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AVANT-PROPOS

La Conférence qu’on va lire a été faite sous les auspices de la Société centrale du travail professionnel, le 10 avril 1895, dans le grand amphithéâtre de l’École des Hautes Études commerciales. La principale raison de sa publication est son actualité. Mais elle peut en outre rendre des services de vulgarisation, car elle constitue un exposé aussi complet que possible, dans son extrême concision, de la question de Madagascar. D’autre part, je suis heureux de saisir cette occasion qui m’est offerte de rendre publiquement hommage aux auteurs qui m’ont fourni les éléments de cette conférence et auxquels j’ai fait de nombreux emprunts. Aussi bien ne saurait-on assez recommander la lecture de leurs ouvrages, parmi lesquels je cite particulièrement : le très remarquable livre de M. Martineau : Madagascar en 1894 (Marpon et Flammarion, édit.); celui de M. Foucart : Le Commerce et la Colonisation à Madagascar (Challamel, édit.);

Le Guide pratique du Colon et du Soldat à Madagascar , de MM. Gautier, Jully , Combes et Dr Rouire; Vingt ans à Madagascar, du P. Abinal, et — indépendamment des études devenues classiques de M. Grandidier, des volumes qui viennent de paraître du prince Henri d'Orléans, du docteur Catat et du P. Piollet et de l’immense bibliographie des livres consacrés a la grande île africaine, bibliographie que je ne peux pas, on le comprend, reproduire ici — les travaux très intéressants et très substantiels du savant explorateur M. Gautier (Bulletin du comité de Madagascar et Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris), et de M. Jully, le distingué architecte de la Résidence de France àTananarive (également Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris).

Paris , le 18 avril 1895

Félix LESEUR.

Mesdames, Messieurs,

Madagascar est la grande question du jour, celle qui passionne tous les esprits. Et comment pourrait-il en être autrement? La grande île de l’océan Indien, qui s’appelait autrefois l’île Dauphine, qui s’est appelée la France orientale, est soumise à l’influence française depuis plus de deux siècles. Ce magnifique héritage de la France coloniale d’avant 1789, de cette France coloniale qui s’est composée un moment du Canada, de la Louisiane, de la vallée entière du Mississipi et de l’Inde, nous a été disputé, Dieu sait avec quelle ardeur, depuis le commencement du siècle par nos éternels rivaux. A plusieurs reprises nous avons même failli le perdre, et c’est précisément ce qui nous l’a rendu si cher, ce qui a contribué à

rendre le nom de Madagascar populaire dans la métropole. Le sentiment public s’est malheureusement trop souvent trompé, ou plus exactement a été trop souvent égaré, chez nous, en matière coloniale. "Le lamentable exemple de la perte de l’Inde est là pour nous le rappeler à jamais, et plus récemment rappelez-vous la défaveur dont a été frappée la conquête de l’Indo-chine, les noms de Tunisien et de Tonkinois jetés comme une insulte au grand homme d’Etat qui a donné à la mère-patrie deux admirables colonies, au regretté Jules Ferry, qui a voulu avec une merveilleuse clairvoyance politique que la Tunisie soit française pour faire échec à l’Angleterre dans la Méditerranée et que l’Indo-Chine soit aussi française pour faire échec à l’Angleterre dans l’Extrême-Orient, et qui par là a été un des plus utiles serviteurs de la patrie. C’est pourquoi l’histoire lui gardera ses surnoms comme étant ses plus beaux titres de gloire, et qu’on dira plus tard Ferry le Tunisien, Ferry le Tonkinois, comme Rome disait Scipion l’Africain. Et bien, cette fois, pour Madagascar, le sentiment public a vu juste, il a compris qu’il fallait absolument que l’ile nous appartînt, qu’elle était nécessaire à l’expansion de notre race, pour nous empêcher d’être étouffés par l’embrassement germanique et anglo-saxon qui cherche en ce moment a étreindre l’univers entier. Et c’est ce qui explique ce bel enthousiasme patriotique qui a ému Paris lors du départ du 200 régiment de marche,

ce noble enthousiasme avec lequel la France, la mère-patrie, a salué ses entants,les vaillantes troupes chargées d’aller planter le drapeau tricolore à Tananarive et de rendre éclatante et définitive la reconnaissance de ses droits deux fois séculaires.

Je voudrais donc ce soir, Mesdames et Messieurs, essayer de vous démontrer comment et pourquoi le sentiment public français a été si bien inspiré dans la question de Madagascar. C’est en somme l’exposé de cette question que je vais entreprendre. C’est une tâche bien délicate que j’assume, car la question malgache est très vaste, très compliquée, et tenter de la résumer, de la condenser dans le cadre forcément restreint d’une conférence n’est pas une œuvre facile. Mais j’ai confiance dans votre bienveillante attention et je compte sur toute votre indulgence pour excuser les imperfections de l’exposé que je vais avoir l’honneur de faire devant vous. Pour en faciliter la compréhension, nous procéderons, si vous le voulez bien, progressivement. par ordre.

Nous étudierons d’abord le pays, ses ressources et ses habitants.

Puis la race dominante, celle avec laquelle nous entrons en guerre, les Hovas.

Ensuite nous repasserons l’histoire des relations que nous avons entretenues avec Madagascar depuis sa découverte jusqu’en 1885.

Nous aborderons alors les récits Mes événements qui depuis 1885 jusqu’à

nos jours nous ont conduits à la situation actuelle.

Enfin nous examinerons ce que nous allons ïaire à Madagascar.

Vous voyez que nous avons pas m aide choses à étudier, que nous avons, comme on dit, suffisamment de pain sur la planche.

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