‹ MadagascarChapitre 51 sur 73 · XV. — M. Bompard est un « diplomate de la · texte numérisé non relu

XV. — M. Bompard est un « diplomate de la

jeune école ». Toujours aimable, toujours souriant,

il rend à Rainilaiarivony amabilité pour amabilité,

flatterie pour flatterie, et tout va pour le mieux.

I j Mais un jour il exige que les demandes d'exequatur

I 1 et la correspondance du gouvernement anglais pas-

I sent par ses mains. Le clan méthodiste bondit, trouve

scandaleux que nous réclamions nos droits, conseille la résistance, et S. E. malgache refuse net d'exécuter le traité de 1885. Toutes les fois que M. Bompard voudra parler exequMur ou correspondance anglaise, Rainilaiarivony aura sa colique diplomatique. Poussé par les Anglais, 11 prépare ouvertement la ' ; guerre, commande des armes et des munitions, met

* en état de défense les postes de la côte et construit des

ouvrages de fortification à l'abri de l'artillerie i ' navale.

Le gouvernement français voudrait conjurer la crise qui se dessine et remplace M. Bompafd par M. Larrouy. En nous voyant si conciliants, le Hova croit que nous avons peur de lui, crève d'orgueil et se montre de plus en plus intraitable.

XVI. — Visiblement, Rainilaiarivony s'affaiblit de corps et d'esprit. Les oflBiciers ne craignent plus sa débile main, piafi*ent, agitent leurs panaches et leurs mouchoirs de poche, traînent leurs sabres, prennent un air farouche : si Tonne connaissait leurs personnes et leur race, on en serait effrayé. Les Méthodistes tirent, à leur gré, le fil de cette marionnette, et tout à leur aise, trompent le peuple. Ils disent, dans leurs écoles et dans leurs « chaires de vérité », que les statues, les tableaux, les images des églises catholiques sont des idoles ; que la musique et les pompes sacerdotales sont du charlatanisme ; que Jésus-Christ est né en Angleterre, où il a prêché, et qu'il n'a jamais voulu voir la France ; que la France est esclave de l'Angleterre ; que les lignes télégraphiques causent de mauvaises récoltes et attirent la foudre.

Avec la même loyauté, ils disent à Rainilaiarivony : Est-ce que la terre malgache n'est pas défendue par une armée nombreuse, brave et bien armée, par des difficultés de terrain insurmontables, par les généraux Fièvre et Hiver? Vous n'avez rien à

craindre. Viennent les Français ! Ceux qui échapperont à vos balles et à vos obus seront ramassés. par Fièvre et par Hiver. Pas un d'eux ne verra TAnalamanga, Tananarive, ses palais, ses temples, la face auguste de la Reine et celle de son Premier Ministre !

Puisque les hostilités doivent tourner à la confusion de la France, le bonhomme s'enfonce sur les yeux son chapeau à plumes blanches et brave en face la Résidence générale.

Les fonctionnaires, comme les révérends, suivent le précepte de don Bazile.

Les Français, disent-ils, sont la plaie de Madagascar. C'est pour assouvir leurs exigences impitoyables qu'il faut lever impôts sur impôts et faire corvées sur corvées.

Les malfaiteurs et les pêcheurs en eau trouble feignent de croire ces mensonges, crient vengeance, attaquent, tuent et pillent les Vahaza (Anglais, Français et autres étrangers).

D'après la correspondance échangée entre M. P. Larrouy, M. Le Myre de Vilers et M. Gabriel Hano- J taux, Ministre des Affaires étrangères, Rainilaiari-

vony est hypnotisé par les Anglais et précipite la ruine de son gouvernement.

XVII. — Tous les jours, sur tous les points de rîle, des attentats sont commis. Il est seul à ne pas

voir, dans la plupart de ces crimes, la main de ses fonôtionnaires, et il les attribue tous aux Fahavalo .

A Tananarive même les attentats sont fréquents. M. Durand a du défendre à coups de fusil, sa personne et sa maison.

Les aides de camp de Rakotomena, neveu de la Reine, menacent de mort les serviteurs indigènes de la Résidence générale.

Le Résident général se plaint, demande la punition des coupables, parfois les indique. Le Premier Ministre ne veut rien entendre. Pour Son Excellence, les Vahaza sont tuables, pillables, incendiables à merci et miséricorde.

La canaille tananari vite, poussée en sous main par la gent gallophobe, attaque, à coups de pierres, les soldats et les fonctionnaires français.

XVIII. — M. Larrouy se plaint, et Rainilaiarivony lui fait cette réponse : « Les projectiles en ques- » tion étaient sans doute des tuiles ou des briques » dëtaéhées de constructions peu solides, ou des » cailloux jetés par des enfants en train de se jouer :

> dans l'un ou l'autre cas, le Gouvernement mal-

> gâche n'a aucune mesure à prendre » .

Un soldat de Tescorte du Résident général est blessé gravement par Rakotomena et ses aides de camp.

