CONVENTION OU 5 AOUT
Mais voici que, le 5 août 1890, est signée entre M. Waddington, notre ambassadeur à Londres, et lord Salisbury, la convention franco-anglaise, qui, en échange de l'abandon de nos droits à
Zanzibar et dans l lle de l'emba, reconnaissait notre protectorat avec toutes ses conséquences à Mada ^ascar.
Je transcris ici le texte authentique de cet instrument, qui changea subitement nos relations avec la cour d'Imerina, et fut l'occasion, sinon la cause, des difficultés ultérieures.
Déclaration du gomemement anglais,
« Le soussigné, dûment autorisé par le gouvernement de Sa Majesté Britannique, fait la déclaration suivante :
« Le gouvernement de Sa Majesté Britannique reconnaît le protectorat de la France sur l'He de >Tadagascar» avec ses conséquences, notamment en ce qui touche Vexequatur des consuls et agents britanniques, qui devront être demandés par Tintermédiaire du résident général français.
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« Dans l'ile de iMadagascar, les missionnaires des deux pays jouiront d'une complète protection. La tolérance religieuse, la lil)erté pour tous les caltes et pour renseignement religieux, sont garanties.
f II est bien entendu que rétablissement de ce protectorat ne peut porter atteinte aux droits et immunités dont jouissent les nationaux anglais dans cette fie.
« (Le reste a trait a l'Afrique équatoriale.)
« Signé : Sausbuhy. »
Londres, le 5 août 1890.
Trois mois plus tard, rAllemagne signait une convention
semblable.
Diplomatiquement, nous étions donc bien on règle, et il devenait, senible-t-il, impossible à touto jitiissance, même rivale, de continuer à nous fairL' opposition. En fuL-il ainsi pour l'Angleterre?
Pour l'extérieur et nnicie!)en)f='nt. la condnite du Foroi^i^n Office a été correcte, mais sans bienveillance. 11 a cessé toute relation avec le ministre des affaires étrangères malgaches, et a toujours passé par l'intermédiaire de notre Résident Général; il a reconnu notre droit d'èxequatur; mais» pour ne pas s'engager, a tenu à n'avoir .qu'un gérant de consulat, au lieu d'un titulaire; de même, à Londres, il a rompu avec le consul malgache. Cela était de stricte obligation. Mais le gouvernement anglais n'a point empêché ses nationaux de vendre des armes aux Hova; dans la question des tribunaux à établir, il n'a jamais voulu soumettre ses sujets à notre juridiction, et il est toujours prêt à épouser toutes les querelles et à croire à toutes les plaintes de ses missionnaires ou de ses marchands, fussent-ils des aventuriers uu des écumeurs de mer venns de l'Afrique ou des Indes. D'aucuns l'accusent même de soutenir et d'exciter la vive opposition et la violente campagne que suulevM à Tananarive et dans une partie de public anglais la convention de 1890. Est-ce à tort ou à raison? 11 serait difficile de le dire. £n tout cas, ces agissements ne sont pas invraisemblables» elle moins qu*on puisse aftirmer. c'est (]ue l'Angleterre serait toute prête à proliter de ce mouvement s'il venait à réussir.
Aussitôt, en effet, la convention connue à Tananarive, ce fut dans la colonie anglaise une explosion de plidntes améres et d'imprécations contre lord Salisbury. C'était une infamie et une indigne trahison de la part du chef du Foreign Office. Comment avait-il pu, d'un trait de plume, sacrifier ainsi tous les intérêts
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anglais, toutes !fs conquêtes de ses missionoaires'' î.n Franrp allait venir, qui fermorait Madagascar au commerce britannique, chasserait ses nationaux, persécuterait sa religion. Od n'oubliait rien, ni le Pape ni les Jésuites, pas riiême Flnquisition. On en appelait au parti libéral, à Gladstone, À Labouchère, à Sir Charles Dilke, à l'Amérique, à TAustraUe, à l'Afrique du Sud^ Et en attendaut, on fondait des cours de français dans les écoles de rimerina» afin d'être prêts à toute éventualité. C'était plus pratique.
Hais quand nos rivaux virent la France ne pas tirer parti de
son avantage et ne rien faire pour s'établir à Tananarive; lorsque le premier ministre, sous l'influence et la direction de Pai retl, refusa de reconnaître la convention franco- anglaise, et en prit occasion pour commencer une vive campagne contre nous, les Anglais reprirent confiance ot parurent espérer une seconde fois pouvoir éluder la puissance française.
Plus forts que jamais aupalais» ils profitèrent de leur influence, d'abord pour se faire donner des concessions tellement considérables qu'elles eussent rendu notre autorité, le jour où on voudrait l'imposer, complètement illusoire; et il fallut que la France intervint, du haut de la tribune d'abord, puis, par la déclaratioa authentique faite au premier ministre, que toute concession non reconnue et non enregistrée à la Résidence française, serait nulle et non avenue.
Puis nos adversaires entamèrent une violente campagne de presse pour demander la neutralisation de Madagascar. Prières, menaces, insultes, il n'y a rien qu'ils n'ait^nt essayé, sans s'inquiéter de devenir grotesques à force de vouloir èlre violents. La France va permettre la traite des nèj^res et détruire le grand acte d'humanité de Rainiiaiarivony, en 1877, quand il délivra tous les Mozambiques; elle va faire de Madagascar un lieu de déportation, et pervertir tous ses habitants en même temps que ceux de l'Afrique du Sud; elle va tout piller, tout saccager, tout détruire; elle va ramener la barbarie. D'autres fois on fait appel aux sentiments chevaleresques de notre nation, on la supplie de ne pas opprimer ce peuple jeune et plein d'avenir, de ne pas lui ravir sa liberté; ou bien on se tourne vers la mère-patrie, on lui montre* les Seychelles et Maurice perdus, la route de l'Inde coupée, sa suprématie dans Tocéan liidieu détruite. D'autres fois, on ergote sur la convention franco-anglaise, qui n'a pu reconnaître le protectorat français, car