‹ MadagascarChapitre 45 sur 73 · I. M. William Ellis. — II. Le commandant Fleuriot de Langle · texte numérisé non relu

I. M. William Ellis. — II. Le commandant Fleuriot de Langle

— m. Radama IL —IV. Rosoaherina.— V. Rainilaiarivony, premier ministre. — VL Ranavalo IL — VIL Traité de 1868. — VIIL Baptême du ménage royal. — IX. Dragonnades protestantes. — X. Comment se font les conversions.

— XL Le Rév. Ellis en chaire. —XII. —La Corvée de Dieu.

— XIII. Les Jésuites veulent bâtir une église. — XIV. Les Jésuites et Napoléon III. — XV. Les PP. Jésuites. — XVI. Les Méthodistes réorganisent Tarmée hova. —XVII. Etablissements méthodistes. — XVIII. Tentatives des religieux anglais sur des provinces soumises à la France. — XIX. Rainilaiarivony viole les traités. — XX. M. de Freycinet avertit Rainilaiarivony. — XXI. Méthodistes et Catholiques.

— XXII. Le commandant Le Timbre. — XXIII. Négociations.

— XXIV. L'amiral Pierre. — XXV. Ranavalo III. — XXVI.

— L'amiral Galiber. - XXVII. L'amiral Miot. — XXVIII. Chute de Jules Ferry. M. de Freycinet. — XXIX. Combat de Farafate. — XXX. Le traité du 17 décembre 1885. — XXXI. Cabale anglo-franco-biblique.

I. — En 1855, le R. William Ellis, méthodiste, vient à Madagascar pour combattre Rakoto, fils de Ranavalo, et les Français, qui désiraient Faffranchissement moral, économique et politique des Malgaches.

L'œil armé d'impudence, il ment cyniquement, à pleine bouche, et pousse à sa dernière limite le jésuistisme protestant. Ranavalo elle-même est écœurée et jette à la porte, malgré les fièvres, ce vénéneux personnage.

II. — Un peu après^ en 1859 et 1860, le commandant Fleuriot de Langle reçut la soumission des peuplades de la côte occidentale depuis la baie de Baly jusqu'à la baie de Saint-Augustin.

Nous étions donc protecteurs ou suzerains des pays sakalava, des pays méridionaux, des pays betsimisaraka, c'est-à-dire de plus d'une moitié de Madagascar.

III. — Ranavalo T* voyait cela et n'en haïssait que davantage les Français. Elle cherchait sans doute à nous jouer quelque mauvais tour quand, le 18 août 1861, elle rendit le dernier soupir.

Son fils Rakoto lui succède sousle nom deRadamalI.

Napoléon III le reconnaît pour roi de Madagascar, € SOUS réserve des droits de la France^ >.

Le 12 septembre 1862, il fait avec lui un traité très honorable pour la France et pour Madagascar.

Dans le même temps, il signe la charte Lambert. La Grande-Terre va s'ouvrir au commerce, à Tindustrie, à la civilisation.

Radama II, esprit droit, ouvert, généreux, veut tirer son peuple de la misère et de la barbarie. Il le

^ Une femme d'esprit, créole de la Réunion, M»* Léonie de ,

écrivait en 1862 : « Quant à moi, je n*en fais pas mystère, si j*étais >» diplomate je répondrais à Radama II : -~ Régnez sur les Hovas, si >» bon leur semble; quant à la domination sur toute Tlle, je m*y » oppose et je réserve les droits incontestables de la France »,

(Leê crinoline» à la cour de Tananarive en i862, — Revue de Madagascar, 1902, janv., p. 67^.

peut avec là charte Lambert et la protection de la France.

Le roi Louis XIV a fait étudier le sol, le sous-sol^ les hommes et les choses de Madagascar, et pris le protectorat de la grande Compagnie des Indes Orientales.

En 1863, juste deux cents ans plus tard, l'empereur Napoléon III approuve l'envoi d'une commission d'études et accepte le protectorat de la grande Compagnie de Madagascar y formée par l'exploitation de la charte Lambert.

Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide ;

Le ciel sourit; vogue, reine des flots.

Bkranosr.

La dynastie d'Andrianampoinimerina pourra étendre sa domination sur l'île entière et régner paisiblement, longtemps, sur des peuples marchant à la lumière de la civilisation européenne.

Cela ne fait pas le compte de ceux qui s'engraissent d'ignorance et d'abus.

SaRév. William Ellis, S.E. Rainivoninahitriniony, toute la turbe des Méthodistes, des Ombiasy, des Sikidy, des vieux hova, ne permettront pas qu'on arrache de leurs serres le bon peuple malgache.

Que faut-il pour en conserver à toujours les biens, les corps et les âmes? Supprimer quelques hommes? — On les supprimera .

Ils organisent des manifestations, des massacres.

et font étrangler, avec une écharpe de soie, le pauvre roi Radama IL Le lendemain matin , le premier ministre vient trouver M. Laborde, consul de France, et lui dit simplement : « Le roi est partie le traité ne subsiste » plus* ». C'est clair. Le roi mourait du traité fait avec la France.

On assure, et je crois, que sa Révérence William Ellis a été Tâme du complot.

Ce bon sire, notre ennemi acharné, est venu au premier signal, les poches pleine^ de sterlings.