Du coup, Rainilaiarivony est superbe d'insolence :

« Non content », dit M. Larrouy, € d'assurer au » neveu de la Reine l'impunité la plus scandaleuse, » le Premier Ministre vient de pousser l'arrogance » jusqu'à m'annoncer que Rakotomena lui a adressé

> une plainte pour protester contre la publication,

> dans le Progrès de Vlmerina et dans Ny Mala- » gasy^ d'un entrefilet dans lequel étaient exposées » les circonstances de l'agression du 13 juin et le » rôle que celui-ci y avait joué ».

XIX. — Les télégrammes de M. Larrouy deviennent de plus en plus pessimistes. Toujours M. Hanotaux lui recommande de gagner du temps^ de retarder si la vie de nos nationaux n'est pas menacée. Le moment d'assurer la retraite est arrivé, et Rainilaiarivony demande des explications sur l'annonce d'envoi de troupes à Madagascar.

Le Ministre invite M. Larrouy à venir conférer avec le Gouvernement, et à diriger sur Tamatave les femmes, les enfants et les invalides.

XX. — Sur les instances de M. Hanotaux, M. Le Myre de Vilers retourne à Tananarive. Il exigera du gouvernement Antimerina Texécution loyale des conventions, et fera signer un nouvel instrument en cinq articles qui précise certaines dispositions du traité de 1885.

S. E. malgache manque au rendez-vous qu'Elle a

donné à M. Le Myre de Vilers, et ne daigne ni prévenir ni s'excuser.

Devant cette impertinence, le Plénipotentiaire va droit au but. Il donne à M, le Premier Minisire, pour accepter le traité qu'il lui a remis, jusqu'au 26 octobre 1894, six heures du soir.

L'Excellence répond par un contre-projet en douze articles que le Plénipotentiaire refuse de discuter. C'était pour le vieux renard malgache un moyen de gagner du temps.

XXI. — Pendant neuf ans il a joué ce petit jeu, mais il a cassé la corde.

Le 13 novembre 1894, M. Gabriel Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, disait à la Chambre des Députés : « Il est certain que ces neuf années » n'ont été, pour ne pas dire autre chose, qu'un long » piétinement sur place ; que, durant cette période, » toute la politique hova a consisté à éluder les dis- > positions du traité de 1885> à décliner nos bons » offices toujours offerts en vain, à replier enfin vers » la barbarie et vers tous les abus dont nous aurions » voulu le purger, un gouvernement dont la faiblesse » fuyante ne se soutenait que grâce à notre inexpli- » cable . . . , à notre inaltérable patience » .

Il rappelle beaucoup de crimes commis sur des Français et restés impunis.

Le Hova a rejeté nos dernières propositions et nos nationaux ont quitté Madagascar.

XXII. — Qu'allons-nous faire? occuper plusi^irs ports, nous agrandir peu à peu, et attendre? Comme le dit le Ministre : c Ce n'est pas l'expédition tout de suite, c'est l'expédition toujours ». Ce serait une guerre de tous les instants, de guet-apens, de broussailles, sans entraînement, sans gloire, coûtant autant d'existences humaines et de millions qu'une grande guerre. Notre influence n'y gagnera rien, notre commerce en souffrira, c et il faudra bien finir,

> un jour ou l'autre, par résoudre le dilemme de » l'évacuation complète ou de l'action décisive. Mais

> ce jour-là l'expédition se fera contre un adversaire

> prévenu, aguerri, enhardi, mieux organisé et » mieux dirigé et, par conséquent, dans des condi- » tiens bien plus difficiles ».

Au moment où les communications deviennent de plus en plus rapides, où la sphère devient de plus en plus petite, où les puissances civilisées se disputent avec tant d'àpreté le moindre coin 'de terre occupé par des barbares, « devons-nous, pouvons-nous » oublier le passé déjà si long qui nous rattache à cette » île, les droits acquis si péniblement, et dédaigner » les intérêts qui commencent déjà à s'y déve- » lopper ».

— sas- Madagascar est uue terre d'avenir. Il faut la régénérer, non Tabandonner.

Notre Résident général doit y parler en maître.

XXIII. — Nous prendrons par la force des armes ce que nous n'avons pu obtenir par persuasion, « Ce » que je puis dire immédiatement », s'écrie M. Ha-« notaux, « c'est que dans notre pensée, l'expédition » projetée doit être assez forte pour monter, en une » seule campagne, jusqu'à Tananarive^ et pour gar- » der, par la suite, le bénéfice de l'effort qu'elle aura > accompli ».

Le Gouvernement demandera quinze mille hommes et soixante-cinq millions. C'est beaucoup, mais la sagesse et l'expérience commandent une campagne prompte, méthodique et décisive.

La cause est entendue et gagnée.

XXIV. — Le 23 novembre 1894, la Chambredes Députés discute la demande de crédit. M. Gabriel Hanotaux soutient la discussion, répond brillamment aux objections présentées, et résume en ces termes l'impressionnante requête adressée au Président de la République par quatre-vingt-dix colons de Tamatave : « Nous sommes venus ici sur la foi des traités, » confiants en la protection que vous nous avez pro- » mise. La vie nous est rendue insupportable. Nous » implorons le secours de la mère-patrie ».

