‹ MadagascarChapitre 46 sur 73 · VIII . — Rainilaiarivony règne et les Méthodistes · texte numérisé non relu

VIII . — Rainilaiarivony règne et les Méthodistes

^ Le RP. de la Vaissiârk, op., cit., t. I, pp. 410-419. * H. Dbscamps, op. oit,, p, 285.

gouvernent. Ils rédigent les discours de la reine, les lois civiles et militaires ; les ministres, dociles pantins, se meuvent < à leur gré, dans l'intérêt de la politique » britannique* >.

En 1869, la reine et son époux-ministrè se font baptiser par des hova^ pasteurs méthodistes.

Le Protestantisme anglais triomphe, devient religion d'Etat, et fait de rapides progrès.

Que gagnent, à cette révolution, la religion, la morale et la civilisation? Rien. Comme l'a dit le Rév. Sibree, les Hova se font méthodistes parce que la Reine le désire; si c'était son bon plaisir, ils se feraient, sans plus de façon, catholiques ou musulmans .

Le Rév. Henry Clarke voit aussi en noir. Les convertis, dit-il, persistent dans leur immoralité, et je me demande « comment un tel peuple pourra mar- » cher dans la voie de la sainteté, de la justice et de » la vérité > .

Le général Gallieni, qui connaît l'âme orientale, lui répliquera : « De telles croyances sont hors de la » portée de la race. Comme tous les Jaunes, le Hova » est inaccessible aux idées théologiques, métaphy- » siques ou morales, qui sont les bases des religions » chrétiennes. Essentiellement utilitaire, son intelli- » gence ne s'applique qu'aux objets matériels ; les

1 Bkenier, La question de Madagascar^ cité par H. Dbscamps, OTp, oit,, pp. 286-296.

» conceptions spéculatives lui répugnent ou plutôt lui » demeurent complètement étrangères ^ ».

IX. — Quels moyens emploient les Méthodistes? car, pour produire la foi, il faut autre chose qu^ des sermons et un désir royal.

Ils organisent des dragonnades aussi scélérates que celles du xvii' siècle.

Ils détruisent, manu militari^ les idoles nationales et les idoles domestiques *.

Cependant la Reine a pour les prêtres certains égards. Celui de Kelinialaza voit avec colère brûler son idole, son gagne-pain, et annonce aux PP. Jésuites qu'il viendra prier. avec eux. Mais la Reine lui fait dire de bâtir un temple, qu'il en sera évêque. Il bâtit le temple, et, le « vieux payen », qui ne sait pas même le nom de Jésus-Christ, est fait évêque de la nouvelle Eglise d'Etat '.

. X. — A l'époque où M. Alfred Grandidier explorait Madagascar, les conversions se faisaient à coups de sterlings et à coups de fouet. Le traité de 1868

i Henry Ci^rk, 20'' rapjwrt annuel de la Frieyids Foreign Mission Astociation, cité par le général Gallieni. — Le général Gali.ieni, Rapport d'ensemble sur la Pacification^ l'Organisation et la Colonisation de Madagascar. Oct. 1896 à Mars 1899, p. 42. — IIP. DE LA Vaissibuk, op, cit.^ t. I, pp. 47-48.

« RP. DE LA VaISSIBRE, Op. Cit., pp. H, 43. - D*B8CAMP8, Op .

cit., pp. 292-293.

3 RP. DE LA VAissiiRE, op. cit., t. II, pp. 48-49.

stipule la liberté des cultes, mais cela ne regarde que la France, qui est loin et sent déjà les prodromes d'une grande guerre.

Les commandants de province ont ordre de conduire leurs administrés, le dimanche, dans une maison spéciale, où Ton priera pour la souveraine. Un bon fonctionnaire, qui est trigame, chasse dans le temple, bien dévotement, chaque dimanche, ses cinq à six cents administrés. Il est défendu le dimanche, sous peine de punition, de faire œuvre de ses doigts, de vendre ou d'acheter même les choses nécessaires à la vie.

Les Malgaches appellent Corvéeles sermons forcés du dimanche ^

Ceux qui manquaient à cette corvée n'étaient pas poursuivis. La liberté des cultes était entière, comme le portait le traité de 1868. Mais il arrivait toujours, fatalement, qu'ils avaient mérité, sans s'en apercevoir, des amendes, la bàtonnade ou le fouet, et le gouverneur, sans attendre, les mettait en règle avec la justice*.

M. A. Grandidier a vu, près de Tananarive, des mpitory teny ou prêcheurs malgaches fouetter publiquement les Catholiques qui manquaient aux prêches.

1 H. DE8CAMP8, op, cit,y pp. 296-297. — RP. dk la Vaissibre, op, cit., t. II, p. 490.

> H. Dbscamps, op, cit., pp. 296-297.

Dans certains villages, on réservait, pour ces gueux de Catholiques^ les plus dures corvées.

Si les gens d'un village veulent construire une église pour les missionnaires français, des grands du royaume les appellent et leur disent : « Quittez Vidolatrie catholigtce^ renoncez à votre projet ou vos chefs seront mis aux fers * ».

Les Catholiques ont le droit de se réunir en assemblée, et les autorités prennent le droit de les disperser à coups de bâton. Les enfants ont le droit de choisir leurs écoles, et les élèves des Révérends prennent le droit d'assommer ceux des PP. Jésuites*.

XI. — Les Méthodistes, devenus maîtres du gouvernement, abusent de la victoire, et leurs adversaires, à leur place, en feraient tout autant. Il faut reconnaître toutefois qu'ils mentent avec une impudence sans égale.

