser: il envoya Willou^by en Angleterre pour une mission quelconque i)olitique et financière; il voulut fonder une représentation malgache à l'étranger et avoir à Tananarive son ministre des Affaires étrangères. Afm d'éluder l'article 2 de la Conveotion de paix de 1885, il s'efforça de négocier, en dehors de la France, des traités de paix avec les autres puissances; il reçut les remontrances de nolt e Résident sur la cruauté de ses gouverneurs envers les populations du nord-ouest» mais n'en tint aucun compte ; forcé de s'adresser au Comptoir d'Escompte pour Temprunt qui lui était indispensable, il ne lui accorda aucun des avantages qu'il avait promis' & Kingdon, ni banque d'État, ni émission de billets, ni frappe de la monnaie; enfin il se hâta de payer l'indemnité de guerre, afin de nous voir évacuer au plus tôt Tamatave, et de nous enlever ainsi ce gage de sa bonne conduite, et cette preuve de sa défaite.
Tout cela n'était pas pour rendre les relations faciles entre lui
et le Itésident.
Malgré tout nous avancions et semblions avoir l'avantage, quand la question del'exequaturfut inopinément posée en juin 4887 par l'arrivée simultanée à Tamatave de M. Campbell, consul d'Amérique, et de U. Haggard, consul d'Angleterre. Le premier demanda l'exequatur directement au premier ministre et l'obtint ; le second, qui devait s'adresser au Résident, préféra attendre. Mais le quai d'Orsay fit des représentations à leurs gouvernements, et tous les deux remirent leur demande d'exequatur h M. Le Myre de Vilers, qui les transmit aussitôt au premier ministre. Celui-ci refusa net de rien acéorder, et l'on ne parvint pas à trouver de terrain d'accommodement malgré les concessions du Résident.
C'est alors que M. Le Myre de Vilers voulut frapper un grand coup, amena son pavillon et lit partir son escorte. 11 avait espéré eflTrayer le premier ministre; et, s'il avait réussi tout le monde l'eût approuvé, il l'choua parce que le premier ministre savait pertinemment qu'il ne serait pas soutenu à Paris. Le Itésidenl, qui le savait aussi, dut revenir sur sa décision et fut heureux d'un arrangement que lui ménagea l'intervention de M. Suberbie.
MADAGASCAR ET LBS HOVA
L'exequ.itur demandé au premier ministre et délivré par lui. portait que loutes les affaires d'ordre politique, entre Madagascar et les puissances étrangères, seraient présidées par le Résident (îénéral et ajoutait que le Résident avait connaissance de ceci. Ce n'était pas très clair.
>I. Le Myre de Vilers perdait ainsi tout le terrain gagné par ses précédents triomphes. Bien plus, .pour aggraver encore cet échec, le premier ministre en délivrant l'exequatur à M. Gampbeli, n'en avertit même pas notre Résident, prétendant que la formule c savait ceci » voulait dire qu'il savait devoir présider aux affaires politiques entre Madagascar et les étrangers.
En France, on ne ratifia pas Taccord survenu entre le [Résident et'Rftinilaiarivony, et la question des exequatur resta en suspens. Elle l'est encore aujourd'hui.
M. Le Myre de Vilers partit alors en congé, et ne retourna à .Madaga«;car en novembre 1888 que pour en repartir détinitivement en juillet 1889.
M. Larrouy, qui le remplaça pendant son absence, profita de l'accalmie qui suivit la question de l'exequatur, pour fonder deux vices-résidences à Fianorantsoa chez les Betsileo et à Nosy-Vc, au sud-est, afm d'étudier le pays et de faire connaître la France à ces populationsi M. Campan fut nommé k Nosy-Ye. — Un agent résidentiel fut également envoyé à Ânorotsangana au nord*ouest, entre Nosy-Be et Mojanga.
Monsieur Bompard (juillet 1889 — août 1892). *<- La triple expédition des Hova contre Tulear, qui avait été commencée la dernière année du séjour de M. Le Myre de Vilers à Tananarive, continua après l'arrivée de son successeur M. Bompard, et attira presque exclusivement l'attention du gouvernement malgache.