XXV. — Le 6 dèffiiBbr^, IL Hanocaax esi à la triboae du Séoat, ei moum qoe la sitsadon anariV ▼îeat de la erédnliié, de la sotii&e et de Tor^wesl des Hora. Il aurait pa ajouter : sartoot de la dopëdié, de Tafidiiéy de la déLojamé dtss Anglais.

Noos oeToiilioos pas de la conquête TÎoife&ie. Xobs eompdafis sur rapplicadon CraDche ^ paternelie du Proleetorat pour ameo^ à la drilisalioii, à une meilleoresîUialiûD économique les populations malgaches. Hais le GouTememait hova ^est mis dans les mains de pèdiears en eau trouble, a renié ses engagemoits, mis toute sa force» tout son savoir-^aire à entraT€r notre action.

RainilâiariYony faisait ce rère fantastique de garder du traité de 1885 Th^émcmie hova que nous lui concédions, et de r^M>usser k protectorat qui en était la contre-partie. Cest-à-dire qu'il prenait notre marchandise et voulait en garder le prix.

XXVI. — Nous n'âvions qu'à poursuivre le payement de notre marchandise. Ainsi Tavait décidé la Cliamtre des Députés, ainsi le décide le Sénat. Le 7 déceîubre 1894, le Président de la République promulgue une loi qui ouvre, aux Ministères de la Guerre et de la Marine, un crédit de 65 millions pour envoi, à Madagascar, d'un corps de 15 000 hommes.

XXVII. — Tous ceux qui connaissent Madagascar ne s'accordent pas sur sa valeur économique et sa

Salubrité ; mais tous disent, depuis longtemps, que les Hova ne céderont qu'à la force, et qu'ils ne peuvent être vaincus qu'à Tananarive.

Nos gouvernants ont reconnu que, depuis quatrevingts ans, nous sommes dupes de ces demi-sauvages, et qu'il faut en finir.

Ils décident donc de prendre Tananarive, de l'occuper militairement, et d'y imposer la volonté de la France.

XXVIII. — Le V mars 1895, Tavant-garde du corps expéditionnaire, commandée par le général Metzinger, débarque à Majunga ^

1 Quelques jours après les échos de Tananarive répercutent les sourds grondements du canon de Miadana, et le commencement de la déroute de Parmée hova.

Rainilaiarivony ne s*alarme pas. l\ croit que les Français u*oseront pas s'aventurer dans le hinterland et se contenteront de bloquer les ports, amusement très coûteux pour la France et sans danger pour les Hova.

Toutefois, la situation lui parait assez intéressante pour motiver la résurrection de la Gaseta Malagazy^ journal officiel. Le premier numéro paraît le 11 avril 1895. Il contient, en quatrième page, une proclamation qui reflète bien le genre d*esprit, Torgueil et la mauvaise foi de Rainilaiarivony et de sa race.

La terre malgache, y dit-il, a tous les agréments, toutes les beautés, toutes les richesses et le meilleur des climats. Tout le monde Tenvie, elle n'envie personne. Les gens qui la conviaient peuvent la bloquer. M Que nous fait le blocus ! » Llle produit tout ce qui nous est nécessaire.

Les étrangers qui, depuis longtemps, cherchaient dans Madagascar leur nourriture < sont partis repus ». < Une année avant de nous quit- » ter, ils ont dû s'habituer de nouveau à peu manger et à serrer leur » ceinture ».

« te Msrvmgtnr^

L^ 91^ <t le9^ fe casai lera^iiAe^ 4ecK ^sÊmss.

Li^ irl î*5*L 3e «aérai V^^toe arrôie à^vass

K ^;^>« 4£ auW «sar»9t •juuMsf ui% naàam Urtâièm

» ru s:iïi^»s£C nsf x-ut -aait -^ez usr* «ks «siSBr» sedbcz çbk abek Les Bwa. Koc 'inik C^k^uu^ «. umA jasmat», "^ mrntÊàmv «^lay

Quïmporte. Enlevées d'un élan superbe, elles attaquent si impétueusement que les Hova, eflTarés, démoralisés, sont pris de panique, fuient à la débandade, et ne s'arrêtent qu'à 30 kilomètres plus loin.

La route qu'il faut faire, pour le transport des vivres, de Tartillerie et des impedimenta avance rapidement, mais elle nous coûte beaucoup de vies humaines. Et malgré cette route, plus on s'enfonce dans lehinterland, plus le ravitaillement devient difficile.

Le général en chef, confiant dans l'endurance et la valeur de ses hommes, sachant, pour les avoir suffisamment éprouvés,' ce que valent les Hova, décide la formation d'une colonne légère.

Cette colonne se compose de 237 oflBiciers, 4 013 combattants et 1 515 conducteurs auxiliaires. Elle emporte 22 jours de vivres, 140 cartouches par homme, 1 116 projectiles pour 12 pièces de 80 millimètres de montagne.