Par hasard il voit Marie, la maîtresse du roi, et l'aimable enfant vient trouver l'homme qu'elle aimait « pour lui-même > et dit : « Je ne suis plus à vous ; je » suis chrétienne et méthodiste » , puis elle va chez M. Ellis faire pénitence de ses doux péchés d'amour.

Quelques jours après commençait le massacre des Mena Moso, gardes et amis du roi.

La reine Rabodo, femme de Radama II, fait supplier Rainivoninahitriniony de le faire cesser. Le vieux tigre entre dans une violente colère, déchire ses vêtements et hurle : « Les soldats se battent, les morts suivent les morts, et les vivants méprisent Radama! » ^. Par hasard encore, M. Ellis était à sa fenêtre, voyait couler le sang dans la rue, surveillait peut-être les

1 H. Descamps, op. cit., p. 265.

• E. Colin, S. J. — L'assassinat du roi Radama II ^ rédigé

d'après le récit du fils de Vun des régicides, — (Bévue de Mada~ ga9ûar, i90i^ août).

assassins^ et sa révérende face exprimait un vif plaisir.

Le 12 mai 1863» tandis qu'on étranglait Radama, M. Ellis se trouvait, toujours par hasard, chez le premier ministre, exécuteur du complot.

Tous les honnêtes gens, etiam flebant ignoti, mêmelesétrangcrs, pleuraient le bon et loyal Radama. 11 se trouva un homme pour insulter son cercueil, et cet homme est le Révérend William Ellis, qui bava cette phrase vipérine : Radama had injured the kingdom^ « Radama a déshonoré le royaume >. Et parce que Radama ne protégeait pas exclusivement la religion méthodiste, le même révérend le transforme en un persécuteur farouche.

Les régicides respirent la même haine, déclarent Radama « roi vaincu » et annulent son règne.

Les vainqueurs, c'est-à-dire le premier ministre, les vieux hova, les Ombiasy, les Sikidy, les Méthodistes proclament reine Rabodo, veuve de Radama II, la nomment Rasoaherina et la marient à son Excellence Rainivonhiahitriniony .

L'amiral Dupré dit que cette révolution est l'œuvre « d'hommes étrangers au pays » .

Le baron de Richoniout, rendant compte des opéra-, tiens de la Compagnie de Madagascar^ dît que dans la lutte qui eut lieu à Tananarive, entre la barbarie et la civilisation, « les passions envieuses des civiUsés > ont arme le bras des barbares * ».

1 H. Descampb, op, oit,, pp. 194 «t MiiT. •— Iha Pffifbbr, Foy.

IV. — L* amiral Dupré apporte le traité signé de Napoléon III. Deux fois le conseil de la reine en décide l'exécution; deux fois M. Ellis et ses sterlings pèsent sur Rainivoninaliitriniony et fait rapporter cette décision.

Il triomphe, le digne homme. Les relations avec la France sont rompues, la charte Lambert est annulée, la sainte barbarie et les Méthodistes régneront à Madagascar.

L*anfiral conseille de faire parler le canon. Mais l'empereur a sur les bras la fatale guerre du Mexique, et il ne juge pas prudent d'engager une autre guerre qui pourrait se répercuter dans une Europe alors un peu nerveuse.

Toutefois il exige, pour la Compagnie de Madagascar y une indemnité de neuf cent mille francs. Il l'obtient, mais il lui faut souffrir, pendant trois ans, les roueries, duperies, finasseries, subtilités des Hova, payés, conseillés, stylés par les Anglais.

V. — Rainivoninahitriniony était le maître absolu. Il gardait le sceptre et s'était paré, devant 100 000 personnes, du manteau royal envoyé à Radama II par Napoléon III . Il faisait trembler tout le monde, même

à Madagcuoar^ Paris, Hachette, 1862, ch. xi et tui?. •— Lb P. dk la Vaissièrb, Eist, de Madagascar, Paris, Lecoffre, 1884, t. I, pp. 387- 397. — Brunbt, op. cit., pp. 192 et suiv. — Vinson, Voyage à Madagatoar^ pp. 505 et suiv. ~ Documents sur la Compagnie de Madagascar, Rapport de M. de Richemont.

la reine, qu'il menaçait souvent du sabre et du poignard. Quand il était ivre, ce qui lui arrivait tous les jours, il était féroce. Il aimait l'or aussi passionnément que le rhum, et les Méthodistes, lui prodiguaient l'or, lui prodiguaient le rhum, et le menaient à leur fantaisie. Pareille vie ne pouvait toujours durer. Le 14 juillet 1864, pendant les négociations relatives à l'indemnité exigée par l'empereur Napoléon III, il fut arraché du pouvoir et remplacé — comme premier ministre et mari de la reine — par son frère Rainilaiarivony ^ .

VI. — Rasoaherina meurt. Ranavalo II la remplace sur le trône et dans le lit du premier ministre.

Le Gouvernement est définitivement en quenouille et concentré dans la personne d'un ministre vendu aux Anglais.

VIL — En août 1868, Francis Garnier conclut, avec le ministre hova, à force de patience, un maigre traité, et ce traité est immédiatement violé.

Son article 4 accorde aux Français le droit de posséder des immeubles.

Rainilaiarivony publie une loi numéro 85 qui l'annule. Il prétend même appliquer cette loi à la succession du vénérable Jean Laborde ' .

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