‹ MadagascarChapitre 2 sur 11 · LE PAYS · texte numérisé non relu

LE PAYS

La forme de Madagascar vous est connue à tous (1). Cette grande île, allongée du nord au sud parallèlement à la côte orientale d’Afrique, dont la sépare le canal de Mozambique , est entourée d’une bordure côtière extrêmement malsaine, dont l’insalubrité est due aux causes suivantes.

Sur la côte-est, les nombreux fleuves qui viennent se jeter à la mer ont leurs embouchures souvent complètement obstruées par des bancs de sable et des formations madréporiques. Les fleuves alors se répandent, inondent les côtes basses et forment toute une série de

(1) Les cartes de Madagascar sont nombreuses; parmi elles je recommande particulièrement au lecteur la grande carte en trois feuilles du P. Roblet, la carte à même échelle de MM. Laillet et Suberbie, la carte particulière de Flmerne du P. Roblet, la carte des vallées de Plkopa et du Betsiboka, entre Majunga et Tananarive, de MM. Laillet et Suberbie, enfin les cartes à plus petite échelle publiées par Péditeur Andriveau- Goujon (Barrère successeur) d’après les documents de M. Grandidier et les itinéraires les plus récents.

lacs, d’étangs, de lagunes où l’eau saumâtre, stagnante, envahie de plantes palustres et remplie de matières végétales, devient un foyer d’intoxication et engendre chez l’Européen qui débarque à Madagascar les lièvres qui ont valu à l’île une aussi mauvaise renommée.

Sur la côte-ouest, les côtes sont aussi basses, aussi fiévreuses ; mais, à l’inverse de ce qui se passe sur la côteest, au lieu de trouver des lagunes on rencontre de vastes baies formées par de véritables bras de mer qui s’enfoncent dans les terres. C’est ce qui fait que, tandis que la côte-est, dépourvue de ports bien abrités (car la vaste baie d’Antongil, vaseuse, insalubre et ouverte aux vents du large, ne peut passer pour un abri sûr), ne compte que des mouillages en rade comme ceux de Tamatave, Andévoranto , Mahanoro , Fénérive , Vatomandry, Mananjary, Vohémar et Fort-Dauphin, — la côte-ouest, au contraire, possède de superbes baies comme celle de Saint-Augustin avec le port de Tulléar, de Bombetoke avec le port de Majunga, de Mahajamba, de Narinda, de Passandava.

Je ne parle pas de l’admirable baie d’Antomboka ou de Diégo-Suarez, une des plus belles du monde, qui pourrait contenir et abriter aisément toutes les flottes de guerre de Funivers réunies, parce que, située à l’extrémité nord de l’île à la base du cap d’ Ambre, elle doit être mise à part, sa situation excentrique ne permettant pas de la rattacher à une côte plutôt qu’à l’autre.

Si Madagascar n’avait que ses côtes, -ce ne serait pas un pays bien enviable. Mais, heureusement, l’île possède un squelette, une ossature puissante qui soulève son terrain depuis Fort-Dauphin jusqu’à Diégo-Suarez à une altitude moyenne de 800 à 1,500 mètres.

Cette chaîne de montagnes, qui court parallèlement à la côte-est sur une double ligne d’arêtes et en suivant de près la côte, s’élargit en un plateau au nord du pays Barà, dans le pays Betsiléo et de ns l’Imerne (Imérina), que les Hovas appellent assez pittoresquement et justement leur « nid d’aigle ». Le point culminant de ce plateau se trouve dans les monts d’Ankaratra, au sudouest de Tananarive, dont les pics atteignent jusqu’à 2,590 mètres d’altitude, ^ur ce plateau l’air est pur et frais, l’Européen peut y vivre, se reproduire, travailler. Le plateau occupe les deux tiers de la superficie de l’île, et c’est ce qui fait que Madagascar, à l’encontre de presque toutes nos colonies, est destiné à devenir une colonie de peuplement.

Dans la partie de l’île effectivement soumise aux Hovas, sur les plateaux sains de l’Imerne et du Betsiléo, les colons français pourront s’établir, se grouper, prospérer ; Madagascar sera dans l’avenir, si nous le voulons, l’Australie de la France et une Australie renfermant dans son sein bien autrement de richesses naturelles que celle de l’Angleterre.

Le plateau central malgache, très abrupt, à chute immédiate sur la côteest, s’abaisse par gradins doucement

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vers la cote-ouest pour s’éteindre dans la grande plaine sakalave qui le sépare du canal de Mozambique. Il est très irrigué, parcouru par de nombreux cours d’eau qui en assurent la fertilité, et il envoie à la mer quelques grands fleuves comme le Mananjary, comme le Mangoro, dont la riche vallée est enserrée entre les deux chaînes côtières, et. le Mananara à l’est, et le Mangoky, le Tsiribihina, composé de la réunion du Mania et duMahajilo, le Betsiboka, composé de la réunion de l’Ikopa et du Betsiboka, à l’ouest.

Retenons en passant le nom du Betsiboka, nous aurons l’occasion par la suite d’en reparler, car c’est sa basse vallée d’abord, puis celle de son principal affluent l’Ikopa,qui prend sa source auprès de Tananarive, qui conduiront nos troupes dans la capitale des Hovas.

Pour terminer cette description sommaire de la géographie de Madagascar, il convient de mentionner les nombreux lacs qui se trouvent dans les1 différentes parties de l’île, au centre surtout, et dont les principaux sont le lac Alaotra au nord-est de Tananarive et le lac Itasy au sud-ouest.

L’aspect de Madagascar varie considérablement suivant l’endroit où on l’aborde. Les voyageurs qui gagnent; l’Imerne en venant de la côte-est sont émerveillés par l’exubérance des forêts, par les belles et riches vallées des montagnes, par une nature de toute beauté.

Leux qui, au contraire, viennent au sudouest de File sont attristés par ce pays plat, sablonneux, à végétation rare et

épineuse. Ceci explique les contradictions existant entre les appréciations de certains explorateurs. C’est ainsi par exemple que le prince Henri d’Orléans, qui est allé à Tananarive par le nordest, exalte la fertilité de Hle, tandis que MM. Grandidier et Catat, qui ont surtout parcouru l’ouest, et le sud, la considèrent comme une terre ingrate et improductive. Où est la vérité? Nous le verrons tout à l’heure. Mais auparavant examinons quelles sont les ressources de Madagascar.

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