CROYANCES
Les Hova, comme les autres Malgaches, n'ont ni temples, ni autels, ni m(Vue, à proprement parler, de prêtres. C'est probablement ce qui a fait dire à plusieurs auteurs qu'ils n'avaient point de religion. Mai^ 1 1< ii n'est plus faux.
Dieu. — li> sont au contraire clairement nionolh riaLe ^
Ils onl en elVel la notion du vrai Dieu, qu'ils appellent AiidriamànUra, le Dieu qui a bonne odeur. — peut-elre en souvenir de rencens qu'en d'autres pays, par exemple chez les Juifs, on brûlait constamment sur son autel, — ou bien, et plus ordinairement, Zanakary^ l e Dieu créateur . Cette notion est même chez eux plus claire que chez les autres Malgaches. Toutes leurs formules de prières en font foi. Dans toutes, en effet, ils s'adressent invariablement au Dieu créateur, principe de tout bien et ennemi de tout mal. Les autres invocations aux ancêtres, aux ;^ertu8 des douze montai^nies, aux dicu^ inférieurs, bons ou mauvais, ne vie nnent qu'en second lien, suivant le proverbe.:
« Demandez par les ancêtres le bien que Dieu seul fera. »
Peut-être même serait- il i)ossible de voir, dans ces pratiques, une simple corruption de la tradition sémitique des anges bons et mauvais et des invocations juives au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, au Dieu de nos 1-ères, au Dieu des douze Patriarches.
Quoi qu'il en soit, cette croyance monolhiusti' est l)ien la croyance propre des liova, la croyance primitive de leurs ancêtres.
Le fétichisme grossier et toutes les pratiques superstitieuses,
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dans lesquels ils ont enveloppé plus tard, et comme noyé leur croya nce^ vrai Dieu, ne vinrent que longtemps après. JLJpft "empru ntèreot àjeurs vojsins et ne les acceptèrent qu'a])rès de io ngaes et vives résistances^ Le Pèrie Abinal parle mêine de vénéfâbies vieillards qui, jusque vers le milieu de ce siècle, luttaient contre l'introduction de Tidolftirie, et refusaient leur culte à tout ce qui n'était pas le Dieu créateur, Zanahary, adoré par leurs pères. Lui-ni»'ine avait connu de ces eoneniis de l'idolâtrie, morts seulement vers 18()8 ou 1870.
Le Rédempteur. — Une autr*' croyance, plus vague, mais que l'on peut encore dém^Mer au milieu du fétichisme qui a envahi les Ho va, c'est leur croyance à un Rédempteur, le Fils de Dieu qui se serait fait homme el serait descendu sur la montagne d'Ankaratra, au sud-ouest de Tananarive, pour converser avec les hommes, les instruire, faire le bien et enfin mourir ou disparaître dans une région inconnue.
Je ne ferai cepend^int pas trop fond sur cette croyance à un Rédempteur; car, peut- être, on pourrait y voir un simple souvenir des missionnaires ou des divers Européens, matelots, traitants ou autres, qui, à diverses reprises, se sont établis dans les régions occidentales de File.
L'Ame. — EnOn les Ifova admettent une âme, mais dans le même sens que les autres Malgaches, qui est tout différent du nôtre. C'est pour eux une sorte d'ombre, de fantôme, de corps aérien. Elle n'est pas le principe vital de l'homme, mais, ordinniriMnent unie à lui, elle peut en être séparée el pratiquement s'en sépare onze mois ou un an avant la mort. Toutefois elle ne quitte jamais ie corps de sa propre volonté et, par suito, aucun iMalgachc ne meurt d'une |m^ rt. muL^r*"'**^ i"*;^':*^ sorcier qui l'en chasse. Quand il a choisi sa victime, il passe près d'elle inconnu et inolfensif en apparence; il met le pied sur son ombre; l'àme est saisie et il remporte captive, sans que le malheureux condamné à mort s*en aperçoive. Bientôt ce dernier maigrit et perd ses forces : il va mourir s'il ne peut recouvrer son dme. De là des rites tout particuliers et fort étranges, soit pour découvrir où l'âme volée reste cachée, pour lui livrer la chasse, la prendre et la raijpqrter à sa demeure; soit au contraire pour Tattirer par des présents, du miel, du riz, etc., la prendre comme au piège et l'obliger à rentrer dans le corps qu'elle a quitté. Si l'on réusi?it, c'est la guérison; sinon, ce sera ia mort.
Cette dme est-elle immortelle? Jusqu'au commencement de ce
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siècle, les Hova la faisaieot raoaiir après qu'elle avait passé un an à aller de sa case i son tosaiMeaii et réciproquement... Aajoord'hfû, d'après une tradition eœpmntée aux Betsileo, ils la font se rendre
au pays des Tanala, à la triste et sombre montagne d'Anabondrombe, où <:'lle périt après trois ans passés à parcourir les trois cercles concentrique^s qui couiposiint cos (Uiamps Elysées d'ua nouveau genre. Tonlpfoi's. celte dwnière croyance n'<'sl pas universellement athnise, el iious verrons hi^n des exemples et bien de*; praticpies, qui supposent une vie plus longue aux Ames, sinon l'immortalité proprement dite, en paHiculi<îr aux âmes des ascétres. Je croirais même volontiers, «t tout semble Tiodiquer, que le dogme de Timmortalité de l'âme existait au commencement chez les Uova, en même temps qne la croyance à l'esisleoce de Dieu, et qu'il ne s'est ohscnreiei n'a disparu que plus tard.
Enfla, il n*j a pas que ftiomme k avoir une ftme : les animaux, lestantes, les^yet^s Jnamijm en ont une. Et, pour
yÎTre, l'Ame de l'homme a besoin de se nourrir lout comme le corps ; seulement elle se nourrit de l'Âme même du riz, du manioc» des fruits, de la Tiamle, de l'eau, etc.
Telles sont, semble-t-il, les croyances primitives des Hova. Elles sont fort rudimenlaircs et défigurées par les plus grossières superstitions. Cependant, ellessuppubent, à Torigine, l'existencecertaine d'un monntliéisme assez épur<'' dans lequel on retrouve sûrement l'existence de ces deux grandes vérités primordiales, base de toute religion et qui existent au berceau de tous les peuples :
1® L'existence d'un Dieu unique;
2^ L'existence d'une Ame qui dans le principe devaii être immortelle;
fit peut-être aussi l'existence d^n Rédempteur.