Voici par exemple ce que le Rév. William Ellis, Tune de leurs étoiles, a dit aux Malgaches dans ce qu'ils appellent la Chaire de Vérité : « Mes amis, on » vous parle souvent de religion catholique et de reli- » gion protestante. Tout cela est inexact. Il n'y a, à » proprement parler, que deux religions : la religion > des Anglais et celle des Français : voilà la vérité. » Maintenant, mes amis, vous demandez quelle est la

1 H. Dbscampb, op, et t., pp. 294-297.

2 RP. DE LA VAissiiRi, op. Cit., t. II, pp. 393-394.

» meilleure. Je vais vous le dire : évidemment c'est

> celle des Anglais. En voici la raison : Jésus^Christ » est né en Angleterre. C'est là qu'il a vécu, qu'il a » prêché et fondé son Eglise. Bien des fois les Fran-

> çais ont cherché à l'attirer en France ; mais jamais

> il n'a voulu y aller. Voilà pourquoi notre religion

> est la meilleure ^ ».

Le même révérend menteur a dit et imprimé, dans un but facile à deviner, que Radamall s'était converti au Méthodisme. A une demande d'explication du roi il répond : c'est là une faute d'impression, une coquille des ouvriers typographes *.

XII. — Les Méthodistes bâtissent des temples tant qu'ils veulent : cela ne leur coûte rien ; les gouverneurs mettent à leur disposition la corvée royale. Cette corvée, appliquée à leurs travaux, prend pour eux le nom de corvée de Dieu, et, pour les Malgaches, celui de corvée des Anglais.

XIII. — Les Jésuites n'ont ni la corvée royale ni la corvée de Dieu. Comme ils ne sont pas les plus forts, ils se contenteraient de la liberté de bâtir à leurs frais.

Les traités leur reconnaissent cette liberté; mais les Méthodistes se moquent des traités, sautent et

1 RP. DE LA Vaissière, op. Cit., t. I, p. 387. — Louis Catat, op. cit.^ p. 33.

* ViNsoN, Voyagea Madag,^ p. 372.— H. Dkscami^s, op, cie.^ p. 219.

dansent dessus, opposent au droit la force, la ruse et les sterUngs.

Le P. Félix transporte à Ambohinome * un cercle catholique qui était un peu loin de ce village.

Le dimanche, tous « ceux qui désirent embrasser la » vérité > ne peuvent y trouver place. Le temple protestant, au contraire, est vide, noir, profondément triste. Les Méthodistes pressent les instituteurs et les prêcheurs de ramener au bercail les brebis égarées, et suppriment leurs salaires. Cela ne réussissant pas, ils pirouettent sur la « liberté de conscience », appellent à la rescousse le Ministre des Affaires Etrangères, et Son Excellence envoie des Antily (gendarmes) pour « dissoudre à coups de bâton l'assemblée catholique » et mettre aux fers les récalcitrants.

Le P. Félix réclame, et le ministre lui répond qu'il peut s'établir à Ambohinome. Alors commence, entre les deux églises, une lutte admirable, digne du pinceau de l'auteur du Lutrin.

Le Père achète un terrain pour bâtir une église. Au moment de la signature du contrat, un gendarme dit que le terrain est à lui et qu'il refuse de le vendre.

Le Père achète un autre terrain, etle bon gendarme fait la même déclaration.

Le Père voit d'où souffle le vent et recommence; onze fois de suite le gendarme, toujours calme et digne, lui oppose son veto.

1 Village à quelques lieues de TananarWe.

Enfin, la douzième tentative d'achat, on ne sait par quel miracle, arrive à perfection, et le P. Félix peut chanter avec enthousiasme, comme Tauteur du Lutrin:

Et le pupitre enfin tourne sur son pivot.

L'ennemi ne se tient pas pour vaincu, fait rouler l'argent, courir les gendarmes et lever le bâton.

Le Père amène des ouvriers et fait creuser les fondations de son église.

Les Révérends lancent leurs fidèles, qui comblent les fondations, et regrettent que le Père ne soit pas là pour lui prendre la barbe et le conduire bien loin.

Le Père se plaint au Ministre, et le Ministre lui répond que nul n'a le droit de persécuter les Catholiques. Aussitôt cette belle réponse connue, un ministre protestant plante d'épines et de raquettes épineuses le terrain du P. Félix.

On en était là au commencement de 1883. Qui gagnera ?\

Une haine profonde et un mépris profond séparent les deux Eglises.

Les Protestants appellent le Catholicisme « Vldolâ- » trie romaine », « V Idolâtrie catholique^ », « la » Religion des brigands ^ fivavahany ny jiqlahy ^ ».

i RP. DE LA Vaissiàrk, 0J9. Cit., t. II, pp. 388-391. < Oa sait que les rois d* Angleterre, dans leur serment, traitent à.Hdolâtres les Catholiques.

3 RP. DE LA VaISSIÀRE, 0J9. Cit., t. II, p. 395.

Les Jésuites répliquent : « momeries protestantes >, « hérétiques >, « fanatiques », « énergumènes », « ennemis de la vérité »^ inoculateurs du « poison de » Terreur^ ».

Que pensaient les Hova de bon sens ?

XIV. — M. Garnier, le signataire du traité de 1868, dit au gouvernement malgache, en quittant Tananarive : « Vous n'aurez pas de difficultés avec la » France pour les affaires du commerce. Mais pour » ce qui est de la Mission Catholique et de la liberté » religieuse prenez-y garde : l'empereur se réserve » l'avenir » .

