GOUVERNEMENT
La reine. — La reine est la première autorité de l'île, mais son pouvoir n'étant pas établi sur une constitution régulière, est absolument nul.
L'usage est de la prendre dans la descendance directe d'Andrianampouine; toutefois, l'ordre de succession n'est nullement déterminé.
Depuis quarante ans environ, la reine étant la femme légitime du premier ministre, le soin de la
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choisir est laissé au bon plaisir de celui-ci. La reine actuelle, Ranavalo III, règne depuis 1883 ; elle est âgée de 35 ans.
Rien dans son attitude, son maintien ou son éducation ne la distingue des autres femmes du peuple ; elle est tout aussi ignorante et insignifiante.
Éloignée systématiquement des afi^aires, elle vit confinée dans un palais avec ses femmes de service et passe son temps à des amusements enfantins.
Ses sympathies sont, parait-il, tout anglaises ; elle est le chef de la religion.
Premier ministre. — L'institution du premier ministre remonte à Ranavalo T" (1828-1861). A cette époque, ce haut fonctionnaire n'avait qu'un pouvoir assez restreint et subordonné à l'autorité royale ; il n'était guère que l'amant de la reine.
Mais ses fonctions augmentèrent peu à peu d'importance ; Rainilaiarivony, le premier ministre actuel, accapara bientôt toute l'autorité et les rôles furent renversés. Aujourd'hui, c'est lui qui choisit la reine et c'est lui qui gouverne. Au pouvoir depuis 1864, il en est à sa troisième épouse et reine.
Une idée unique préside à toutes ses actions : décourager les étrangers, quels qu'ils soient, de s'établir à Madagascar, et, pour cela, accumuler autour de leurs entreprises commerciales ou industrielles tous les obstacles possibles.
Ce programme s'applique aussi bien aux Anglais qu'aux Français. Si les conseils des premiers sont acceptés en politique, lorsqu'il s'agit de refouler l'influence française, leurs tentatives, pour créer dans
Tîle des intérêts anglais, échouent tout aussi bien que les nôtres.
Néanmoins, en prévision d'événements qui pourraient nous éloigner momentanément de la <c grande île », ils encouragent de plus en plus leurs pasteurs méthodistes dans leur entreprise pour accaparer toute intiuence.
Aussi les missions protestantes progressent-elles rapidement.
Grâce aux méthodistes, les Hovas ont une religion officielle (ce qui ne veut pas dire qu'ils ont des convictions religieuses), un arsenal de lois, de codes, do règlements très complets, mais auquel on ne recourt que pour faire illusion. Toute cette belle législation n'est en effet qu'apparence et, dans la réalité, l'arbitraire le plus absolu et l'injustice la plus criante caractérisent tous les actes du gouvernement.
La famille du premier ministre est en pleine lutte intestine. Son fils Eajoël, après avoir empoisonné son frère aîné, a tenté de renverser son père ; il est actuellement exilé à Amboustre, sur les confins du pays Betsiléo ; de nombreux amis, qui escomptent son arrivée au pouvoir, lui restent fidèles.
Mais les préférences de Rainilaiarivony sont pour son petit-fils Katilifère ; c'est à lui, paraît-il, qu'il réserve sa succession ; un parti nombreux s'est en conséquence formé autour de ce jeune homme qui n'a qu'une vingtaine d'années.
Quant à la reine, elle aurait, paraît-il, déclaré que toutes ses sympathies sont pour Rajoël.
Quel sera dans ces conditions le successeur de Rainilaiarivony ? Il est difficile de le dire. Mais que ce soit
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Tun OU l'autre ou même un troisième, la Franco peut être certaine que le futur premier ministre suivra la politique de celui d'aujourd'hui. Elle aurait tort d'espérer qu'une ère nouvelle marquerait la chute du gouvernement actuel.
Cabinet. — Le premier ministre est assisté d'un « cabinet », composé des hommes les plus influents du royaume choisis par lui seul. C'est d'ailleurs un organe purement consultatif, sans aucune autorité eflfective. Le gouvernement ne demande son avis que très rarement, par exemple, lorsqu'il s'agit de prendre une mesure impopulaire ; de cette façon, il dégage sa responsabilité.
Ministres. — La création des différents ministères ne remonte guère qu'à 4880; elle est complètement illusoire et n'a d'autre but que de tromper l'Europe sur la valeur réelle des institutions malgaches.
Malgré qu'en théorie leurs attributions soient nettement définies, les ministres hovas ont si peu à faire qu'ils ne possèdent ni bureaux ni personnel en sousordre ; ils n'ont même pas de traitement. Néanmoins, les indigènes tiennent beaucoup à ces fonctions à cause du prestige qu'elles leur donnent.
A l'instar des nations de l'Europe, les Hovas se sont donné le luxe des ministères suivants :
Intérieur, affaires étrangères, guerre, justice, législation, commerce, travaux publics, instruction publique.
Secrétariat. — Il y a pourtant à côté du premier
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ministre une institution ayant une autorité effective, c'est son secrétariat.
Les trois personnages qui le composent, Rasange, Rabibishou et Rasonarainiarisona, n'ont pas, comme les ministres, des attributions déterminées par règlement ; néanmoins, leur influence s'étend à tout.
En principe, ils sont les interprètes du premier ministre avec les étrangers ; en fait, ils connaissent de toutes les affaires intérieures et extérieures.
C'est à eux qu'il faut s'adresser pour obtenir une concession, obtenir justice, etc. ; de bons pots-de-vin sont l'entrée en matière indispensable si l'on veut réussir.
Conseil de gouvernement. — Le conseil de gouvernement est un conseil privé composé de personnages influents choisis par le premier ministre, mais n'a aucune autorité effective.