‹ Madagascar et les Hova description, organisation, histoireChapitre 99 sur 105 · FRANCK ET HOYA · texte numérisé non relu

FRANCK ET HOYA

beaucoup d'autres personnes très autorisées qui la défendent. Je ne puis» quant à moi, l'accepter complètement.

J'accepterais peut-être que les notes diplomatiques de M. Laborde étaient trop vagues, et ne mettaient pas le gouvernement . au courant de ce quMl lui importait ie plus de savoir. Mais il y avait M. Baudais qui paraissait très bien comprendre et la situation et les hommes de Madagascar; il y avait M. Gampan, le neveu de M. Labonlp, qui avait été ôlevé dans Je pays, avait épousé une femme hova, et connaissait comme pas un, le fort et le faible du gouvernement el de ia puptilaiion, ainsi que de l'armée de l'Imerina ; (iiioi de plus facile que de le faire venir à l'aris et de s'informer auprès de lui de tout ce qu'il importait connaître î 11 y avait M. Suberbie, un simple employc de couitncrce, mais fort intelligent et qui avait vécu plus de dix ans à Tananarive. 11 était à Paris^ le ministre le vit souvent, lui confia même une mission importante; quoi de plus facile que de l'interroger ï Enûn il y avait les missionnaires jésuites, tous chassés de Madagascar et qui la connaissaient mieux que personne, M. Gampan et M. Suberbie exceptés ; il y avait en particulier le très savant et très consciencieux Père de La Vaissière, qui peu après vint précisément k Paris pour mettre ses vastes connaissances au service du gouvernement français, et publia deux ouvrages, trop longs peut-^tre et un peu confus, mais les plus sérieux que Pon ait encore écrits sur la grande île*et([ui abondent en renseignements les plus précieux. Dans Vingt aïis à Madagascar en particulier, il donnait sur Farmée bova des détails tels, que même M. Marlineau n'en donne guère de plus précis. Kt en paiin dh r il indiiiuail clairement •-eul moyen pratiqne d'en ûnir. il me suilira pour le prouver de ci ter une page de son livrer

« Cette guerre (1883-188o), écrit-il, aussi odieuse et onéreuse à la majorité des habitants de Tlmerina qu'indispensable à Rainilaiarivony et à ses conseillers pour se maintenir au pouvoir, aboutira inévitablement au triomphe complet des droits de la France sur Madagascar, dè$ que la France voudra sérieusement

en poursuif>re VexéctUion Tous nos divers bombardements

tous nos blocus de ports et de rades, toutes nos occupations partielles de points sur la côte orientale ou occidentale, ne nous ont valu que des déboires el se sont tournés contre nous.... // faul

1. ]'{ii;)t ans à Mathifftisear^ \ vol. inS; composé par le Père Abinal et édité par 1.; P. re de La Vaissière (1885); puis l'Histoire de Madayascar, en 2 vol. (1884), cUe/ Lecolire.

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vraie et dernière soiotion de la question malgache. > Il concluait ainsi : c Noos craignons fort que le gouvernement de la République française ne se résolve pas enfin k trancher le différend hem par une marche militaire sur Tananarive*^» »

Voilà ce que publiait- le Père de La Yaissière en i885, ce qu'il avait sûrement dit bien avant au ministère, ce qu'il aurait dit dès le début de la campagne, si on le lui avait demandé. ' '

C'est kl même [icnsée que développait à la iiiijuiie, le 24 juillet 1884, réloquHnt évt'que d'An.2:ers, qui montrait en outre très l)iftn la faiblesse de l'armée hova: « Ou me dira, s*écrinit-il : mais vous | comptez donc pour rien l'armée des Hova? La vérité est (|ne je ' n'en tiens pas grand compte : qu'est-ce, en effet, contre 5,000 à 6,000 Français, qu'une cohue de soldats indisciplinés, obligés de se nourrir chacun comme il peut; de soldats incapables de tenir en I rase campagne, lAchant pied au premier coup de fusil? Il est même probable que l'armée n^aura pas atteint les premiers plateanx de l'Imerina avant que les Hova viennent demander grâce et | se rendre k merci. ' Quant à Tananarive, tout le monde sait que c'est une ville absolument ouverte et qui ne saurait nous offrir aucune résistance sérieuse. »

On ne peut donc pas dire que le gouvernement français ne fût pas sulTisamment renseigné. 11 l'était, uu il pouvait très facilemeol l'être.

11 faut donc cliercber ailleurs la raison de cette indécision et de ces continuelles tergiversations. Quand MM. Duclerc et de Mahy eurent quitté le pouvoir, leurs successeurs ne prirent pas suffisamment à cœur l'expédition de Madagascar: « Je n'ai jamais sa ce que Ton voulait faire à Madagascar, » disait un jour M. Jules Ferry au commandant Boulard, Totiicier d'ordonnance de l'amiral Pierre.