L'empereur Napoléon III a été le serviteur trop soumis de l'Eglise. C'est à l'étouflFement de la liberté de conscience et à l'occupation de Rome qu'il doit, que nous devons sa chute épouvantable. Le clergé catholique devrait être le dernier, il semble, à lui jeter la pierre.

Eh bien 1 voici comment il est traité par le RP. de la Vaissière :

« L'Empereur n'était pas l'homme choisi de Dieu » pour résoudre la question de Madagascar. Un an » après ces paroles de M. Garnier, il expiait dans de » honteuses défaites les tendresses de sa politique » envers les ennemis de l'Eglise et sa cordiale alliée » d'outre-Manche, heureuse de sa chute * ».

1 RP. DE LA Vaissière, op, oit,, t. II, pp. 39, 31, 36, 37, 391.

> RP. DE LA VAISBikRB, Op, ett,^ t. II, p. 41.

! XV. — Les PP. Jésuites arrivent le 27 décembre

i Comme hommes et comme éducateurs, ils dépassent

de la tête et des épaules les ministres protestants anglais. Maïs... Le ministre protestant anglais, quelle que soit sa secte, voit dans la religion un levier et dans l'Angleterre la plus grande nation du monde. Pour assurer la suprématie de son pays, pour l'élever toujours plus haut, rien ne l'arrête; il dit volontiers comme les conjurés d'Hemani : Ad augusta per angustùy « aller au sommet par des voies étroites ». Les Jésuites, comme les autres religieux, ne pensent qu'à leur ordre, ne travaillent que pour leur ordre, se servent de la patrie mais ne la servent pas.

XVL — Les Jésuites ont obtenu un succès d'estime. Les Méthodistes et autres sectes de révérends ont donné à l'Angleterre la prépondérance religieuse, politique et commerciale de l'île .

En 1876, ils s'occupent de la réorganisation de l'armée, qui est bien déchue depuis la mort de Radama P'. Avec une désinvolture toute britannique, ils ne se donnent même pas les apparences de l'équité. Ils exemptent du service les ministres protestants et leurs élèves, et y soumettent les missionnaires catholiques et leurs élèves.

XVII. — M. Davidson dirige à Tananarive une maison de santé fondée et entretenue par les Métho-

distes. Il traite gratuitement, par an, environ cinq mille malades. Pour recevoir ses soins il y a une condition à remplir, oh ! bien simple, bien facile, surtout bien édifiante : il faut passer par le temple protestant et y entendre le service divin.

Les Révérends ont une imprimerie pour la publication de journaux, de libelles, de livres de piété, de bibles revues et corrigées par le Révérend Griffith.

XVIII. — En 1877 et 1883, un évêque anglican et des missionnaires parcourent les provinces placées sous notre protectorat. Ils voient les chefs, leur font des promesses, et, d'un air hypocrite, leur débitent des mensonges impudents et venimeux. Unissant leurs efforts à ceux du gouvernement hova^ ils plantent quelques drapeaux.

Dans le même temps, un amiral anglais monte à Tananarive. Il a de longs entretiens avec la reine et

son ministre , probablement sur les courses et le

beau temps.

XIX. — Rainilaiarivony trouve que tout va pour le mieux et que notre expulsion n'est qu'une affaire de jours. Il refuse avec persistance, sous les plus grossiers prétextes, de remettre la succession de Jean Laborde. C'était de l'ingratitude. Jean Laborde, grand cœur et intelligence supérieure, fut la providence de TEmyrue. Autant de causes de haine, autant de raisons pour désirer le remplacement des Français par les Anglais,

pour violer le traité de 1868, pour froisser les Français et planter, sur des terres françaises depuis 1840, le drapeau de la Reine des Hova.

XX. — Au mois de mars 1882, M. de Freycinet, ministre des Affaires Etrangères, lait dire à Rainilaiarivony que le gouvernement de la République ne lui permettra pas de porter atteinte à nos droits sur Madagascar ^

Rainilaiarivonj ne comprend pas, son conseil ne comprend pas, les méthodistes applaudissent et font tinter des sterlings. « Que nous veut-on ? » disent-ils, en levant au ciel leurs yeux etleurs mains. — «Nous voulons », répond M. de Freycinet, « que vous enleviez les pavillons que vous avez plantés sur les côtes occidentales » . Ils comprennent alors, jettent le masque s'arment d'impudence et nient nos droits.

XXI. — A ce moment, les Méthodistes lancent leurs élèves et leurs partisans, et cette turbe ameute contre les Français l'écume de la population de Tananarive .

M. Bandais, consul, ne peut tenir et part pour Tamatave. Quelques jours après, M. Campan, chancelier du consulat, est forcé d'amener son pavillon et de partir aussi pour Tamatave.

Le gouvernement hova provoque, par affiches, au meurtre des Français.

ï Livre Jaune de 1882, p. 16.

Le directeur de la maison Roux de Fraissinet est assassiné et sa maison pillée.

XXII. — Il faut en finir, et des ordres arrivent au commandant Le Timbre.

Le 17 juin, cet officier passe un veston de coutil blanc, va^ la canne à la main, aux mâts de pavillon hova, les fait abattre et scier, en présence de la population.

Grande joie des Sakalava, grande colère du ministre malgache, stupéfaction du clan méthodiste.

Quoi ! il aura suffi qu'un officier français se présente la canne à la main pour que les « héros » hova prennent la fuite, se dispersent, s'évanouissent, pour que le très noble pavillon hova roule dans la poussière !