Elle se met en marche le 14 septembre. Le lendemain, à Tsinainendry, elle culbute 5 à 6 000 Hova qui lui barraient la route.

Le 17, elle campe au pied des Ambohimena, hautes falaises qui font à l'Emyrne un puissant rempart. Ces monts sont couverts de fortifications, et ces fortifications sont défendues par la garde royale et les troupes refoulées du Boina.

La défense est sérieuse, et le tir des canons est

réglé trop savamment pour être attribué à des Hova. Les assaillants, stimulés par l'obstacle, se précipitent en torrent, renversent tout, culbutent tout, terrifient Tennemi et le rejettent à 45 kilomètres au Sud.

Le 26, ils enlèvent les hauteurs d'Ambohipiara . Le 27, à Tsimahandry, le général fait halte pour donner un peu de repos à la troupe, attendre le troisième échelon, prendre dans sa main toutes ses forces et attaquer l'ennemi dans ses derniers retranchements.

XXIX. — Le 30 il est sous Tauanarive. Le canon hurle son solennel boum boum, six colonnes sont prêtes pour l'assaut final, les tambours et les clairons vont battre et sonner la charge : juste à ce moment quelques obus à la mélinite éclatent sur la plate-forme du Manjaka-Miadana (Palais de la Reine). C'était une façon un peu brutale de frapper à la porte. La Reine dit sans doute, comme certaine rémoise : « celui-là frappe en maître ! » . Elle fait hisser le pavillon blanc et envoie au camp un parlementaire pour dire au général Duchesne, de sa part : « Entrez ! ».

XXX. — Une heure après, le général Metzinger entre dans Tananarive. Le général Duchesne et le général Voyron restent sur les positions conquises, prêts, à la moindre alerte, à recommencer le bombardement.

Le lendemain, l**" octobre 1895, le général en chef fait son entrée solennelle.

Eûân 1 nous sommes maîtres de la ville sainte de Tananarive, tête et cœur de Tlmerina et de Madagascar, (y en est fait de rhégémonie hova, de la puissance occulte des Anglais, des entêtements séniles de Rainilaiarivony.

Le même jour, à trois heures du soir, la Reine signe le traité apporté par le général Duchesne.

Le 18 septembre, M. Hanotaux a télégraphié au général en chef : la résistance prolongée des Hova nous impose des sacrifices; nous n'avons plus à ménager la Reine; nous avons le pouvoir d'imposer nos conditions ; nous décidons de remplacer par un traité unilatéral le traité bilatéral que vous avez emporté de France,

Le général a reçu ce télégramme le 7 octobre. Il a jugé imprudent de revenir sur le fait accompli, M. Ranchot croit qu'avec le traité du P' octobre nous ferons ce que nous voudrons, sans crainte de provoquer des désordres qui nous feraient verser dans l'annexion et le gouvernorat direct.

En cent trente-cinq jours, du 19 mai au 30 septembre, le général Duchesne a conduit son armée à 500 kilomètres de sa base d'opération. Il fallait souvent combattre des troupes bien armées, bien retranchées, très supérieures en nombre; il fallait traverser un pays sauvage, accidenté, désert : le soldat opposait aux hommes et aux choses, une gaieté inaltérable, et une confiance absolue en ses chefs. Et le général

avançait avec méthode, d^un pas assuré , certain qu'il avait en main une arme solide, bien trempée, à toute épreuve.

A l'entrée à Tananarive, les clairons soufflent fièrement, à pleins poumons, leurs marches les plus belliqueuses; les tambours, le képi sur l'oreille, tapent à tour de bras sur leurs caisses; tous les visages sont rayonnants; le défilé est enlevé comme à la parade.

Cette marche étonnante, regardée comme impossible, de 500 kilomètres, ces victoires au pas de course, cette entrée triomphale étonnent les Tananarivites. Quelque chose les étonne bien davantage : les vainqueurs ne crient pas vœ victis ! ils n'ont pas un mot méchant, pas un geste de haine ou de mépris, ils respectent leurs personnes, leurs femmes et leurs biens. Comme le dit M. Gabriel Hanotaux, ils refoulent leurs impatiences, ne réclament rien des surprises et des brutalités de la victoire.

Les Hova comprennent qu'fl y a quelque chose de changé, que c'en est fait du vieux monde de brutalités, d'abus et de barbarie, que la France apporte, dans les plis de son drapeau, une civilisation nouvelle.

XXXI. — Cela ne fait pas l'affaire des Ombiasy, desSikidy, des sorciers, des parasites et des seigneurs.

Ils emboitent le pas à Rainilaiarivony et ils fanatisent les Zanakantitra (les Fils des Vieux). Le 22

novembre, ces pieux idiots se soulèvent, demandent Fexpulsion des étrangers et la restauration des anciens dieux.

