Père Combes, sous-directeur de l'Observatoire
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un enchevétremeat féerique: ce sont les enfants qui, une torche à la main, préludent ainsi aux réjouissances da lendemain, et rappel lt;nL à tous que le gi and jour est proche.
Vient ensuite le « souvenir des morts ». On les pleure dans les maisons jusqu'à l'aurore. Puis, au lever tlti Mjleil, au nioms avant la prohibition de l'idoliUvie, la eoiir se purifiait par le sacrilice d'un coq rou^?e. dont la Reine d'abord, et, après elle, tous ses oflkiers, prenaient le sang pour s'en marquer le front, les doigts, le creux, de restomac et toutes les articulations.
En ce moment, tous les canons de la capitale, des divers points de la colline et en particulier delà terrasse du palais, tonnent pour proclamer le c jour de la Reine ». Vous êtes réveillé en sursaut, les maisons tremblent, les échos des montagnes répercutent au loin et vous renvoient ces bruits de tonnerre, comme pour donner la réplique à ceux de la ville. L'effet est grandiose et saisissant. Puis, voici nn spectacle inoubliable pour quiconque a pu l'apercevoir. Je pus le contempler de ma fentHrc qui dominait le bas de la place d'Andohalo. Dos nombreux bœufs gras qu'on lui a amenés de ses diverses pâturages, la Reine en distribue, ce matin-là même, un certain nombre aux diverses corporations d'ouvriers, forgerons, charpeutiers, ferblantiers, etc., aux divers serviteurs de l'Etat et h certains villages. Mais au lieu de les leur donner tranquillement, la coutume est de les lâcher aux portes du palais, et il est permis à tout le monde, enfants, esclaves, porteurs, etc., de courir après et de les enlever à leurs propriétaires. De là une chasse à courre du plus pittoresque effet. Au milieu des casse-eou de la capitale, des centaines de bœufs harcelés, pourchassés, frappés, furieux et bondissant d'une manière effrayante, et des milliers d'hommes, tous habillés de blanc, agiles comme des singes, bravant le danger et s'exposant à tous les coups pour s'emparer de ce gibier d'un nouveau genre, les rires, les applaudissements, les lazzi de toute sorte de la foule, et. quelquefois, les cris d'épouvante ou de détresse d'hommes parfois murlellemeut blessés, rien n'y manque de ce qui peut passiormeF- et, suivant l'expression reçue, coi ser un spectacle.
Cette scène terminée et les rues un peu débarrassées, de nouveau les familles se visitent pour les prémices de l'eau. « Les prémices, les prémices! 0 Dieu créateur, puissions-nous atteindre mille ans sans nous séparer i » s'écrie-t-on, en trempant les doigts dans un vase d'eau placé à la porte de toutes les maisons et s'en humectant la téte.
Enfin, voici la grande cérémonie du bain, le centre de toutes
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les cérémonies du /'androana^ la fin vX le commencement de Tancée. J'y aî assisté, oi m ai gardé ud très vif souvenir. Voici à peu près en quoi elle consiste.
Vers huit heures du soir, à pied, car nous ne pûmes trouver de porteurs, avec deux amis, je montai au palais, au milieu d'une foule compacte, tout entière à la joie et a;u bonheur. Le ciel était splendide. La large avenue qui conduit au palais était bordée de multiples rangées de ûlanjanaet de porteurs d'un côté, et, de . Fautre, d'épaisses colonnes de soldats, Karme au bras, debout, dn)ilâet fiers, malgré leurs habits en loques et leurs pieds nus.
A la porte, un ofticier nous reçoit et nous confie à un autre, un jeune honime parlant très bien le IVaneais, qui, avec un tact et une amabilité parfaites, nous fait traverser la eour, nous ju i»' de nous découvrir (;n passant devant les tombeaux des rois, et, cnlin, nous laisse au milieu des invités européens, sous la varangue du palais d'argent, à l'est du grand palais. Là, on cause, on rit, on regarde surtout. Voici le détilé des bataillons malgaches que précède la fanfare du premier ministre, puis les divers grands personnages qui arrivent, accompagnés d'une nuée d*esclaves et d'aides de camp, puis enfin le cortège royal, le grand palanquin rouge surmonté de la boule d'or, et la jeune souveraine que tous acclament avec frénésie. Elle passe ainsi, triomphante et radieuse, au milieu de son peuple enthousiaste, et longe la façade nord du palais pour aller rejoindre le grand escalier, inévitablement situé à rouest.
Nous la suivons, un iiuissier reçoit nos cartes, nous gravissons les marches au mili»'u des dignitaires de la cour, et nous entrons dans la grande sall<' du trône, splendidement illuminée. Elle était déjà pleine. C rst une vaste salle rectangulaire, presque carrée, supportée au centre pai' un énorme pilier massif qu'entoure nue table ronde chargée de vases, de verres et de carafes remplies d'eau — ce seront nos rafratchissemenls — • et séparée en deux dans le sens de la largeur par une énorme torsade rouge.
La partie de droite est abandonnée au public. C'est là qu'il s'entasse pêle-mêle, sans ordre, sans distinction, sans sièges, tous revêtus du lamha national. Quand on sera fotigué, on s'assiéra par terre. Beaucoup, même parmi les Européens, le font sans respect humain. Pour moi, malgré la fatigue d'une séance de quatre heures, je voulus me tenir debout, et je jouais fortement des coudes alin d'arriver aux [premiers rangs et de tout voir.
