LES INDÉPENDANTS
Les premiers en date sont les Indépendants anémiais, secte particulière et assez [)uissaute, parmi colles que Ton \\omme \(i^dii<srntôrSy ou dissidents. Rattachés par leurs doctrines à la nombreuse lamille des Metliudi>tes, ils rejettent comme eux toute iiiei .n chie et n'admeUent guère que l'Ecriture saijite, la prédication, quelques hymnes, et, en fait de sacrements, le Baptême et la Cène, ils se recrutent surtout dans les classes inférieures, leurs ministres ne reçoivent guère aucune formation spéciale, mais ils sont fortement organisés et constituent plutôt un parti politique qu'une secte religieuse.
Leur premier missionnaire à Madagascar fut le Rév. Jones, monté à Tananarive avec Haslie, l'ambassadeur de Sir Robert Farquhar, sous Radama I«% en 1820. Il se fit accepter surtout comme imprimeur et comme instituteur de la jeunesse. Aidé de
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Griilith et de sa femme, ainsi que de plusieurs autres qui allèrent successivement le rejoindre, il réunissait 2,000 enfants dans ses écoles en 1826» eU,000 en 4830. Chassés de Ftle, en 4835, par Rana- Talona P*, et exilés pendant vingt-six ans» tandis qu'un certain nombre de leurs adeptes étaient massacrés dans leur église, au pied da palais» les Indépendants y rentrèrent avec Ellis, en 1861, quand Radama II ouvrit de nouveau aux étrangers les pfirtes de Madagascar.
Le nom d'ElIis est bien connu. On sait toute la part qu'il prit aux menées contre Radama, et. probahleinont, à la mort de (^et infortuné roi. Kn t(»ut cas. il (mi profita iari^-LMiient. iiasoherina lui devait le Irène, et surlout !ps rljefs de la conspnation. Rainivoninahitriniony. le premier nunislre d'alors, et son frère Rainilaiarivoiiy, le premier ministre actuel, leur intluence et leur situation. C'était lui et son parti qui leur fournissaient l'argent. Il en profita pour combattre continuellenrient la Mission catholique, et pour faire cbanger peu à peu la législation maigacbe, dans un sens de plus en plus favorable à la domination anglaise et à la religion protestante. Il fut puissamment aidé dans cette œuvre par un homme d'une grande valeur, tout dévoué à son pays, et qui favorisa, dans l'intérêt de sa nation, une religion qu'il ne partageait pas, le consul anglais Packenham^
Du reste on ne peut nier que ces hommes et ceux qui leur succédèrent, n'aient eu un grand esprit d'organisation. Humainement parlant, ils prirent les meilleurs moyens pour fonder, et, ensuite, pour développer leur Mission. Quatre choses surtout y contribuèrent : Tarifent. Téducatiiui. la laveur des i^i-ands et du pouvoir, enfin ce que 1 on pourrait appeler la nationalisation de leur Eglise.
1^ Tout s'achète à Madagascar, et Ton peut tout obtenir avec de l'argent. Généreusement subventionnéa par leurs amis d'Angleterre, probablement aussi par leur gouvernement, les Indépendants payèrent largement les services rendus et, très habilement, firent espérer des récompenses plus généreuses encore, pour ceux qu'on leur rendrait. Ils allèrent plus loin, et, par des avances d'argent, ou même par des subventions annuelles, toujours révocables» ils s'attachèrent complètement les personnages les plus influents» soit h la cour» soit dans les provinces. Dans ce même but» dès qu'ils eurent des églises, ces églises, pouvant posséder, prêtèrent de l'argent aux membres de la réunion, (vêtait un double prolit : d'abord
i. Parkenham claii anglican, 6i il mourut calhoUque à Tamalave, pendant la guerre franco-malgache.
MADAGASCAR |ET LIS HOVA
un hoanéte revenu de leur argent, 24 «/• moins, et puis la main mise, pour toujours, sur ces emprunteurs, incapables de jamais rembourser Targent qui leur était prêté.
2« Les Hova comprirent rapidement l'importance pratique de l'éducation, et, dès le commencement, manifestèrent un yif désir de s'instruire. Répondant à ce besoin, les Indépendants couvrirent le pays d'écoles plus ou moins florissantes, et s'efforcèrent, par toutes sortes de moyens, em particulier par la loi scolaire de 1881 *, d'élouHer les écoles catholiques et de s'emparer de toute la jeunesse malgache. Ils y ont réussi en grande partie, surtout pour les classes élevées. Les trois églises anirlaises — Indépendants, U^i^^ers et Anglicans — ont près de 10U,U()n • ni nifs dans leurs écoles^ et, de ce nombre, les trois quarts vont chez les Indépendants.
3* Chez ces peuples encore primitifs, il faut d'abord gagner les classes dirigeantes, et surtout le pouvoir. Tous les autres suivront l'exemple et l'impulsion donnés d'en haut. C'est dans ce but, qu'Ëitis entra dans la conspiration contre Radama II, afin de peser ensuite de toute son influence sur ses successeurs, et que ses remplaçants ne se donnèrent point de repos qu'ils n'eussent fait supprimer le culte des idoles et déclarer leur religion « religion de la Reine > ou c religion d'Etat ». Us obtinrent l'un et l'autre par la loi de 1869 que renforça une autre loi plus pressante de 1878. Aujourd'hui, le . jsfouvernemenl tout entier et tous ses agents sont Indépendants, et par suite les agents de la religion des Indépendants^.
4* Les Hova dès la fm du siècle dernier prétendirent devenir
1. Il y a eu trois lois principales sur les écoles : la première obligeait
chaque cenlre de [topulalioii à fournir le salaire de rinstiluleur protestant; la deuxième ordoiinail, sous des peines très fortes, aux parents, d'envoyer leurs eufanls à i'école de leur clioix, dès l'âge dedans; ia troisième eniin, interdisait aux enfants, une fois inscrits, de clianger d^éeole. Il suffisait donc dès lors, de les faire inscrire, dès le commencement, chez les Aoglais; c^était l'alîaire des influences locales, des agetils anglai-^ fl des gouverneurs, et ils n'épargnaient rien pour y réussir. {Vinyt Ans à Madagascar ^ p. 307«)
2. Exactement 92,310; — 98* rapport de L. H. S., extrait du Père Causscque, Statistiques, p. iO.
•î, Qu'on en jutîe pnr le tableau suivant : a I.a reine et le premier ministre, en qui se concentre eiTecli vcmeriL toute raulorilé, sont Indépendants; ludepeudduts aussi les vingt membres du cabinet cl les seize chefs des divers districts de l'imerina. Des quatorze membres des divers ministères, un seul est catlioli(|ue. Un seul catholi(]ue aussi, parmi les huit chefs de garde et <le service au palais; un seul, parmi les sept chefs des castes nobles, et, fait presque încrojable, un seul, parmi les quatre-vingt-quinze gouverneurs des principales villes et forteresses du royaume. Tous les autres sont protestants et, ordinairement, Indèpenilants. VA cela, dans un pays placé, au moins, dans notre sphère «riiillurtiec ! » {Annuaire malgachet ltiU2, p. 11-14. Cité psr le fere Causséque, Statistiques, ^. 4.