Son Excellence le premier ministre espère que cet odieux commandant Le Timbre sera châtié de sa témérité. Sur la proposition de M. de Mahy, il est nommé contre-amiral, et cela cause encore, au palais ministériel, une nouvelle grande tempête.

VAntananarivOy navire unique de la reine des Hova, chargeait, à Tamatave, des troupes pour Majunga. Le commandant Le Timbre arrive et le saisit.

Rainilaiarivony est étourdi du coup, perd de son assurance, et penche vers un accommodement.

XXIII. — Les Méthodistes lui font comprendre que la grande affaire pour lui est de gagner du temps.

Cda lui paraît sage, et il eoToie k Paris nue ambassade. La logomachie subtile, tortaeose, asiatique des ambassadeurs échoue. Les Auglais offrent leurs doiu offices. M. Duclerc les prie poliment de se mêler de leurs affaires et rompt les négociations ayec les hoTa.

XXIV. — Le 15 février 1883, Famiral Pierre quitte Toulon. En huit jours, sans perdre un seul honmie, il chasse de Majunga deux mille Hova et balaye toute la côte nord-ouest.

11 a envoyé à la reine un ultimatum. 11 reçoit, le 9 juin, la réponse dédaigneuse de Sa Majesté. Le 10 il bombarde Tamatave, ^ le 12 il en prend possession. Dans la nuit du 25 au 26, un millier de Hova se ruent sur le poste avancé du fort.

I Le sous-lieutenant Castanié et 25 honmies les

\ reçoivent, les déciment et les chassent en désordre

i dans la montagne.

! XXV. — Tandis que Tamiral Pierre rosse les

; Hova, Ranavalo II meurt (nuit du 12 au 13 juillet

j 1883). Elle n^étaitpas encore en bière que déjà son

j < auguste » époux avait choisi, fait proclamer reine,

' sous le nom de Ranavalo III, et pris pour femme une

\ princesse de vingt ans, assez bien de sa personne.

' Ranavalo III, comme Ranavalo II, est une ardente

) méthodiste. L'aimable enfant veut la liberté de con-

' science . pour sa secte. Il en est de même, il en a

toujours été de même dans toute l'Europe . Le plus

faible demande à cor et à cpisla liberté de conscience. Le jour où il est le plus fort, il la veut, comme la bonne Ranavalo III, pour sa secte.

Les gens d' Ambohinambolo manifestent l'intention de reprendre leurs anciens dieux. La douce, la rieuse, la pieuse, la libérale Ranavalo III les condamne à rhorrible et mortel supplice des fers.

Ranavalo III hérite de la guerre commencée sous Ranavalo II . Elle et son époux -ministre voudraient bien la terminer. Les Méthodistes leur expliquent que c'est une guerre sainte ^ une guerre à outrance, qu'il faut la continuer, qu'ils finiront par être vainqueurs, et que d'ailleurs ils ne risquent pas grand' chose.

Si Ton avait laissé à l'amiral Pierre la liberté de ses mouvements, il aurait écrasé les Hova et imposé la volonté de la France.

XXVI. — L'amiral Galîber, qui lui succède, prend Vohemar, Foulpointe, Fort-Dauphin et autres points de la côte orientale.

Jules Ferry arrive au pouvoir. Il a des vues justes et larges. La politique coloniale de Henri IV, de Richelieu, de Colbert, de Louis XIV le séduit. Mais il a sur les bras TafiFaire du Tonkin. L'horiaon politique est assez limpide, mais il faudrait si peu de chose pour soulever des tempêtes et mettre l'Europe en feu! Il doit aussi compter avec les Protestants anglais et français. C'est un retard de quelques moiâ« Il pourra

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iM^jiec li reiy/- i.rHiiari*?^ -ît. Le lie» eLsrâoî: ie hla L'ascral Gca^lv^ e«di^ lit ^l^ao^ & 7^20»! lËtsc

V^aml r^ïTîO^ a^ix If t22f et w^e nmU es K^res <fe difkttat«, ^ re;i?<r&ri L^ océraxâûtt§ miitiires. II

daTÀ. U/iobarie MÀijaaf>:o, & eL>i:ïa2Lic Ëei^s de TamâtacTe, à Toriginr: de ia rxae ie TaianarÎTe^ bl!>'{ii« Foolpoime* Maiîamb''^. Fénérire, Vohenur. Ed di&sembre 1>^. il lât 1^ Uot& à AmbojQ», leur tue 2SiO h-omnkeâ^ kor pre:^ deox caiî&ss, leor iah 2 000 prisonniers et s^joiki à la France le Dord de rOe, dopais le cap d'Ambre jasqa'aa 14* dëçté de latitude stuL

XXVIIL — Le 6 arril 1«5, Jules Ferry œi remplacé par M. de Frejcinet. Le 9 juin soiTant, le traité de TieD-Tsiû termine la lierre da Tonkin. Le moment semble venu d'en finir avec les Hova. Le 30 juillet, la Cliambre des députés Tote on crédit de 12 100 000 francs.

>L de Frejcinet prescrit à l'amiral Miot de faire tine dernière tentative de conciliation et, en cas d'insuccès, de pousser la guerre à fond. La tentative de

conciliation échoue, et le canon prend la parole.

XXIX. — Les obus pleuvent sur Tamatave. Les Hova simulent l'épouvante et fuient hâtivement. Ils se reforment à Farafate, sur Tlvondrona, derrière un retranchement armé de nombreux canons et de fusils à longue portée.