C'est une raison. Il y en a d'autres.

On sait en effet de quelles dispositions était animée la Chambre de 1881 pour toute entreprise coloniale, et le gouvernement avait à compter avec elle. De plus, nous étions gravement engagés au Tonkin, et Topinion publique, effrayée de ce mouvement subit

d'expansion coloniale, qui avait commencé en Tunisie et se poursuivait en mome temps à Madagascar et dans l'extrême Orient, se prononçait < li,tque jour ]j1us nettement contre lui, au point que les futures élections menaçaient de tourner contre le gouvernement, peut-être contre la République.

i. yingt ans à Àtadagatear, p. 14(M4i.

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T/était assez pour ealever aa ministère toute force et toyte décision.

Mais cette faiblesse n'en fut pas moins déplorable. Ij'amiral Pierre, épuisé par les fatigues de sa campagne, plus encore par rabandoD oii on le laissait, et Timpuissance où il se voyait de tirer parti de ses premiers succès, demandait à rentrer et mourait, le 1 1 septembre, en vue des côtes de France.

L'amiral Galiber qui le remplaça avait les instructions les plus précises d'être conciliant, et défense d'avancer à Vintérieur. Du reste, Taurait-il pu? Il avait H,)0 hommes de troupes, depuis Tamatave jusqu'à Mojanga! Mais par contre, il pouvait traiter et était fortement invité a le faire aux conditions suivantes :

l'» Reconnaissance du protectorat de la France sur la partie nord-ouest de Tîle ;

^ Faculté pour les Français de posséder à Madagascar;

3« Indemnité d'un million.

Déjà il ne s'agissait plus du 16* parallèle.

Après dix mois d'inaction, nous commencions à reculer. Les Ho va espéraient que, lassés par le temps, nous faiblirions bien davantage:.* Vous me demandez, disait Rainandriamanpondra, gouvemeilr de Tamatave et Pun des négociateurs, k l'amiral Galiber, de vous dire quelle partie de i'fle je consens à vous céder; c'est comme si vous me demandiez quelle partie de mon bras je veux couper: je n'en veux coupei aucune... Prenez ce que vous voudrez, si vous êtes les plus forts. »

l'our obtenir, il fallait donc exiger, et exiger en mai chant en avant, comme l'écrivait alors M. Baudais, qui assistait l'amiral Galiber, à M. Jules Ferry.

Un moment on put espérer qu'on allait le faire. La Chambre, en réponse à une interpellation de M. de Lanessan, le 2i mars, parut vouloir une action plus décidée, et l'amiral Miot alla remplacer l'amiral Galiber avec quelques renforts, et des instructions beaucoup moins étroites.

Sa première déclaration aux plénipotentiaires hova était faite pour confirmer cette impression. En voici les principaux passages :

€ Le gouvernement de la République est résolu, Ijeur disait-il, pour terminer les affaires de Madagascar, de ne reculer devant aucun moyen.

« 11 faut (jue vous le sachiez.

« Je ne viens pas ici poui- vous demander la reconnaissance de tels ou tels droits, ui le respect de tels ou tels engagements passés

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avec des peuplades que nous protégeons : je viens pour exercer

ces droits et imposer ce respect...

« N'ayez plus aucun espoir de remettre votre pavillon sur la

côte nord-ouest. Elle est désormais sous la protection etfective de

la République; Nous n'abaDdonnerons jamais Mojaaga, et nous ne

quitterons Tamatave que lorsque nous le voudrons. »

Et après avoir de nouveau proposé la paix, il terminait ainsi : < Envoyez à ceux qui vous dirigent la ferme volonté de la

République : Nous ne nous en irons pas, nous n'évacuerons

pas, »

C'était parfait. Malheureusement il ne put pas conformer sa conduite à ses paroles. Qn^'id il parlait ainsi, c'était [luiu appuyer une mission seciele confiée par Jules Ferry à M. Suberbie.

Un instant, eu elïct, M. Challamcl-Laconr alors ministre des afTaires étrangères avait soni^é à en revenir à peu près au traité de 1868. C'eût été une honte et un désastre. Prévenu par M. Snl)erbie, le président du conseil envoya ce dernier à Madagascar» et lui donna quatre mois pour amener les Ho va à traiter. Sinon, comme M. Foumier venait de signer le traité de Tientsin, on ferait passer les troupes disponibles du Tonkin par Madagascar, pour en finir et faire ce que M. Bandais écrivait à la fin de 1884, on irait < dans l'Imerina même, renverser le gouvernement actuel, si c'était nécessaire, et lui imposer le protectorat. »

Dans ces conditions il était possible de négocier.