Il faut bien le dire, les religions nouvelles n'ont pas pénétré la pensée malgache. Bien que chrétiens depuis longtemps, ces barbares veulent brûler les temples et les églises, les livres de piété et les livres d'instruction, les pasteurs et les moines. Ces gens, qui n'ont pas eu le cœur de défendre leur pays, combattent avec frénésie pour leurs dieux. Bardés d'amulettes, ils se croient invulnérables, affrontent à bout portant des feux de salve, et ne se rendent qu'après avoir subi des pertes énormes, démoralisantes,

XXXII. — Après ces fanatiques, ce sont les Vorimo qui se soulèvent. Ils veulent se venger des Hova, leurs oppresseurs et leurs bourreaux. Quand ils voient venir des Français, ils disent qu'ils ne veulent pas les combattre et font leur soumission.

XXXIII. — Le général Duchesne est conciliant, aimable, mais vigilant et quelque peu rigide. Raiiiilaiarivony l'apprend à ses dépens. Il veut continuer son petit jeu de jadis, gêner notre action, entraver le désarmement : le général l'envoie en Algérie et le remplace par un personnage à sa discrétion.

Avec le concours de M. Ranchot il organise l'administration locale. Tout passe par ses mains, il décide tout, la Reine et ses ministres ne font que

transmettre au peuple ses décisions. Tous les mercredis, les gouverneurs de TEmyrue viennent à l'audience pour apprendre de lui comment nous entendons Tadministration, la police et la justice.

Le général Duchesne a terminé sa mission, glorieusement, à la satisfaction du Gouvernement et de la France ^

XXXIV. — M. Laroche arrive à Tananarive, le 16 janvier 1896, comme résident général.

Aimable, spirituel, beau danseur, il est l'ornement du Manjaka-Miadana. Jamais résident général n'a récolté tant de sourires et d'œillades enflammées.

1 D*aacun8 disent, comme Armande :

f Nul n*aura de Tetprit, hors nout et nos amis,

\ et ils ont couyert d'injures le général Duchesne, qui n'était pas de leurs

I amis.

j « Quand l'histoire se sera dépouillée des passions contemporaines,

t elle admirera le succès d*une campagne menée, en quelques mois, à

{ des milliers de lieues de la mére-patrie, à cinq cents kilomètres de sa

I' base d'opération^ à travers un pays barbare, sans routes et sans res-

sources, dans un climat redoutable, en face d*un ennemi dont Tinsaisissable présence était un découragement de plus pour des soldats qui Youlaient se battre, et une préoccupation sans trêve pour un général I forcé de régler sa marche sur la lenteur de ses approvisionnements.

j L'histoire dira que cette expédition, par les difficultés qu'elle présen-

j tait, n'a pas eu peut-être de précédent depuis celle de César à travers

\ les Gaules, et elle s'étonnera du modeste et sage mérite de l'homme

qui a su l'achever, à l'heure dite, et en gardant la mesure exacte de Tîgueur et de modération, d'élan et de discipline qui avait été prescrite à lui et à ses troupes ». (Gabriel Hanotaux, L'Affaire de Afodagascarf pp. 261 etsuiv.).

Mais tandis qu'il triomphe, le vieux parti hova, que rentrée des Français à Tananarive avait consterné, relève la tête, remarque que nous sommes une poignée ^ que les Hova, rien qu'en se serrant, pourraient étouffer.

D'accord avec la Reine, avec les Ministres et les hauts fonctionnaires malgaches, il réchauffe le sentiment national et nous déclare une guerre sans merci.

Des bandes de malfaiteurs battent les chemins, détruisent les lignes télégraphiques, incendient les villages, assassinent les Français qui leur tombent sous la main, empêchent la culture des rizières, affament Tananarive.

Le corps d'occupation doit faire venir ses vivres de Tamatave, et les Bourjanes exploitent la situation : pour le transport d'une tonne de marchandises qui leur était payé, avant la guerre, 450 fr., ils demandent! 000 et 1 100 fr.

L'insurrection éclatait sur plusieurs points à la fois. Nos soldats faisaient des prodiges de valeur et d'endurance, et toujours en vain. Quand ils avaient balayé une bande et créé un poste, leur action était finie^ et les insurgés se reformaient un peu plus loin.

Les autorités civiles et militaires ne s'entendaient

Officiers 200

Soldats européens . . . . 1.586

— algériens .... 828

— indigènes .... 1.811

XXV. — Le 6 décembre, M. Hanotaux est à la tribune du Sénat, et montre que la situation actuelle vient de la crédulité, de la sottise et de l'orgueil des Hova, Il aurait pu ajouter : surtout de la duplicité, de Tavidité, de la déloyauté des Anglais.

Nous ne voulions pas de la conquête violente. Nous comptions sur l'application franche et paternelle du Protectorat pour amener à la civilisation, à une meilleure situation économique les populations malgaches. Mais le Gouvernement hova s'est mis dans les mains de pêcheurs en eau trouble, a renié ses engagements, mis toute sa force, tout son savoir-faire à entraver notre action.