L'amiral se laisse prendre à cette feinte et se met à leur poursuite. Le terrain a été mal reconnu. Il ignore qu'à quelques centaines de mètres en amont il pourrait passer la rivière et tourner le retranchement. Il prend position dans un marécage, combat à découvert et fait des feux de mousqueterie qui ne produisent pas d'effet, tandis que les ennemis, heureusement mauvais pointeurs, tirent à leur aise et nous infligent des pertes.

L'amiral se perche dans un grand arbre effeuillé, bien en vue. C'est miracle qu'il n'ait pas été touché, lies projectiles sifflaient en chœur à ses oreilles et coupaient une grosse branche à ses côtés. Voyant, après deux heures de combat, qu'il n'y a rien à faire, il descend de son observatoire, ramasse ses morts et ses blessés, et rentre à Tamatave. Ainsi fut lajournée de Farafate .

Les Hova ont le prestige et l'orgueil d'une victoire finale. Pour eux, cette victoire efface celles de l'amiral Pierre, de l'amiral Galiber, de l'amiral Miot lui-même. La jeune reine, à cheval dans un grand kabary^ dit

à son bon peuple que Tarmée hova a mis en déroute Tannée française, et qu'elle a refusé de céder un pouce de la terre de Madagascar.

Les Hova daignent alors prêter l'oreille à nos propositions de paîx. Il faut d'ailleurs convenir qu'ils sont bien inspirés.

XXX. — M. Pâtrimonio et l'amiral Miot, nos plénipotentiaires, se laisseront rouler de la meilleure grâce du monde.

Ils admettent, comme plénipotentiaire deRanavalo III, un certain Digby Willougby, aventurier anglais, capable de tout, venant on ne sait d'où, pour le moment général de l'armée hova.

Ils ne savent pas un mot de malgache. Ils n'en éloigneront pas moins M. Campan, chancelier du consulat, très versé dans les dialectes madécasses, très honnête homme, qui devait, de droit, assister les plénipotentiaires pour contrôler les textes.

Il réclame. Ces messieurs le laissent réclamer. Ils s'en rapporteront à sir Willougby, et sir Willougby les trompera abominablement, ce qui lui vaudra la croix d'officier de la Légion d'Honneur.

Ils savent que nous avons possédé Fort-Dauphin et le sud de l'île, que Béti a donné au roi Louis XV une partie de la côte orientale, que Beniowsky nous a conquis tout le nord; ils connaissent les conquêtes de l'amiral de Hell, du commandant depuis vice-amiral

Fleuriot de Langle, des amiraux Pierre et Galiber. Néaumoins ils reconnaissent Ranavalo III reine de toute rîle de Madagascar '.

Us admettent les prétentions de Ranavalo, mais ils superposent notre autorité à la sienne, et font de Sa Majesté un rouage gouvernemental dont nous tenons la manivelle .

Les provinces que nous lui donnions de la main droite^ nous les lui reprenions de la main gauche, augmentées de celles de son obéissance.

Notre protectorat s'étendait ainsi sur l'île entière, et nous n'avions plus à compter avec les principicules dos territoires contestés *.

Pour ménagerla susceptibilité du Premier Ministre hova, on élimine du Traite le mot Protectorat.

Son Excellence n'est point satisfaite. Elle ne veut ni le mot ni la chose. Elle se moquera du Traité, du Résident, du Protecteur et du Protectorat, se montrera incorrecte, impertinente, hostile, et prendra pour de la faiblesse notre « inexplicable » patience.

Le Traité du 17 décembre 1885 porte, article 18, que le texte français fera foi, sous tous les rapports, aussi bien que le texte malgache.

Le texte malgache a donc la priorité. Quelle modestie 1

1 Art. 12 du Traité.

^ Gabrikl Hanotaux, l'Affaire (U Madagascar; Paris, Calmann Lévy, 1896, pp. 155-277.

M. François de Mahy relèvera cette plaisante histoire :

Le texte français porte, art. 2, que le Résident du gouvernement de la Républijjue « présidera aux » relations extérieures de Madagascar ». Le texte malgache traduit présidet^a aux çav contemplera avec admiration les.

Ce chef-d'œuvre de duplicité anglo-malgache est grossier, même ridicule. Qu'importe! S. E. le Premier Ministre s'y cramponne et n'en veut point démordre.

XXXL — La cabale anglo-franco-biblique l'assure d'ailleurs que la France n'a ni argent, ni vaisseaux, ni soldats, et le bonhomme dit qu'elle aboie comme les chiens, mais qu'elle ne mord pas. Les Méthodistes enseignent dans leurs écoles, au nom du dieu des Anglais, que la France a été vaincue et réduite en esclavage par les armées do leur gracieuse reine.

Des hommes nés en France, de parents français, ayant l'âge de raison, s'unissent à leurs co-religionnaires anglais. Ils disent, comme me disait* une dame bretonne : « catholique d'abord, française ensuite » .

Selon eux, nous n'avons aucun droit sur Madagascar. Cette île appartient légitimement, par droit de conquête, aux Hova. Ce peuple serait merveilleusement doué. Qu'on le laisse en paix : il jouera bientôt un grand rôle politique et civilisateur. Et puis, que

1 Daos la seconde quinzaine d'octobre 1902.

ferions-nous de cette île ? Une petite partie seulement vaut quelque chose, et, depuis plus de trois siècles, elle est occupée, cultivée, civilisée par les Hova. Le reste est mcarécageux , malsain ; les Européens y meurent comme des mouches. Nous qui n'avons pu assainir la Corse qui est à notre porte et que nous possédons depuis plus d'un siècle, nous ne saurions avoir la prétention d'assainir Madagascar.

