EX PÉRIL PAR LES FRANÇAIS
Le Camp Malgache bombardé sans succès Les Malgaches répondent et font voir que leur artillerie peut réduire Tamatave en cendres
PANIQUE DANS LA VILLE Magnanimité des Malgaches
Ces basses insultes me rappellent qu’en 1888, au lendemain de l’occupation de Tamatave par l’amiral Pierre, le missionnaire anglais Parrett vint trouver le premier ministre pour le supplier de massacrer tous les Français résidant alors dans ITmerne. Rainelaiarivony n’écouta pas les instances de Parrettet, au lieu de massacrer nos compatriotes, il se borna à les expulser. Le Hova se montra dans la circonstance
plus civilisé que l’Anglais. Et vraiment est-ce bien aux gens qui ont sur la conscience les tueries de l’Ouganda, les massacres d’Alexandrie, les horreurs de la Compagnie du Niger et tant d’autres pages sanglantes, qu’il convient de parler si haut de civilisation et d’humanité? Méprisons ces hypocrites déclamations, haussons les épaules avec dignité, la dignité dont ne se départit jamais la généreuse France, et contentons-nous de constater avec l’explorateur allemand Wolff que « Tamatave, sans la police hova, ce sont ses propres paroles, sans le gouvernement hova, sans les soldats ho vas, sans la justice hova, n’a jamais été aussi sûre et aussi tranquille que maintenant ».
Deux routes mènent à Tananarive :
celle de Tamatave à l’est, celle de Majunga à l’ouest. La route de Tamatave àTananarive n’a que 282 kilomètres celle de Majunga en a 442. Cette dernière est donc beaucoup plus longue : c’est cependant elle qu’a choisie l’état-major pour mener le corps expéditionnaire dans la capitale des Hovas, et il a eu raison. La route de Tamatave est en effet très malsaine ; elle suit les lagunes de la côte,, jusqu’à Andevoranto, puis s’enfonce dans la forêt par un sentier à peine frayé qui se prête admirablement aux embuscades. Par Majunga la route est plus facile. LeBetsibokapuis l’Ikopa sont navigables jusque près de Suberbieville. À quelques kilomètres de là, on se trouve à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer: plus de fièvres à re-
douter, et jusqu’à Tananarive on s’élève graduellement sur un plateau découvert où le soldat voit loin devant lui et ne craint plus les surprises. A condition de ne pas ïaire stationner nos troupes à Majunga, de les concentrer rapidement sur le plateau, nous ne perdrons pas beaucoup d’hommes par les fièvres. Je ne vous ferai pas la stratégie de la future campagne, je n’en ai ni la compétence, ni l’envie. Elle sera simplement une campagne de ravitaillement et d’intendance, et je suis convaincu que le ministère de la guerre a pris toutes les mesures en conséquence. La route a été admirablement relevée par le colonel de Beylié, qui l’a parcourue incognito tantôt comme subrécargue à bord des bateaux du Betsiboka, tantôt comme ouvrier mineur, tantôt comme botaniste, toujours seul, en dressant la carte au" jour le jour au péril de sa vie. Il est, du reste, attaché à l’état-major du général Duchene. Quant à la vaillance et à l’héroïsme de nos troupes, point n’est besoin de vous les vanter. Rappelez-vous les hauts faits du Tonkin, du Soudan et du Dahomey. En voici deux que raconte le capitaine Eonssagrives, qui fit partie de l’état-major du général Dodds. C’était à la bataille du Koto devant Kana. « Un sergent d’infanterie de marine tout jeune tomba près de moi, c’est, le capitaine qui parle, l’épaule cassée ; il se relève tout pâle et me dit : « Mon capitaine, avec un bout de ruban jaune là dessus je serai vite guéri. » Un peu plus loin, je rencontre un légionnaire qui, la
tête empaquetée dans des linges sanglants,essaie de rejoindre sa compagnie : « Où vas-tu? Rentre donc à l’ambulance.
— « Mon capitaine, ils ne m’ont pas payé mon œil ».
Avec de tels hommes on vient à bout de tout, et l’on est en droit de s’écrier avec M. Fonssagrives, comme jadis les soldats de Probus: « Nous avons vaincu mille et mille Dahoméens, combien de mille et mille Hovas ne vaincrons-nous pas! » Je suis donc sans inquiétude sur l’issue de la campagne.