Rainilaiarivony faisait ce rêve fantastique de garder du traité de 1885 l'hégémonie hova que nous lui concédions^ et de repousser le protectorat qui en était la contre-partie. C'est-à-dire qu'il prenait notre marchandise et voulait en garder le prix.

XXVI. — Nous n'avions qu'à poursuivre le payement de notre marchandise. Ainsi Tavait décidé la Chambre des Députés, ainsi le décide le Sénat. Le 7 décembre 1894, le Président de la République promulgue une loi qui ouvre, aux Ministères de la Guerre et de la Marine, un crédit de 65 millions pour envoi, à Madagascar, d'un corps de 15 000 hommes.

XXVII. — Tous ceux qui connaissent Madagascar ne s'accordent pas sur sa valeur économique et sa

salubrité ; mais tous disent, depuis longtemps, que les Hova ne céderont qu'à la force, et qu'ils ne peuvent être vaincus qu'à Tananarive.

Nos gouvernants ont reconnu que, depuis quatrevingts ans, nous sommes dupes de ces demi-sauvages, et qu'il faut en finir.

Ils décident donc de prendre Tananarive, de l'occuper militairement, et d'y imposer la volonté de la France.

XXVIII. — Le V' mars 1895, l'avant-garde du corps expéditionnaire, commandée par le général Metzinger, débarque à Majunga^

1 Quelques jours après les échos de Tananarive répercutent les sourds grondements du canon de Miadana, et le commencement de la déroute de l'armée hova.

Rainilaiarivony ne s*alarme pas. l\ croit que les Français n'oseront pas s'aventurer dans le hinterland et se contenteront de bloquer les ports, amusement très coûteux pour la France et sans danger pour les Hova.

Toutefois, la situation lui parait assez intéressante pour motiver la résurrection de la Gazeta Malagasy^ journal officiel. Le premier numéro paraît le 11 avril 1895. Il contient, en quatrième page, une proclamation qui reflète bien le genre d'esprit, Torgueil et la mauvaise foi de Rainilaiarivony et de sa race.

La terre malgache, y dit-il, a tous les agréments, toutes les beautés, toutes les richesses et le meilleur des climats. Tout le monde Tenvie, elle n'envie personne. Les gens qui la convoitent peuvent la bloquer. « Que nous fait le blocus ! » lille produit tout ce qui nous est nécessaire.

Les étrangers qui, depuis longtemps, cherchaient dans Madagascar leur nourriture « sont partis repus ». « Une année avant de nous quit- » ter, ils ont dû 8*habituer de nouveau à peu manger ei à serrer leur » ceinture ».

En quelques jours, elle balaye les deux rives de la Betsiboka et enlève aux Hova les forts de Miadana et de Marovoay.

Le général Duchesne, chef de l'expédition, arrive le 6 mai. Le 18 toutes ses dispositions sont prises. Le 9 juin il est devant Mevatatanana, position très forte, considérée comme inexpugnable. Les Hova, surpris par la science et la vigueur de l'attaque, lâchent pied et nous abandonnent un matériel considérable.

Le 20 et le 21^ le général leur inflige deux défaites, si complètes et si meurtrières, qu'ils reculent, d'une seule marche, jusqu'à Andriba, à plus de 80 kilomètres au Sud de Suberbieville.

Le 21 août, le général Voyron arrive devant les positions d' Andriba. Elles sont très fortes et défendues par 5 000 hommes. Le général a des troupes fatiguées par deux longues journées de marche.

Pour RainilaiarÎTony, TEurope est un pays affreux, ravagé par les tremblements de terre, les yolcans, les cyclones, les éboulemente, le grisou, les bêtes féroces, les voitures, les glaçons qui tombent du ciel, la glace et mille autres choses non moins terribles « qui engloutifsent » des millions et des millions d'existences et de fortunes ! ».

A Madagascar, au contraire, on a « un excès de bonheur ». « Ceux » qui mangent sur une natte par terre sont encore mieux que ceux » qui mangent à une table ».

Les Hova sont fous d'orgueil et bous patriotes. Rainilaiarivony exploite ces sentiments, avec succès, car de ces excitations sortiront les insurrections qui suivront Toccupation de Tananarive.

(Ant. Jully, Note$ d'histoire. Proclamations malgaches^ dans la Rev, de Madag., sept. 1899).

Quïmporte. Enlevées d'un élan superbe, elles attaquent si impétueusement que les Ho va, effarés, démoralises, sont pris de panique, fuient à la débandade, et ne s'arrêtent qu'à 30 kilomètres plus loin.

La route qu'il faut faire, pour le transport des vivres, de Tartillerie et des impedimenta avance rapidement, mais elle nous coûte beaucoup de vies humaines. Et malgré cette route, plus on s'enfonce dans lehinterland, plus le ravitaillement devient dif*ficile.

Le général en chef, confiant dans l'endurance et la valeur de ses hommes, sachant, pour les avoir suffisamment éprouvés,' ce que valent les Hova, décide la formation d'une colonne légère.