M. Bompanl, nn homme jeune eneuic qui avait cependant rendu de réels sei vices dan^î l'organisation de la Tunisie sons M. Cambon, et ([ui aujourd'hui occupe une très haute situation au ministère des aifaires étrangères, s'efforça de développer les intérêts matériels de nos nationaux à Madagascar. Le premier ministre àu reste affectait de lui témoigner une confiance, d'autant plus grande qu'il s'était montré plus irrité envers son prédécesseur. Ainsi le capitaine Lavoisot était chargé d'organiser et d'instruire les cadets malgaches; un puissant syndicat financier de Paris envoyait une commission d'études pour connaître les mines de Madagascar en vue d'une vaste exploitation future.
FBANCli KT UÛVA
M. Jully bâtissait la Résidence de France, et le service poMal recevait une orp^anisatinn (h'Iinilivc.
Mais vuici qu'arrivpnt les nouvelles de l'accord anglo-franoais du 5 août 1890, par lequel l'Angleterre nM-onuaissait le prof'T.torat de la France à Madagascar t avec toutes ses conséquences ». M. Bomparden tit la notirication au premier mioistre.
Dès ce moment, leurs rapports furent complètement changés; de cordiaux en apparence qu'ils étaient auparavant, ils devinrent tout à fait tendus. Rainilaiarivony se montra persuadé que M. Bompard était l'instigateur de cet arrangement, et il ne le lui pardonna jamais.
Du reste, il ne voulut pas admettre cet arrangement. L'Angleterre, pensait'il, ne pouvait pas donner ce qui ne lui appartenait pas. En conséquence, il ne voulut jamais nous permettre d'int^ venir pour l'exequatur. Le nouveau consul des États-Unis, le nèi^ro M. Waller, s'adressa à lui directement pour cela et l'obtiuL aussitôt. Celui d'Allemagne, M. Tappenbek le lui demanda par Tintermédiairo (lu llésident, otil rnttcnd encore.
Par suite de celte mruie convention les airents anglais devaient faire passer toutes leurs réclamations par Tintermédiaire du Résident, Ils l'ont fait. Mais le résultat a été que le premier ministre n'en a accepté aucune et a refusé de les examiner. Cela est allé très loin. Ainsi en i893, sous M. Larrouy, après le terrible cyclone de Tannée dernière, les habitants de Maurice ouvrirent une souscription pour venir en aide à leurs compatriotes de Madagascar et aux pauvres Malgaches, mais ils envoyèrent l'argent par la Résidence, et Rainilaiarivony refusa tout secours, plutôt que de le recevoir par M. Larrouy t Plus tard Kingdon, qui avait voulu renverser le premier ministre, avait reçu de celui-ci Tordre de quitter Madas^ascar. Le Résident dr France intervint, pour demander qu'un le lui liM àt. ainsi que toutes les pièces étal)lis.sanl sa culpabilité. Le gouvernement malgache préféra le laisser impuni.
Il n'y a pas jusqu'à nos tribunaux ('lahlis en vertu d'une loi de 4891, dont le premier ministre n'ait refusé de reconnaître la juridiction sur leg sujets anglais, [uirce que les Anglais « ne pouvaient céder à d'autres une juridiction qui ne leur avait été accordée en 1865 qu'à eux seuls. »
Il est vrai qu*ici la difficulté est venue surtout de l'Angleterre qui n'a pas voulu soumettre ses nationaux à ces nouveaux tribunaux, parce que l'appel de leurs sentences était réservé à Saint- Denis.
MADAGASCAR KT LES HOVA
Néamiioins, malgré tous les mauvais vouloirs, le tribunal de Tamatave, établi par un décret du 2 i août 181):2, quoique sa compétence soit moins étendue que celle de l'aDcien tribunal résidentiel*, fonctionne à la satisfaction commune.
Il était donc bien évident que .M. Bompard ne pouvait plus rendre de services à Tananarive que si on voulait Tappuyer de Paris, c'est-à<dire se décider à une nouvelle expédition. Et, comme on ne le voulait pas, îl ne restait qu'à nommer un nouveau Résident.
Ici je dois dire un mot d*un douloureux incident qui jeta la désunion dans la colonie française et compromit notre influence, je veux dire le triste incident, aujourd'hui heureusement oublié, de la lojare maçonnique.
