PROTESTANTISME ET CATHOLICISME
les maîtres de l'Ile entière» bien résolus à ne jamais se soumettre à aucune puissance étrangère. Dès le principe, les Anglais acceptèrent, an moins en apparence, ce point de vue, les encouragèrent et les aidèrent à vaincre et à soumettre les autres peuples de Pfle. C'était,
du même coup, combaitro l'action de la France et fortifier leur propre influence. Dans le iiK^'ine ordre d'idées, ils s'ellorcèrent d'enlever à leur Eglise toute apparence d'As^lise étrangère, et d'en faire au contraire une institution malgache, ('liaque missionnaire anglais, résidant de préférence à la capital^, oii dans un des principaux centres du pays, a sous sa direction, un vaste district dont il est censé administrer les églises « Mais il s'en occupe fort peu. Tout relève en pratique d*un mpiêandrina, ou pasteur, qui préside les réunions, et des mptory-teny, ou prêcheurs, qui sont les aides du mpitandrina et, ordinairement aussi, les mattres d'école, de sont eux qui forcent les gens à venir à l'église, qui font bâtir par leurs adhérents les temples, les écoles, leurs propres maisons; qui perçoivent les cotisations forcées de leurs fidèles» qui exécutent et plus souvent, dépassent ou violent, les instructions ou les ordres du missionnaire^. Car s'ils relèvent nominalement de lui, pratiquement ils relèvent des Evangélistes. Emissaires h. demi payés de l'église du palais, sorte d'inspecteurs de la prière, surveillant-nés et dénonciateurs toujours écoutés, de tous ceux qui les g< iicnt ; pasteurs, j)r<''cheurs, inslituleurs, gouverneurs niénie ou missionnaires étrangers, ces Evangélistos (ils étaient 184 en 188U) ont pratiquement supplanté leurs maîtres.
C'est qu'en eiïet, si l'Église protestante s'est singulièrement étendue et fortiûée par l'appui du pouvoir, et par l'adjonction à son gouvernement de tant d'éléments indigènes, elle y a perdu son autonomie et son indépendance. Ce n'est plus qu'une instiltUion malgache, tout entière dans la main du premier ministre. Si les
\. En l!^SO, ilyavaitr/>i pasteurs et 4, 13i prêcheurs. Evidemment, ils n'ont ni grande valeur inteliectuelle, ni grande valeur morale. « La plus grande partie des pasteurs de campagne, peut-on lire dans un compte rendu officiel — year» rwiew of mUtiomry work in Metdagatear, p. 134 — n*a reçu aucune formation en rapport avec leur dignité. Plusieurs ne savent même pas lire. » VA (les [>rècheur!=î : a le plus ïrr.inrl nonitire «^'^t indipne de ce nom. La manière dont ils prêchent ne produit absolument aucun bien. Des enfants, des jeunes gens à peine capables de lire, montent en chaire.**.* haranguent le
peuple Tous leurs elTorts visent, non pas h lui faire du bien, mais h lui
plaire et à l'amuser. Tel a «Hé l'état général des prêcheurs jusqu'en 1880.» ( Vingt Ans à Matiagascarf p. 30i.) Tel il a continué d'être depuis. Quant à leur conduite privée et aux exemples qu'ils donnent, mieux vaut ne pas en parier. À eux comme èt tout le monde, k Madagascar, s'applique la règle que, plus qu6lqu*on est élevé, plus il est vicieux et corrompu.
MADAGASCAR tT LES HOVA
missionnaires anglais y ont encore de l'influence* ce n'est qu'nnfe influence indirecte, par l'argent, qu'ils distribuent, par leurs Jivres et leurs journaux» on par la formation, dans leurs écoles de la capitale, des hauts dignitaires de cette Église. Mémo dans ces oonditionn,
qu'ils se gardeat bien de contrecarrer les vues ou les idées du s^ouvernement! « Aucune liberté n'est laiss(''e au missionnaire, ccrivaiL en 1877, le Révérend Street, la pression gouvernementafe nous étouffe... Ce quoTun altend de nous, ce n'est pas Jésus-llhrist selon le Nouveau Ti^stauient, mais «elon le premier ministre. » El sir Gore Jones, dans un rapport oiliciel sur sa visite à la Reine de Madagascar, juillet 1881 : « Le premier ministre est trop intelligent pour ne pas voir l'utilité de maintenir la Reine à la téte de TÉglise, et rien d'un caractère religieux ne marche que sous sa surveillance. > C'est ce que remarquait judicieusement un auteur bien au courant de la question malgache, dans un article du reste peu bien-' veillant pour la Mission catholique, publié dans le numéro du 3 avril 1894 de la Politique Coloniale^ et il en concluait avec raison à l'inanité du projet, mis plusieurs fois en avant, en haut lieu, d'envoyer & Madagascar des missionnaires protestants français. Ils ne feraient rien, si ce n'est apporter encore plus de confusion, de trouble et de faiblesse, dajis une situation déjà trop embrouillée.