L'ANGLETERRE PENDANT LA QUERRE DE
La France cependant ne pouvait plus reculer. Ses griefs étaient trop graves et ses raisons d'intervenir trop urgentes.
Non seulement, en effet, la position de la Mission catholique devenait intenable, surtout depuis la loi sur les écoles qui dérogeait complètement au traité de 4868; non seulement, après la mort de M. Laborde, ses biens étaient confisqués parle gouvernement malgache, au détriment de ses neveux .MM. Edouard J^aijorde et Campan ; mais encore, et cela était autrement grave, l'article 85 des lois de 1881 nous dépouillait de tout espoir de rien posséder à Madagascar, malgré toutes les stipulations contraires du traité de 1868: « La terre de Madagascar, y était-il dit, ne saurait être vendue à personne', ni mise en gage entre les mains de qui que ce soit, non sujet de la Reine. » Enfin, dernière insulte, grâce aux menées personnelles des missionnaires anglais Parrett, Pickersgiil et Kestel- Komish, notre drapeau était remplacé sur la côte nord-ouest, en face de Nossi-Bé, par le drapeau hova.
M. Duclerc, alors président du conseil, et M. deMahy, qui faisait l'intérim de la marine, comprirent ce que leur imposait la dignité de la France: l'amiral Pierre reçut l'ordre de bombarder Tamatave.
On connaît le reste.
Ue cette triste guerre, faite sans suite, sans but arrêté, sans pian bien défini, comme au hasard et au gr(' de tous les changements de personne, et du traité qui la termina, je ne veux rien dire pour le moment.
Mais il est de mou sujet de faire ressortir le rôle que joua l'Angleterre dans l'un et l'autre de ces deux événements. Elle n'avait qu'à se retirer et à ne pas intervenir entre nous et une peuplade de barbares qui nous avait insultés. Toute autre nation, mémei'Alle- •magne, eût considéré cela comme un devoir. L'Angleterre ne put s*y résoudre. Si, en effet, lord Granvilie refusa aux envoyés mal-
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gâches toute promesse de secours et leur conseilla la paix, d'un autre côté, pour leur faire plaisir et pour isoler la France dans ses réclamations, il renonça au droit de proprifHô que lui conférait le traité de 18G5; et son exemple fut suivi par les Etats-Unis, TAllemagne et Tltalie. On sait tout le bruit qu'il fit pour l'emprisonnement du Rév. Shaw, accusé cependant d'avoir empoisonné nos soldats. ËnÛD, sans parler de l'Anglais Willoughby, qui dirigea les opérations malgaches contre nous, et fut ensuite le plénipotentiaire du gouvernement hova pour le traité de Tamatave, l'Angleterre, alors que rAIlemagne interdisait à ses nationaux de vendre des armes aux Malgaches, laissa aux siens toute liberté — est-ce assez dire ? — de leur en fournir.
Ce fut autre chose encore pour la conclusion de la paix. Ne vit-on pas en effet, vers la fin de Tannée 1884, des protestants français, et à leur tète MM. Frédéric Passy et de Pressensé, se rencontrer dans cette triste réunion de l'hôtel du Louvre avec des Anglais. Gillett, Alexander et autres, et y prendre la résolution de peser sur notre gouvernement pour lui faire abandonner toutprojet d'établissement à Madagascar ? M. Frédéric Passy osa m*^me écrire une préface pour un livre où un certain Saillens exposa la doctrine de l'abandon comme c une gloire pour la France et un progrès pour la civilisation » ; et ce livre fut adressé à tous les membres du Parlement, au moment même où ils devaient se prononcer sur la question, par le vote des secours que venait de leur demander le ministère. Ne fut-ce pas aussi un Mauricien d'origine et un adversaire de rinfluence française, le consul italien Maigrot,que l'amiral Miot accepta comme intermédiaire pour des ouvertures de paix? Enfin, le 14 août i885, le [irotestant et néfaste ministre des affaires étrangères, M. de Freycinet, ne recevait-il pas dans son cabinet M. Proctor, consul de Madagascar à Londres, et le célèbre Parrett, venus « pour convaincre la France de la futilité d'un protectorat français^ ». Et leur intervention ne fut pas sans résultat, car c'est aussitôt après que M. Patrimonio fut envoyé a Tamatave et qu'il fut chargé, de concert avec l'amiral Miot, de faire accepter, en le modifiant si besoin était, un plan de convention préparé à Paris et concerté — on a pu l'affirmer avec vraisemblance — entre le ministre président du conseil et les délégués protestants, anglais et français
Aussi le parti anglais à Tananarive ne s*effraya nullement de ce