Je vGudiiiis le laire, mais TintértH de la vérité me force à parler, car même des hommes bien intentionnés comme M, Martineau par exemple, nVn donnent pas un compte rendu exact.
Un ingénieur, q<ii n'est pas sans talent, d'origine française ou espagnole, ancien partisan de la Commune, et 33** vénérable du G.*. 0.'. de Paris, était allé à Tananarive pour diriger Tcxploitation d'une concession de chaux, de poterie et un établissement de sériciculture de la Société Florent et Au commencement, il se montra l'ami et Thôte assidu de la Mission catholique, prenant part à toutes les réunions et affectant une grande confiance dans les Pères. Ce fut même Tun de ces derniers, le Père Montant, ancien propriétaire et directeur d'une filature de soie, avant d*entrer dans la Compagnie de Jésus, qui l'aida à établir sa filature de Tananarive.
Tout intelligent qu'il fût, M. Iribe était peut-être un peu utopiste. La Mission catholique ne pénétrait guère dans les classes élevées pour des raisons que nous avons déjà ex]>osées; il espéra réussir à les gagner par une loge maçonnique, et arriva à faire partager cet espoir h plusieurs amis. C'est du moins ce qu'il déclara devant le tribunal de la Résidence. De plus, en bon ma(,on qu'il était, il voulut faire du zèle. Enfin un incident sans importance vint l'indisposer contre Monseigneur Gazet. On avait pris la décision, à la Mission, de réserver le collège d'Ambohipo aux seuls Malgaches et de ne plus recevoir d'Ëuropéens. Celui-là même, qui y était à ce moment, devait être remis h ses parents le plus tôt possible. M. Iribe présenta son fils. On le refUsa. Il considéra ce refus comme un affront, et cela aussi put contribuer à le décider, de concert avec
1. r.e tribunal résidenliel pouvait connaître des causes ou un 6tran**er était demandeur el un Français défenseur. Le tribunal de Tamatave ne le peut pas.
fraugb kt hoya
M. Rigaud, ingénieur du gouveroemeat malgache, et huit autres messieurs, de fonder sa loge.
On a dit que l'origine de cette fondation fut l'enîtoui et le désir d'avoir nn lieu de réunion. Mais, outre que ces messieurs se rencontraient deux fois par semaine h la Résidence, pourquoi ne fondaient-ils pas simplement un cercle, un salon de lecture» etc. ? Personne ne s'y fClt opposé et il n'y aurait eu que des avantages» Quant au but politique poursuivi, outre qu'ils ne pouvaient l'atteindre, je ne sais même pas s'ils le voulaient. Gomment, en effet, expliquer alors l'admission de membres anglais et américaimi
Quoi qu'il en soit, Monseis^neur Cazet ne pouvait transiger. Après avoir patienté et essayé de tous les moyens de persuasion, il publia Tencyclique du Souverain Pontife. C'était son droit et son devoir, comme M. Iribe le lui déclarait lui-même un peu auparavant. M. Iribe protesta par une affiche, imprimée chez les Ancrlnis, en français, en anglais et en malgache, qui fut distribuée à Tananarive, Tamataveet jusqu'à Fianarantsoa, à 500 kilomètres. On lui répondit par une brochure où l'on attaquait assez vivement la francmaçonnerie. L'évèque s'était bien gardé de donner des noms propres. Mais les francs-maçons se crurent lésés, surtout quand ils virent l'opinion malgache se tourner contre eux, et ils attaquèrent les Jésuites en diffamation.
Condamné par le tribunal résidentiel, Monseigneur Cazet en appela à la Cour d'appel de la Réunion. Une chinoiserie judiciaire permit à celle-ci de ne pas statuer au fond, parce que l'appel avait été reçu par M. d Anthouard * en chancellerie », La Cour de cassation fit justice de cette étrange interprétation. Mais la Cour d'Aix ratifia la sentence de Tananarive. Une seconde fois la Cour de cassation réforma le jugement et renvoya l'affaire à la Cour de Montpellier qui, statuant en dernier ressort, débouta MM. Iribe et Rigaud de leur demande et les condamna aux dépens. Ce fut la fin de l'histoire. Depuis la loge maçonnique a disparu, avec la plupart de ses membres et l'union s'est rétablie, complète, dans la colonie.