La partie de gaucbe, au contraire, est réservée pour la Heine et les gens de sa cour. A rextrémité, dans l'angle de droite, un
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rideau rouge cache la baignoire royale. Plus près, se trouve le trône, recouvert d'étoffes rouges et surmooté d'un riche baldaquin de même couleur, que H. Bompard, notre résident, vient, au nom de la France, d'offrir à la Reine; puis, au milieu, un espace vide où l'on fera cuire le riz et préparera la viande de bœuf conservée de l'année précédente; enfin, à gauche, l'enceinte réservée aux gi aiids cl aux (ifficiers malî^ache s. Aux quatre angles du trùne, se tiennent debout, sal)re en main, droits et immobiles comme des statues, quatre officiers. Ils garderonl la même situation et la même absolue immobilité pendant toute la cérémonie, faisaul un contraste complet avec le tout-puissant premier ministre, en costume de générai et toujours en mouvement, ou avec la petite nièce de la Reine, nonchalamment étendue sur les gradins du trône, splendidement vêtue et intéressante avec ses airs d'enfant g&té, avec son mépris de toute étiquette.
La souveraine est assise sous le dais, tranquille et résignée. Elle est jeune encore, le teint olivâtre, les traits réguliers, l'air distingué et bon. Elle est vêtue de rouge, couronne en téte et sceptre en main.
Cependant tout le monde est entré. Les canons retentissent et la Reine disparaît derrière le rideau rousse pour son bain. Elle y reste près d'une heure. Pendant ee tennis, le prédicant du palais dît une longue prière en mal.i;ache. qu'il débite comme un serriioii, et tout le inonde se joint à lui ostensihlcment, recueilli et inclinant parfois profondément la tète, surtout les Anglais, et encore davantage un Juif de Tamatave qui se trouve à côté de moi : puis alternativement la fanfare joue ses airs sauvages, et tous les assistants chantent un b3'mne national, rapide et enlevant qui, lui du moins, ne manquait ni de cachet, ni de couleur locale.
En attendant deux cérémonies s'accomplissent au milieu de l'enceinte réservée, curieuses toutes les deux, et tout k fait malgaches : le hasina, ou hommage, et la préparation de la collation.
Un des membres de la famille royale représente la souveraine pour le premier, et toutes les personnes présentes dans cette enceinte, nobles, Hova, passent devant lui, le saluent profondément et lui offrent, en témoignage de soumission et d'hommage, une piastre ou un bout d'argent. Puis. !<■> premières dames et les plus hauts dignitaires de la cour, apporb'ut. eu grande pouipe, du bois, et allument du feu au milieu de !a salle, mais ce bois est si sec rjn'il n'y a pas ombi-e de fumée; cnsuiic de l'eau et du vïz (ju'ils fout cuire, assis en roud autour de l'immense luarmile en terre et ne
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cessant de réventer avec des feuilles de bananier; enfin la viande de bœuf du dernier fandroana, qu'ils découpeat en petites lanières.
Mais voici la Reine. £lle reparaît en grande cérémonie, vêtue d'habits magnifiques, et s'avance lentement vers la porte d'entrée, tenant dans sa main gauche une corne blanche remplie de Teau de son bain. Elle la verse dans la paume de sa main droite, h. mesure qu'elle passe devant vous, et en asperge la foule, avec discrétion, quand ce sont des Européens, généreusement, s'il s'agit de Malgaches, car ceux-ci désirent ardemment en éti« touchés. Puis, quand elle arrive au sommet du grand perron pour asperger la foule massée sur la terrasse, de nouveau le canon tonne et les hurrahs retentissent. - L'enthousiasme est à son comble. C'est sauvage, mais c'est vrauiieiit grand.
Vient ensuite la ( ullation. Kile est très simple. Avec des cuillères en corne, de grandes assiettes circulent, pleines d'un brouet de riz très clair où surnagent de tout petits morceaux de la viande dont j'ai déjà parlé. Chaque Européen, s'il le désire, en reçoit une et se tient debout; les Malgaches s'assoient encercle par terre, et mangent plusieurs au même plat. Tous, même les Anglais, m^^mc mon Juif, paraissent apprécier ce festin. Je voulus en goûter; le riz était bon, mais le morceau de viande t.. .
Quand tout est fini, le premier ministre commence son discours. 'Il s'adresse tantôt k la Reine, toujours assise sur son trône, tantôt k la cour ou au peuple. Sa voix est forte, articulée, vibrante; son geste abondant, large, énergique; son discours, chaque année le même, qu'il païaît improviser, mais qu'il récite par cœur, se compose de petits paragraphes à la louange des Hova, de leur Heine, de leur pays qui est à Elle, et ne doit être et ne sera qu*a Klie, et dontchacun setcrnuiiepar une apostrophe aux assistants : « N'est-ce pas cela, peuple? — Oui, c'est cela. » répète !a multitucle et tout le monde trépigne d'enthousiasme, les sabres étincellent, le canon tonne, et l'émotion fmit par gagner même les plus indifférents.
Tout est terminé; chacun se retire lentement. 11 est minuit. L'année est finie et une nouvelle année commence. Le lendemain, chacun s'abordera en disant : c Salut à vous, atteint par la nouvelle année, puissiez-vous vivre mille ansl »
On tue alors un nombre incalculable de bœufs; on en mange k satiété, on en envoie à tous ses amis; on en reçoit de chacun d'eux; les ruesde la capitale sont sillonnées d'esclaves apportant d'énormes Sobika* pleines de viandes, et tel commerçant français en recevra