CHAPITRE PREMIER ORIGINE DES MALGACHES
— III. Les Vazimba. — IV. Les Juifs. — V. Les Karmates. — VI. Les Onjatsy. — VII. Les Antambaboaka .
— VIII. Métis d'Européens. — IX. Les Sakalava. — X. Les Mahafaly. — XI. Les Antandroy. — XII. LeMasikora. — XIII. Les Antanosy. — XIV. Les Antanosy émigrés. — XV. Les Ant'Aisaka. — XVI. Le Farafan* gana.
Madagascar a perdu son ancien nom de iVosy- Dambo, « l'Ile des Sangliers »-, mais les peuplades des îles voisines l'appellent encore Tany^Bé^ la « Grande-Terre ».
Les Hova croyaient que le monde finissait à la périphérie de File, et donnaient aux populations malgaches le nom collectif d' Ambanilanitra^ « ceux qui sont sous les cieux ».
Les Ambanilanitra sont des Indo-Mélanésiens métissés de races très diverses.
I. — Des géologues et des naturalistes pensent que les Laquedives et les Maldives sont le reste de l'épine dorsale d'un continent disparu. Au commencement de l'ëpoque tertiaire, ce continent aurait réuni TAfrique à la Malaisie. Où émergent des récifs de coraux se dressaient de hautes montagnes. On lui donne le nom de Lëmurie, de celui d'espèces de singes qui ne se trouvent guère qu'à Madagascar.
Par la Lémurie, des vagues humaines, poussées les unes par les autres, seraient venues de l'Indo- Mélanésie à Madagascar.
Pourquoi non ?
On a découvert, à l'Est de Goa, dans une couche de basalte et de latérite, une forêt de palmiers et de conifères transformés en silice, et quelques-uns de ces troncs portent la trace évidente de la hache qui les a coupés.
Ainsi, aux âges éocènes, peut-être à la fin de la période crétacée, au temps où des coulées de lave s'épanchaient des cratères du Dekkan, l'Homme marquait son passage dans les forêts de l'Inde Occidentale.
La Lémurie a disparu pendant la période miocène, alors que les Alpes s'exhaussaient à la hauteur des neiges éternelles, que les volcans de l'Auvergne flambaient et pétrissaient la France centrale, que les mammifères supérieurs et les singes faisaient leur apparition.
L'Homme pouvait donc venir à pied de Tlnsulinde ou de rinde à Madagascar. Mais il n'était pas dégage de ranimalitc, sa conscience sommeillait encore; il n'avait que des instincts méchants, la malignité et la lubricité du singe. Bien qu'il eût en lui un germe divin, il était à des distances incommensurables des Négroïdes qui formèrent la première couche des populations malgaches. Et puis, pouvait-il avoir la pensée, l'audace, le pouvoir d'affronter un inconnu infiniment redoutable ?
Si l'homme ne paraît pas avoir tenté la traversée de la Lémurie, la Lémurie expliquerait néanmoins l'existence en Madagascar de nombreuses familles animales et végétales qui ne se trouvent qu'en Extrême-Orient ^
IL — Sur plusieurs points de Madagascar on a trouvé des os d'animaux disparus mêlés à des fragments de poteries. Les auteurs de ces poteries étaient plus civilisés que les Indo-Mélanésiens, et furent moîns^heureux. Ils ont bourdonné leur cantique de joie, de douleur et d'aiiiour, et ont disparu sans laisser un nom, une empreinte, un vestige quelconque de leur passage.
M. Alfred Grandidier pense qu'ils ont quitté Mada-
1 Eliske Reclus, Nouv. Géog. Gén., t. VIH, pp. 94 et 614. — Mar- 0HK8BTTI, bolUtino délie scicnze naturali, no 2, au. 2. — G. et A. de MoRTii.LET, Le Préhistorique, Origine et Antiquité de l'Homme; Paris, Reiowald, 1900.
gascar avant l'arrivée des premiers praos de Tlnsulinde.
III. — Environ 2500 ans avant Tère vulgaire, des bandes caucasiques et mongoliques se ruèrent sur le Sud de l'Asie, Les populations maritimes, prises de panique, armèrent toutes leurs embarcations et se dispersèrent en Inde, en Indo-Chine, en Malaisie, en Océanie.