Monsieur Larrouy (octobre 1892). — Le successeur de M. Bompard fut M. Larrouy, celui-là même qui avait déjà fait Tintérim pendant l'absence de M. Le Myre de Vilers, et dont le prince Henri d*Orléans vient de faire un si grand éloge dans la Bmme de Paris (i^ octobre 1894).
M. Lacoste qui géra la Résidence en attendant le nouveau Résident fit preuve d'un grand optimisme. Moi-même je lui ai entendu manifester clairement à Tananarive son espoir de réussir à
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s'entendre avec le premier ministre. — Je fus assez impertinent pour lui exprimer ma détiancc, mai& il ne me crut que lorsqu'il eut échoué. C'était une nouvelle tentative» celle de la douceur; elle ne réussit pas mieux que la menace ou que U fermeté. L'expérience se continuait et devenait de plus en plus concluante.
H. Larrouy renonça dès le principe à toute tentative d« ce genre. Il n'eut en vue qu'un seul but : liquider notre situation ai» double point de vue économique et politique; maintenir ou réserver tous nos droits et dresser le bilan de nos revendications et de noe réclamations.
Pour celle (inivre, il s'adjoignit un liomme de grande valeur et de grande énergie, M. Ranchot, auparavant vice-résident à Tamatave.
M. lUmchol était depuis six ans à Madagascar; il avait occupé presque toutes les situations, il avait heaiiconp étudié et il était, depuis la mort de M. Cami)an, l'homme qui connaisssait le mieux Madagascar et les Malgaches. C'était donc un auxiliaire précieux» si toutefois on voulait agir, car il avait trop de dignité pour se plier à une politique d'effacement.
L'administration de M. Larrouy a été marquée par deux succès de détail : l'établissement du tribunal et du commissariat de police de Tamatave en 1892, et en 1893 son intervention dans les poursuites intentées contre Kîngdon.
Par contre, les difficultés se multiplièrent Ce furent d'abord, au mois de mai 1893, le débarquement d'un convoi important d'armes et de munitions à Valoniandry. M. Larruiiv intervint vii^oiirensenieut et ordre fut donné au commandant de la division navale de l'océan Indien de surveiller les côtes. Mats le prtMnier nnmsîre eut une seconde maladie diplomatique coninic celle qu'il availene avant le départ de M. Jiompard. Il évita ainsi toute conversation avec le Résident, ce qui ne l'empêchait pas de faire de nouvelles commandes d'armes. Au mois de juillet de la même année, le malheureux M. Maller était assassiné, et Tenquéte faite à ce sujet établissait la complicité du gouverneur hova de Mandritsara. Il fut impossible d'obtenir justice.
Ce fut ensuite l'assassinat de M. Silangue, dans le Boina, les attaques réitérées des fahavalo contre l'exploitation Suberbie, avec la complicité reconnue du gouverneur de Maevatanana.
Bref, la situation devint intenable, et elle a nécessité les graves décisions du gouveniemenl et du parlement.
Ce n'est pas la faute de nos Résidents; tous les trois étaient des
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hommes, à des litres divers, capables de réussir si le succès eût été possible. Mais le traité etnit mauvais, les Hova étaient résolus à ne pas en tenir compte et les Anglais ne manquèrent pas une occasion de les y exciter.
Dans ces conditions il n'y avait rien à faire, sauf une expérience jugée nécessaire. — Le désordre, le gâchis, rinsécurité augmentaient chaque jour. La France avait une situation sans prestige, sans autorité» et son avenir dans la grande Ile était très compromis. M. Larrouy dans une lettre écrite au gouverneur de Bourbon et que tout le monde a lue, lui conseillait de ne pas laisser venir de créoles à Madagascar, où ils n'obtiendraient rien et ne seraient pas en sécurité. D'un jour & l'autre une catastrophe [louvait se produire. C'était donc le devoir absolu de la France d'intervenir. Elle s'apprête à le faire. La question est maintenant entre les mains de nos marins et de nos soldats. On peut s^en rapporti^- à eux. Avant dix mois Madagascar sera sous notre dépendance.
CONCLUSION
Il me reste maintenant à tirer les conclusions du travail que je viens de terminer. Je le ferai aussi brièvement» mais aussi nettement que possible.