Cette colonne se compose de 237 officiers, 4 013 combattants et 1 515 conducteurs auxiliaires. Elle emporte 22 jours de vivres, 140 cartouches par homme, 1 116 projectiles pour 12 pièces de 80 millimètres de montagne.

Elle se met en marcha le 14 septembre. Le lendemain, à Tsinainendry, elle culbute 5 à 6 000 Hova qui lui barraient la route.

Le 17, elle campe au pied des Ambohimena, hautes falaises qui font à l'Emyrne un puissant rempart. Ces monts sont couverts de fortifications, et ces fortifications sont défendues par la garde royale et les troupes refoulées du Boina.

La défense est sérieuse, et le tir des canons est

réglé trop savamment pour être attribué à des Hova. Les assaillants, stimulés par Tobstacle, se précipitent en torrent, renversent tout, culbutent tout, terrifient Fennemi et le rejettent à 45 kilomètres au Sud.

Le 26, ils enlèvent les hauteurs d* Ambohipiara . Le 27, à Tsimahandry, le général fait halte pour donner un peu de repos à la troupe, attendre le troisième échelon, prendre dans sa main toutes ses forces et attaquer Tennemi dans ses derniers retranchements.

XXIX. — Le 30 il est sous Tananarive. Le canon hurle son solennel boum boum, six colonnes sont prêtes pour l'assaut final, les tambours et les clairons vont battre et sonner la charge : juste à ce moment quelques obus à la mélinite éclatent sur la plate-forme du Manjaka-Miadana (Palais de la Reine). C'était une façon un peu brutale de frapper à la porte. La Reine dit sans doute, comme certaine rémoise : « celui-là frappe en maître ! » . Elle fait hisser le pavillon blanc et envoie au camp un parlementaire pour dire au général Duchesne, de sa part : « Entrez ! ».

XXX. — Une heure après, le général Metzinger entre dans Tananarive. Le général Duchesne et le général Voyron restent sur les positions conquises, prêts, à la moindre alerte, à recommencer le bombardement.

Le lendemain, 1*' octobre 1895, le général en chef fait son entrée solennelle.

Eûfin 1 nous sommes maîtres de la ville sainte de Tananarive, tête et cœur de Tlmerina et de Madagascar. (7en est fait de rhégémonie hova, de la puissance occulte des Anglais, des entêtements séniles de Rainilaiarivony.

Le même jour, à trois heures du soir, la Reine signe le traité apporté par le général Duchesne.

Le 18 septembre, M. Hanotaux a télégraphié au général en chef : la résistance prolongée des Hova nous impose des sacrifices; nous n'avons plus à ménager la Reine ; nous avons le pouvoir d'imposer nos conditions ; nous décidons de remplacer par un traité unilatéral le traité bilatéral que vous avez emporté de France.

Le général a reçu ce télégramme le 7 octobre. Il a jugé imprudent de revenir sur le fait accompli. M. Ranchot croit qu'avec le traité du l*' octobre nous ferons ce que nous voudrons, sans crainte de provoquer des désordres qui nous feraient verser dans l'annexion et le gouvernorat direct.

En cent trente-cinq jours, du 19 mai au 30 septembre, le général Duchesne a conduit son armée à 500 kilomètres de sa base d'opération. Il fallait souvent combattre des troupes bien armées, bien retranchées, très supérieures en nombre; il fallait traverser un pays sauvage, accidenté, désert : le soldat opposait aux hommes et aux choses, une gaieté inaltérable, et une confiance absolue en ses chefs. Et le général

avançait avec méthode, d^un pas assuré, certain qu'il avait en main une arme solide, bien trempée, à toute épreuve.

A l'entrée à Tananarive, les clairons soufflent fièrement, à pleins poumons, leurs marches les plus belliqueuses; les tambours, le képi sur l'oreille, tapent à tour de bras sur leurs caisses; tous les visages sont rayonnants; le défilé est enlevé comme à la parade.

Cette marche étonnante, regardée comme impossible, de 500 kilomètres, ces victoires au pas de course, cette entrée triomphale étonnent les Tananarivites. Quelque chose les étonne bien davantage : les vainqueurs ne crient pas vœ victis / ils n'ont pas un mot méchant, pas un geste de haine ou de mépris, ils respectent leurs personnes, leurs femmes et leurs biens. Comme le dit M. Gabriel Hanotaux, ils refoulent leurs impatiences, ne réclament rien des surprises et des brutalités de la victoire.

Les Hova comprennent qu'fl y a quelque chose de changé, que c'en est fait du vieux monde de brutalités, d'abus et de barbarie, que la France apporte, dans les plis de son drapeau, une civilisation nouvelle.

XXXI. — Cela ne fait pas l'affaire des Ombiasy, desSikidy, des sorciers, des parasites et des seigneurs.

Ils emboîtent le pas à Rainilaiarivony et ils fanatisent les Zanakantitra (les Fils des Vieux). Le 22

novembre, ces pieux idiots se soulèvent, demandent Texpulsion des étrangers et la restauration des anciens dieux.