Le courant équatorial et les moussons de l'Est ont pu saisir quelques praos, les ballotter des jours et des mois, dans les immensités de l'Océan Indien, et les jeter sur les côtes orientales de Madagascar. Il se peut aussi que les invasions mongoliquôs et caucasiques n'aient pas eu d'influence sur le peuplement de Madagascar. En tout cas, les immigrations de Nègres Indo-Mélanésiens, qui forment la première et la principale couche de la population malgache, sont antérieures à l'ère chrétienne. La linguistique en fournit la preuve. Tandis que les langues de l'Archipel asiatique sont farcies de mots sanscrits, celle importée par les Indo-Mélanésiens n'en contient pas du tout.
Ce n'est pas toujours volontairement que les marins orientaux entreprirent des voyages de 5 500 kilomètres. Ces voyages n'en furent pas moins nombreux. Ce n'est pas sans titre que les rois des Malais se disaient les « maîtres des vents et des mers do TOriont et de l'Occident ».
En 1884, 1885 et 1887, les vents et les courants ont jeté, sur les côtes de Madagascar, des quantités énormes de pierres ponces provenant de Téruption du Krakatoa; les mêmes forces ont pu amener des praos.
Les premiers immigrants ont dû s'établir sur les côtes; mais de nouvelles vagues les ont peu à peu poussés dans les terres, et ce sont eux que Ton trouve, sous le nom de Vazimba^ dans le Ménabé, le Betsileo, Tlmerina, au bord de la mer et le long des fleuves.
Ils paraissent avoir sur le sol un droit primordial, comme tompontanyj « Maîtres du pays », c'est-à-dire comme premiers occupants. Ils prennent dans les champs, sans payer, ce qui leur est nécessaire. Les Malgaches ne s'approchent de leurs tombeaux qu'avec crainte et y font des sacrifices ^
A une époque très éloignée, Tlndo-Mélanésie a peuplé de nègres la grande île de Madagascar.
Postérieurement, les vents, les courants, les hasards de la navigation ont jeté, sur les côtes de Tîle, des Juifs, des Arabes, des Persans, des Indiens, des Javanais, peut-être des Chinois et des Japonais; puis dans les quatre derniers siècles, des trai-
A A. Grandidibr, Bist, phys,, jiatur. et polit, de Madagascar, — L'Origine des Malgaches ; Paris, Imp. Nat, MDCCCCI, pp. 3 «t Buiv. — Elisée Reclus, Nouvelle Géogr, univers,^ t. XIV, pp. 87. 97. — Ch. Bénéyknt, Conception de la mort chez les Malgaches (dans la Revue de Madagascar, sept. 1901).
tants, des corsaires, des voyageurs européens et des esclaves du continent noir. Toutes ces races se sont mêlées, et Ton peut dire aujourd'hui, avec M. A, Grandidier, que les Malgaches sont des métis d'Indo -Mélanésiens et d'éléments ethniques très divers.
IV. — Les Juifs sont probablement des premiers, peut-être les premiers de ces immigrants. Il y en a partout. Quand on découvrira les pôles, on trouvera des Juifs assis dessus, et glapissant des psaumes de David ou les lamentations lancinantes de Jérémie.
On ignore la date de leur arrivée, mais elle est antérieure à Tan 1001 avant J.-C, puisqu'ils ne connaissent aucun des prophètes postérieurs à David.
Les hasards de la navigation les ont portés dans rîle Sainte-Marie et dans TAntavaratra, province de l'Est que Flacourt appela Manghabei.
Ils prétendaient descendre du fabuleux roi d'Ur (Orham, Aborham^ Abraham, Père-Orham), nommaient leurs Grands Zafhibrahim et leur île Nossi Hibrahim.
Les femmes et les filles étaient gardées de près, et Flacourt a constaté, sans enthousiasme, qu'il n'était pas facile de les avoir. D'ailleurs elles avaient horreur des Chrétiens, et ne voulaient d'eux ni pour amants ni pour maris.
Leur dieu, nommé Zauahary, était auteur de tout
bien ; leur diable, nommé Iblis, était auteur de tout mal. Ils ne craignaient pas le dieu et tremblaient devant le diable; dans les sacrifices, c'est au diable qu'ils offraient les prémices des victimes.
Ils auraient préféré mourir de faim que de manger une bête tuëe par un chrétien ou par un idolâtre; par contre, ils n'étaient ni traîtres, ni voleurs, ni assassins.
Ils se sont mêlés, bien à contre-cœur, avec les Nègres indo-mélanésiens. Au temps de Flacourt et de François Martin, ils avaient encore quelque chose de la physionomie juive et de la civilisation pré-salomonienne; aujourd'hui, la fusion est complète, et rien ne distingue le descendant d'Abraham des descendants des immigrants des pays du Soleil Levant ^