Il y a mieux. Pour conquérir, disent-ils, ce pays qui ne vaut rien, et qui ne veut pas être conquis, il faudrait au moins vingt mille hommes, vingt ans de guerre et un nombre infini de millions.

En 1873, un anglais a écrit un livre contre les Français. C'était son droit, et des Anglais, nos fidèles ennemis, nous n'attendons guère autre chose. Un pasteur protestant français (de Marseille) a traduit ce livre, et, dans sa préface, on lit cette phrase : « Nous » sommes obligé de reconnaître qu'il est heureux, » pour le vrai bien de Madagascar, que Tinfluence » anglaise ait prévalu dans celte île sur celle de la » France et le christianisme évangélique sur celui de » Rome ».

L'honnête Henry i'Escamps trouve ce langage invraisemblable, impossible, impie ! Voire, c'est ce que dit la dame bretonne; c'est aussi ce que dit M, R. Saillens, préfacé par M. Frédéric Passy *.

i H. d'ëscamps, op, cit.f pp. 332 et suiv.

Les Anglais sont ravis, toutes les sectes protestantes se pâment d'aiso, et les journaux satiriques de Londres exercent sur nous leur verve inélégante et lourde. Epousant les idées des protestants français ils symbolisent la situation dans la fable Le Loup et V Agneau. Le Loup porte Tuniforme du soldat français. 11 hurle sa colère et appointe ses dents pour dévorer r Agneau. L'Agneau, c'est Rainilaiarivony, L'innocente bête, timide et sans défense, tremble et bêle pitoyablement, devinant trop ce que lui veut 4c cet animal plein de rage ».

Le livre de M. R. Saillens, selon M. Frédéric Passy, n'est « ni au point de vue politique ni au point » de vue religieux, une œuvre de parti ». Un homme grave, pesant comme M. Passy, dire pareille énormité! C'est à croire qu'il a jugé, comme Bridoye, sans lire.

Pour M. Saillens, les Hovaet les Anglais ont raison toujours, partout, en tout, et les Français ont tort en tout, partout, toujours. Il glorifie William EUis, l'organisateur du meurtre de Radama II, et Shaw, qui servit à nos soldats du vin empoisonné.

M. Passy fait un grand geste pontifical et invoque l'exemple de lord Chatam et de M. Rœbuch. Eh ! quel rapport y a-t-il entre des anglais qui défendent l'honneur de leur pays et les français qui ont écrit, contre la France, Nos droits sur Madagascar? ^

1 R. Saillens, Nos droits sur Madagascar et nos griefs contre les

Les Anglais vous applaudissent, vous couvrent de fleurs parce que vous les servez avec talent et pour rien, mais ils ne vous imiteront pas. Ils disent : « Anglais d' abord j anglicans, méthodistes, indépendants^ wesleyens, salutistes pu n*importe quoi ensuite, » Ils sont unanimes pour mettre au-^des^usde tout le prestige et la grandeur de l'Angleterre.

llovas rxaminés impartialement, avec une préface de M. Frédéric Passy ; Pari», 1^85.

Cela lui paraît sage, et il envoie à Paris une ambassade. La logomachie subtile, tortueuse, asiatique des ambassadeurs échoue. Les Anglais offrent leurs bons offices. M. Duclerc les prie poliment de se mêler de leurs affaires et rompt les négociations avec les hova.

XXIV. — Le 15 février 1883, l'amiral Pierre quitte Toulon. En huit jours, sans perdre un seul homme, il chasse de Majunga deux mille Hova et balaye toute la côte nord-ouest.

Il a envoyé à la reine un ultimatum. Il reçoit, le 9 juin, la réponse dédaigneuse de Sa Majesté. Le 10 il bombarde Tamatave, et le 12 il en prend possession.

Dans la nuit du 25 au 26, un millier de Hova se ruent sur le poste avancé du fort.

Le sous-lieutenant Castanié et 25 hommes les reçoivent, les déciment et les chassent en désordre dans la montagne.

XXV. — Tandis que l'amiral Pierre rosse les Hova, Ranavalo II meurt (nuit du 12 au 13 juillet 1883). Elle n'était pas encore en bière que déjà son < auguste » époux avait choisi, fait proclamer reine, sous le nom de Ranavalo III, et pris pour femme une princesse de vingt ans, assez bien de sa personne.

Ranavalo III, comme Ranavalo II, est une ardente méthodiste . L'aimable enfant veut la liberté de conscience. . . . pour sa secte. Il en est de même, il en a toujours été de même dans toute l'Europe . Le plus

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faible demande à cor et à cris la liberté de conscience. Le jour où il est le plus fort, il la veut, comme la bonne Ranavalo III, pour sa secte.

Les gens d' Ambohinambolo manifestent l'intention de reprendre leurs anciens dieux. La douce, la rieuse, la pieuse, la libérale Ranavalo III les condamne à rhorrible et mortel supplice des fers.

Ranavalo III hérite de la guerre commencée sous Ranavalo II . Elle et son époux -ministre voudraient bien la terminer. Les Méthodistes leur expliquent que c*est une guerre sainte^ une guerre à outrance, qu'il faut la continuer, qu'ils finiront par être vainqueurs, et que d'ailleurs ils ne risquent pas grand'chose.

Si Ton avait laissé à Tamiral Pierre la liberté de ses mouvements, il aurait écrasé les Hova et imposé la volonté de la France.

XXVI. — L'amiral Galîber, qui lui succède, prend Vohemar, Foulpointe, Fort-Dauphin et autres points de la côte orientale.