10 J'affirme d'abord que la France ne pouvait sous aucun prétexte quitter Madagascar. Il y allait de son honneur, et personne pendant la discussion des crédits n'a osé le proposer.
Ce n'est pas, en eiïet, quand son drapeau a été planté pendant près d'un siècle sur un territoire, quand elle a sur ce pays les droits séculaires les mieux établis et reconnus par les autres puissances, (fuand surtout le sang de ses enfants y a coulé et a jalonné les montagnes et les vallées de ces contrées, qu'une nation comme la France peut plier bagages et se retirer.
11 n'y a déjà eu que trop de défaillances, trop de recul, trop d'abandon. Celui-ci serait nécessairement définitif, et nouscouvri* rait de honte et de ridicule.
Du reste Madagascar vaut la peine d*étre conquise et ce sera bientôt une de nos plus belles colonies, d*autant plus précieuse qu'une fois acquise, nous la conserverons.
On peut s'en rapporter à FAngleterre pour la valeur d'un pays. Or, si Madagascar était si pauvre qu*on veut parfois le dire, auraitelle pendant quatre-vingt ans consacré tant d'clTorts, tant d'argent, tant de souplesse et de diplonialie pour nous empêcher de nous y établir? Cette raison déjà pourrait nous sullire.
MaiN nous connaissons l'Ile. Or, nous savons q^i'elle est très riche en mines, mines d'or surtout, de cuivre, de plomb, de fer; très riche aussi en bois de toutes sortes extrêmement précieux; nous savons aussi que dans les trois quarts de son étendue, le sol de
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cette île est fertile, qu'il peut donoer tous les produits semi-tropicaux et être cultivé sur les plateaux, même par des maiDS européennes; surtout qu'il peut nourrir d'innombrables troupeaux. Il y a donc là, pour la colonisation et pour de vastes entreprises d'élevage et d'extraction de métaux le plus magnifique avenir.
Ce qui est un danger aujourd'hui en même temps qu'un très grave embarras, c'est la superproduction de produits manufacturés. Partout, en France, comme en Angleterre ou en Allemagne, on cherche des débouchés pour les fabriques. Or Madagascar nous en fournira un itnniense, qui grandira avec Targent et les besoins qu'y introduiront la mise en œuvro des richesses naturelles du pays.
Enfin, et c'est W [ < ml de vue qui a le plus frappé nos hommes d'Ktat. nous rim uns (ians cette île un magnifique point d'appui pour nos navires, et par lui nous jioui'i'ons relrouvei- la part d'iniluence qui nous revient dans l'océan Indien; sans lui, et surtout si l'Angleterre le possédait, nos vaisseaux ne pourraient pas en temps de guerre atteinrh-e l'Tndo-Chino, et nos possessions de l'Extrême- Orient seraient fatalement perdues. Il est certain en effet qu'en cas de guerre européenne, ou simplement entre la France et TAngteterre, la route de Suez serait aussitôt complètement barrée. Il ne resterait plus, par conséquent, que la route du Gap, et il se pourrait bien alors que le « Spectator » approchât de la vérité lorsqu'il écrit que V les Français, une fois en possession de Madagascar, menaceraient notre route vers Natal et Zanzibar, et notre route de réserve vers les Indes, qu'ils augmenteraient aussi énormément la difficulté de nos relations avec l'Afrique du Sud* ». Mais l'inverse est encore plus vrai. Les Anglais, une fois maîtres de Madagascar, nous chasseraient (•(jnij)lètement de ruct'an Indien.
Ce qui augmente la valeur de cette j)Ossession de Madagascar au point de vue naval, c'est que, même si nous étions complètement vaincus sur mer, que nos Hottes fussent détruites, et que nous fussions chassés des petites îles ; Bourbon, Mayotte, Nossi-Bé, Sainte-Marie que l'artillerie moderne pourrait bombarder de part en part, nous pourrions encore tenir dans la grande Ile et en conserver la possession, c Une fois les Français en possession complète de Madagascar, écrit un voyageur anglais qui y a résidé longtemps et connatt parfaitement le pays, Thomas Wilkinson, de Madagascar qui est un petit continent long de mille milles et large de plusieurs centaines, avec la sympathie des indigènes de leur côté, ni flottes ni blocus, ni invasion ne pourraient les en chasser. Avec des milliers