‹ MadagascarChapitre 10 sur 11 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Que ïerons-nous au lendemain de la conquête? Je vous ai dit quelles étaient les ressources de l’île: nous n’aurons qu’à les exploiter et pour cela il faut, je vous le répète, nous appuyer sur les Hovas, établir un protectorat sincère, n’envoyer là-bas qu’un nombre restreint de fonctionnaires, faire en un mot à Madagascar non pas de l’administration, mais de l’agriculture, du commerce et de l’industrie. L’acquisition d’une aussi splendide colonie, où nous serons bien chez nous, sans voisins, sans rivaux, vaut bien les quelques milions que coûtera l’expédition. Mais il est une dernière considération, politique exlusivement celle-là, qui devait nous déterminer à agir vigoureusement.

Je veux vous la signaler en deux mots, en terminant.

L’Angleterre est prépondérante dans l’océan Indien. De l’Inde au Cap, de

Zanzibar à l’Australie, terres et mer lui sont presque entièrement soumises. Son coup de force en Egypte a livré à son caprice la liberté du canal de Suez. Aden et Périm d’un côté, Singapour de l’autre, lui assurent la possession des routes de navigation qui conduisent à l’Extrême- Orient. De la sorte, elle met en constant péril rindo-Chine "française, et son plan Jest d’accaparer maintenant la suprématie sur les côtes de Chine et de tuer notre commerce et notre influence dans ces régions où vont bientôt se jouer les destinées du monde européen, comme elles se sont jouées au siècle dernier dans la vallée du Gange. Si nous voulons que la France reste grande, il ïaut empêcher ce plan de se réaliser, il faut recommencer sur un terrain nouveau la lutte contre la Grande-Bretagne, qu’avait entreprise avec tant de génie le grand Dupleix. Or, si Dupleix et La Bourdonnais ont pu combattre eïïicacement les Anglais dans l’Inde, c’est que dans l’océan Indien ils possédaient une base d’opération solide, où ils venaient réparer leurs vaisseaux et se ravitailler en hommes et en munitions, l’ile Maurice et la Réunion. Madagascar doit désormais remplacer cette ancienne base d’opérations en l’élargissant. Elle doit être passez-moi l’expression, la caserne et, l’arsenal de la France dans les mers orientales, le point d’appui inébranlable sur lequel nous pourrons nous appuyer pour porter utilement nos eïïorts éventuellement, suivant les besoins, vers la mer Rouge, vers Pondichéry ou vers S aï-

gon.ll ïaJlait que nous fussions les maîtres de Madagascar pour que les flots de l’océan Indien ne vinssent pas se briser sur des rivages presque exclusivement britanniques. Qui sait? Madagascar renferme peut-être la solution de la question d’Egypte! En tout cas, la grande île Dauphine, la France orientale, ne doit pas être seulement pour nous une source de richesses, elle doit être encore et surtout un des fondements inébranlables delà puissance nationale.

J’ai fini, Mesdames et Messieurs. Il ne me reste plus qu’à m’excuser de vous avoir retenus si longtemps et qu’a vous remercier d’avoir bien voulu m’écouter avec une attention aussi soutenue.

Mais avant de nous séparer je veux vous adresser une requête. C’est de nous unir tous dans une commune pensée et de saluer une dernière fois le corps expéditionnaire qui s’embarque en ce moment à Toulon et à Marseille. Grâce à lui, le drapeau tricolore sera hissé, j’en suis sûr, pour le 14 juillet prochain, sur la Résidence générale de France à Tananarive, et, cette fois, pour ne plus jamais être amené. Grâce à lui, nos trois couleurs flotteront désormais joyeuses et lîères sur Madagascar comme un gage de justice et de protection pour les" faibles, de progrès et de civilisation pour tous, et comme un sérieux avertissement pour ceux qui dans l’avenir tenteraient d’enrayer l’expansion légitime de la race française à travers le monde.

1425. — Paris. Soc. anonyme de l'Xmp. Kngelmann.

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Librairie LECÈNE, OUDIN etCie, 15, rue de Cluny

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L’Europe Politique

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