Jules Ferry arrive au pouvoir. Il a des vues justes et larges. La politique coloniale de Henri IV, de Richelieu, de Colbert, de Louis XIV le séduit. Mais il a sur les bras Tafifaire du Tonkin. L'horiaon politique est assez limpide, mais il faudrait si peu de chose pour soulever des tempêtes et mettre TEurope en feu! Il doit aussi compter avec les Protestants anglais et français. C'est un retard de quelques mois. Il pourra

ensuite donner un grand coup, terminer brutalement Taffaire, et, malgré les cris des sectes protestantes, imposer la reconnaissance et le libre exercice de nos droits. Il écrit dans ce sens à M. Bandais.

L'amiral Galiber cède la place à l'amiral Miot.

XXVII. — Les Hova proposent au nouvel amiral une réunion de plénipotentiaires. C'est une comédie. L'amiral renvoie aux Mille et une nuits ces singes de diplomates, et reprend les opérations militaires. Il construit un blockaus au fond de la baie d' Ampassandava, bombarde Mahanoro, à cinquante lieues de Tamatave, à l'origine de la route de Tananarive, bloque Foui pointe, Mahambo, Fénérive, Vohemar.

En décembre 1884, il bat les Hova à Amboonio, leur tue 250 hommes, leur prend deux canons, leur fait 2 OCX) prisonniers et soumet à la France le nord de l'île, depuis le cap d'Ambre jusqu'au 14* degré de latitude sud.

XXVIII. — Le 6 avril 1885, Jules Ferry est remplacé par M. de Freycinet. Le 9 juin suivant, le traité de Tien-Tsin termine la guerre du Tonkin. Le moment semble venu d'en finir avec les Hova. Le 30 juillet, la Chambre des députés vote un crédit de 12 100 000 francs.

M. de Freycinet prescrit à l'anûral Miot de faire une dernière tentative de conciliation et, en cas d'insuccès, de pousser la guerre à fond. La tentative de

conciliation échoue, et le canon prend la parole.

XXIX. — Les obus pleuvent sur Tamatave. Les Hova simulent Tépouvante et fuient hâtivement. Ils se reforment à Farafate, sur Flvondrona, derrière un retranchement armé de nombreux canons et de fusils à longue portée.

L'amiral se laisse prendre à cette feinte et se met à leur poursuite. Le terrain a été mal reconnu. Il ignore qu'à quelques centaines de mètres en amont il pourrait passer la rivière et tourner le retranchement. Il prend position dans un marécage, combat à découvert et fait des feux de mousqueterie qui ne produisent pas d'effet, taudis que les ennemis, heureusement mauvais pointeurs, tirent à leur aise et nous infligent des pertes.

L'amiral se perche dans un grand arbre effeuillé, bien en vue. C'est miracle qu'il n'ait pas été touché, lies projectiles sifflaient en chœur à ses oreilles et coupaient une grosse branche à ses côtés. Voyant, après deux heures de combat, qu'il n y a rien à faire, il descend de son observatoire, ramasse ses morts et ses blessés, et rentre à Tamatave. Ainsi fut lajournée de Farafate .

Les Hova ont le prestige et l'orgueil d'une victoire finale. Peureux, cette victoire efface celles de l'amiral Pierre, de l'amiral Galiber, de l'amiral Miot lui-même. La jeune reine, à cheval dans un grand kabaryy dit

à son bon peuple que Tarmée hova a mis en déroute Tarmée française, et qu'elle a refusé de céder un pouce de la terre de Madagascar.

Les Hova daignent alors prêter Toreille à nos propositions de paix. Il faut d'ailleurs convenir qu'ils sont bien inspirés.

XXX. — M. Pâtrimonio et l'amiral Miot, nos plénipotentiaires, se laisseront rouler de la meilleure grâce du monde.

Ils admettent, comme plénipotentiaire deRanavalo III, un certain Digby Willougby, aventurier anglais, capable de tout, venant on ne sait d'où, pour le moment général de l'armée hova.

Ils ne savent pas un mot de malgache. Ils n'en éloigneront pas moins M. Campan, chancelier du consulat, très versé dans les dialectes madécasses, très honnête homme, qui devait, de droit, assister les plénipotentiaires pour contrôler les textes.

Il rédame. Ces messieurs le laissent réclamer. Ils s'en rapporteront à sir Willougby, et sir Willougby les trompera abominablement, ce qui lui vaudra la croix d'officier de la Légion d'Honneur.

Ils savent que nous avons possédé Fort-Dauphin et le sud de l'île, que Béti a donné au roi Louis XV une partie de la côte orientale, que Beniowsky nous a conquis tout le nord; ils connaissent les conquêtes de l'amiral de Hell, du commandant depuis vice-amiral

Fleuriot de Langle, des amiraux Pierre et Galiber. Néanmoins ils reconnaissent Ranavalo III reine de toute Tîle de Madagascar '.

Ils admettent les prétentions de Ranavalo, mais ils superposent notre autorité à la sienne, et font de Sa Majesté un rouage gouvernemental dont nous tenons la manivelle .

Les provinces que nous lui donnions de la main droite^ nous les lui reprenions de la main gauche, augmentées de celles de son obéissance.

Notre protectorat s'étendait ainsi sur l'île entière, et nous n'avions plus à compter avec les priucipicules des territoires contestés ^.

Pour ménager la susceptibilité du Premier Ministre hova, on élimine du Traite le mot Protectorat.

Son Excellence n'est point satisfaite. Elle ne veut ni le mot ni la chose. Elle se moquera du Traité, du Résident, du Protecteur et du Protectorat, se montrera incorrecte, impertinente, hostile, et prendra pour de la faiblesse notre « inexplicable » patience.