Malheureusement survint alors la triste affaire de Lang-Son. Jules Ferry fut renversé du pouvoir et remplacé par M. de Freycinet aux Atlaires étrangères et M. Brisson à la Présidence du Conseil.

Ce fut en plein la poliliqne de recul. L'amiral Miot regut des instruelions touU^s eonti'aircs aux préeédenles.

Plus de secours possibles venant du Tonkin.

Défense de marcher en avant, et ordre absolu d'arriver à un traité, coilte que coûte.

Il ne faut pas perdre cela de vue, pour Juger droitement la conduite de l'amiral.

n blâma Pennequin pour un fait d'armes, simplement héroïque mais dangereux, et où le brave capitaine aurait pu succomber avec tous ses hommes (26 août 1885); il entreprit sa reconnaissance de Farafatra et dut se retirer sans avoir livré l'assaut. Mais peut-être qu'il ne pouvait agir autrement! S'il avait cédé à l'impatience et aux exigences de ses hommes qui n'y tenaient plus et voulaient à tout

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prix combattre, pouvait-il en conscience, devant des épaulements de plusieurs centaines de mètres de long, et de 7 k 8 mètres d'ép;iisseur, devant une triple enceinte à franchir, perdre peut-être 50 homuies pour emporter d'assaut une place qu il savait, lui, ne pouvoir pas garder? 11 ne faut pas oublier pai- contre que c'est lui qui prit l'initiative de faire occuper Die^^o-Suarez, et plus tard d'eu garder la possession.

DaDS les négociations, on lui a également reproché bien des choses. Je ne prétends pas le défendre ou l'excuser complètement, je ne veux même pas juger sa conduite en détail. Ce n'est encore ni le temps, ni l'occasion de le faire. Peut-être partagea-t-il par trop la méfiance générale où l'on tenait alors M. Campan, parce qu'il était le neveu et l'héritier de Laborde; peut-être aussi fut-il un peu cassant pour nos nationaux, un peu trop confiant en Willougby ; peut-être n'interrogea- 1- il pas assez et se laissa-t-il tromper par sa propre loyauté. Cependant, ici non plus, il ne faut pas oublier que, s'il a-ccepta de traiter avec cet aventurier, ce fut sur Tordre du ministère ; que s'il conduisit les négociations en anglais, c'était qu'il avait à discuter avec un Anglais et que lui-même connaissaitadmirablenienl cette langue. Aussi le traité fut-il tout ealier discuté et écrit en anglais. Et c'est sur ce texte anglais que l'on fit les deux traductions française et malgache.

Ainsi se comprend, et, jusqu'à un certain point, se justifie la conduite de l'amiral Miot.

Peut-on dire la même chose de celle de M. de Freycinet?

Le personnage inspire très peu de sympathie, et peu d*hommes farent aussi néfastes que lut à leur pays. Il nous a fait perdre l'Ëgypte et ce n*e8t pas sa faute si nous n'avons pas perdu Madagascar.

Il faut cependant être juste envers lui aussi bien qu'envers les autres et apprécier sainement les faits.

L'expédition du isinkiii était très impopulaire en France, et un peu de cette impopularité avait rejailli sur celle de Madagascar, quoique l'opinion publique se soit montrée toujours plus favorable à cette dernière. La Chambre de 1881 avait ni 'im voté avant de se séparer, le 30 juillet 1885, un crédit de 12 millions demandé parle gouvernement, à la majorité énorme de 277 voix contre 120.

Il est donc probable qu'un gouvernement plus fort et plus décidé eût enlevé à la nouvelle Chambre, surtout après la signature des préliminaires de paix avec la Chine (commencement de mars 1885), la continuation de la guerre, et les moyens pour la mener rapide-

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' ment à bonne fin. D'un antre côté on ne peut nier que la nouvelle

Chambre ne fût encore plus mal disposc^e (fue l'ancienne, car la plate-forme électorale de l'opposition avait été : « plus d'expéditions lointaines. »

On craignait que si la paix n'était pas conclue avec M^U^ascar, on ne dût évacuer et le ïonkin et Madagascar.

Je crois qu'on se trompait et la Chambre eût areord('' les crédits pour Madagascar. Mais peut-être ceux du Tonkin auraient-ils été rejetés. Ils furent votés vingt-quatre heures après l'arrivée du tcaité et à une majorité de quatre voix seulement.

Pour la seconde lois l'avenir de Madagascar était donc sacrifié au Tonkin. On peut s'en consoler aujourd'hui en pensant que nous aurons Madagascar, tandis que le Tonkin, une fois perdu, C'était définitivement.

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