Il faut bien le dire, les religions nouvelles n'ont pas pénétré la pensée malgache. Bien que chrétiens depuis longtemps, ces barbares veulent brûler les temples et les églises, les livres de piété et les livres d'instruction, les pasteurs et les moines. Ces gens, qui n'ont pas eu le cœur de défendre leur pays, combattent avec frénésie pour leurs dieux. Bardés d'amulettes, ils se croient invulnérables, affrontent à bout portant des feux de salve, et ne se rendent qu'après avoir subi des pertes énormes, démoralisantes.

XXXII. — Après ces fanatiques, ce sont les Vorimo qui se soulèvent. Us veulent se venger des Hova, leurs oppresseurs et leurs bourreaux. Quand ils voient venir des Français, ils disent qu'ils ne veulent pas les combattre et font leur soumission.

XXXIII. — Le général Duchesne est conciliant, aimable, mais vigilant et quelque peu rigide. Rainilaiarivony l'apprend à ses dépens. Il veut continuer son petit jeu de jadis, gêner notre action, entraver le désarmement : le général l'envoie en Algérie et le remplace par un personnage à sa discrétion.

Avec le concours de M. Ranchot il organise l'administration locale. Tout passe par ses mains, il décide tout, la Reine et ses ministres ne font que

transmettre aa peuple ses décisions. Tons les mercredis, les gonvemenrs de rEmjme Tiennent à Faodience pour apprendre de lui comment nous entendons l'administration^ la police et la justice.

Le général Duchesne a terminé sa mission^ glorieusement, à la satisfaction du Oouvemement et de la France *.

XXXI V. — M. Laroche arrive à Tananarive, le 16 janvier 1896, comme résident général.

Aimable, spirituel, beau danseur, il est l'ornement du Manjakar-Miadana. Jamais résident général n'a récolté tant de sourires et d'œillades enflammées.

1 D*aiiciui8 diaent, eomm« Annande :

Nal n*aara de Pesprit, hors noas et nos amis, et ilf ont conyert dlojoret 1« général Duchesne, qui n'était pa« de leurs

« Quand l'histoire se sera dépouillée des passions oontemporaines, elle admirera le succès d*une campagne menée, en quelques mois, à des milliers de lieues de la mére-patrie, à cinq cents kilomètres de sa

i' base d*opération, à travers un pays barbare, sans routes et sans res-

sources, dans un climat redoutable, en face d'un ennemi dont Tinsaisissable présence était un découragement de plus pour des soldats qui Toulaient se batire, et une préoccupation sans trère pour un général I forcé de régler sa marche sur la lenteur de ses approvisionnements.

I Lliistoire dira que cette expédition, par les difficultés qu*elle préseo-

I tait, n*a pas eu peut-être de précédent depuis celle de César à travers

, les Gaules, et elle s*étonnera du modeste et sage mérite de lliomme

qui a su Tachever, à llieure dite, et en gardant la mesure exacte de ▼igueur et de modération, d'élan et de discipline qui avait été prescrite à lui et à ses troupes ». (Gabriel Hanotaux, V Affaire de Ma^ dagatcar, pp. 261 etsuiv.).

Mais tandis qu'il triomphe, le vieux 'parti hova, que rentrée des Français à Tananarive avait consterné, relève la tête, remarque que nous sommes une poignée ^ que les Hova, rien qu'en se serrant, pourraient étouffer.

D'accord avec la Reine, avec les Ministres et les hauts fonctionnaires malgaches, il réchauffe le sentiment national et nous déclare une guerre sans merci.

Des bandes de malfaiteurs battent les chemins, détruisent les lignes télégraphiques, incendient les villages, assassinent les Français qui leur tombent sous la main, empêchent la culture des rizières, affament Tananarive,

Le corps d'occupation doit faire venir ses vivres de Tamatave, et les Bourjanes exploitent la situation : pour le transport d'une tonne de marchandises qui leur était payé, avant la guerre, 450 fr., ils demandent 1 000 et 1 100 fr.

L'insurrection éclatait sur plusieurs points à la fois. Nos soldats faisaient des prodiges de valeur et d'endurance, et toujours en vain. Quand ils avaient balayé une bande et créé un poste, leur action était finie, et les insurgés se reformaient un peu plus loin.

Les autorités civiles et militaires ne s'entendaient

i Officiers 200

Soldats européens . . . . 1.586

— algérieus .... 828

— indigènes .... 1.811

pas sur les moyens à employer pour réprimer Tiasurrection. M. Laroche voulait s'appuyer sur la Reine, les Ministres et les Ândriana qui le roulaient à plaisir. Lo général Vojrron, qui voyait mieux et plus juste, voulait précisément s'en prendre à ces hauts personnages.

Ce dualisme était un grand danger. 11 fallait le faire cesser ou nous résoudre à plier bagages, à laisser la nos morts, à pleurer notre honneur et nos beaux millions. .

Le Gouvernement a résolu de réunir dans la même main tous les pouvoirs, et il a fait choix, pour cette haute mission, du général Gallieni.

Page 1