Le Traité du 17 décembre 1885 porte, article 18, que le texte français fera foi, sous tous les rapports, aussi bien que le texte malgache.

Le texte malgache a donc la priorité. Quelle modestie !

i Art. 12 du Traité.

« Gabriel Hanotaux, L'Affaire de Madagascar; Paris, Calmann Lévy, 1896, pp. 155-277.

M. Fra:iÇob d-e >IaLr relèvera ceae plaisànie histoire :

I>: text^ français p-'^rur, art. 2, que ie Résideni da gouvertemeni d^ la Répubiiio-: < présidera aux > relaiîvrxs eiî/^rieures de Madagascar >. Le i'='iie malga^rbe tradait présidera aux yzrcontem fiera azec admiration le^.

Ce chef-d'œuvre de duplicité aiiglo-mabache est gros«sier, même ndicule. Qu'importe! 3. E. le Premier Ministre s'j cramponne et n'en veut point démordre.

XXXI. — La cabale anglo-franco-biblîque l'assure d'ailleurs que la France n'a ni argent, ni vaisseaux, ni soldats^ et le bonhomme dit qu'elle aboie comme les chiens, mais qu'elle ne mord pas. Les Méthodistes enseignent dans leurâ écoles^ au nom du dieu des Anglais, que la FVance a été vaincue et réduite en esclavage par les armées do leur gracieuse reine.

Des hommes nés en France, de parents français, ayant l'âge de raison, s'unissent à leurs co-religionnaires anglais. Ils disent, comme me disait' une dame bret^^nne : « catholique d'abord, française ensuite ».

Selon eux, nous n'avons aucun droit sur Madagascar. Cette île appartient légitimement, par droit de conquête, aux Hova. Ce peuple serait merveilleusement doué. Qu'on le laisse en paix : il jouera bientôt un grand rôle p'^litiqu* et civilisateur. Et puis, que

> Dans la K«(y>nde quinziûae d'octobre 1902.

ferions-nous de cette île ? Une petite partie seulement vaut quelque chose, et, depuis plus de trois siècles, elle est occupée, cultivée, civilisée par les Hova. Le reste est marécageux , malsain ; les Européens y meurent comme des mouches. Nous qui n'avons pu assainir la Corse qui est à notr*e porte et que nous possédons depuis plus d'un siècle, nous ne saurions avoir la prétention d'assainir Madagascar.

Il y a mieux. Pour conquérir, disent-ils, ce pays qui ne vaut rien, et qui ne veut pas être conquis, il faudrait au moins vingt mille hommes, vingt ans de guerre et un nombre infini de millions.

En 1873, un anglais a écrit un livre contre les Français. C'était son droit, et des Anglais, nos fidèles ennemis, nous n'attendons guère autre chose. Un pasteur protestant français (de Marseille) a traduit ce livre, et, dans sa préface, on lit cette phrase : « Nous

> sommes obligé de reconnaître qu'il est heureux, » pour le vrai bien de Madagascar, que l'influence

> anglaise ait prévalu dans cette île sur celle de la » France et le christianisme évangélique sur celui de » Rome ».

L'honnête Henry d'Escamps trouve ce langage invraisemblable, impossible, impie ! Voire, c'est ce que dit la dame bretonne; c'est aussi ce que dit M. R. Saillons, préfacé par M. Frédéric Passy ^

1 H. d'Escamps, op. cit,, pp. 332 et suiv.

Les Anglais sont ravis, toutes les sectes protestantes se pâment d'aiso, et les journaux satiriques de Londres exercent sur nous leur verve inélégante et lourde. Epousant les idées des protestants français ils symbolisent la situation dans la fable Le Loup et V Agneau. Le Loup porte Tuniforme du soldat français. 11 hurle sa colère et appointe ses dents pour dévorer TAgncau. L'Agneau, c'est Rainilaiarivony. L'innocente bête, timide et sans défense, tremble et bêle pitoyablement, devinant trop ce que lui veut « cet animal plein de rage ».

Le livre de M. R. Saillens, selon M. Frédéric Passy, n'est « ni au point de vue politique ni au point » de vue religieux, une œuvre de parti ». Un homme grave, pesant comme M. Passy, dire pareille énormité! C'est à croire qu'il a jugé, comme liridoye, sans lire.

Pour M. Saillens, les Hovaet les Anglais ont raison toujours, partout, en tout, et les Français ont tort en tout, partout, toujours. Il glorifie William Ellis, l'organisateur du meurtre de Radama II, et Shaw, qui servit à nos soldats du vin empoisonné.

M. Passy fait un grand geste pontifical et invoque l'exemple de lord Chatam et de M. Rœbuch. Eh ! quel rapport y a-t-il entre des anglais qui défendent l'honneur de leur pays et les français qui ont écrit, contre la France, Nos droits sur Madagdscar? ^

1 R. S.vii.i.KNS, Nos droits tur Madagascar et nos grieft contre les

Les Anglais vous applaudissent, vous couvrent de fleurs parce que vous les servez avec talent et pour rien, mais ils ne vous imiteront pas. Ils disent : « Angldiis d'abord, anglicans, méthodistes, indépendants^ wesleyens, salutistes pu n'importe quoi ensuite. » Ils sont unanimes pour mettre au«4es9us de tout le prestige et la grandeur de l'Angleterre.

ffovas ^fcaminés impartialement, avçc une préface de M. Frédéric Passy ; Paris, h^85.

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