PRÉFACE
Le travail qu'on va lire n'est en quoi que ce soit, ni au point de vue politique ni au point de vue re ligieuXy une œuvre de parti. Bien moins encore une œuvre intéressée. Une seule pensée, une seule passion, si l'on veut, Ta inspiré : la passion de l'humanité ; le besoin et l'espoir de donner, sur une question imparfaitement connue, des éclaircissements utiles, d'appeler l'attention sur des documents jusqu'à ce jour ignorés, et de (ax^iliter peutêtre, par une plus saine appréciation des faits, la solution d'un long et pénible conflit.
C'en est assez, étant données mes opinions notoires en matière de différends internationaux, pour expliquer que l'on m'ait demandé d'en signaler brièvement l'importance à tous ceux qui recherchent la vérité pour eux-mêmes, la justice et Thonneur pour leur pays, la paix et le travail pour le monde; et que je me sois fait un devoir de déférer à cette requête. .
Qu'il me soit permis cependant, à titre de complément d'informations, et comme réponse cm même tepips à certaines insinuations qui, dès avant l'im-
pression de cette étude, ont été répandues, dans la presse, de dire dans quelles circonstances je me suis trouvé appelé à y associer mon nom et dans quelle mesure j'ai consenti à le faire.
Quelques personnes, comme moi préoccupées des sacrifices qu'imposent à la France et à l'humanité les complications dans lesquelles (sans qu'on sache toujours bien pourquoi), sont engagées, sur divers points du globe, la diplomatie et les armes de la France, se sont, il y a une couple de mois, rencontrées dans une réunion où devaient leur être communiquées, parmi d'autres renseignements de première main, des pièces, non seulement privées, mais officielles, de la plus sérieuse importance. Au premier rang de ces pièces figurait un exemplaire authentique d'un recueil dont l'existence même était pour la plupart, et sera pour tous les lecteurs de ces lignes, très probablement, une révélation : le livre rouge des Ho vas, contenant comme notre livre jaune y comme le Uvre bleu des Anglais ou comme le livre blanc •des Allemands, la reproduction, en langue nationale d'une part, et en langue française de l'autre, des dépêches échangées, depuis la naissance des dernières diflSicultés, entre le gouvernement de la République française et la cour d'Antananarivo, ainsi que la correspondance des agents de cette cour avec elle et leurs rapports.
Inutile de dire avec quelle curiosité, lorsque ce recueil, en deux forts volumes in-folio, fut placé sur la table, les assistants s'empressèrent de le
feuilleter; avec quelle surprise ils en constatèrent la bonne ordonnance et la remarquable exécution matérielle ; avec quelle soUicitutie surtout, j'oserai dire avec quelle anxiété patriotique ils y relevèrent, tantôt l'existence de pièces qui ne figuraient pas parmi celles qu'avait publiées le gouvernement français, tantôt des différences de textes qui pouvaient faire supposer, d'une part ou de l'autre, je ne dirai pas des altérations, mais des inexactitudes par omission sinon par commission.
Je n'ai pas à traduire ici les réflexions que purent provoquer, chez les uns ou chez les autres, ces constatations inattendues : on était venu pour recueillir des informations et des témoignages, non pour discuter les intérêts et les actes de la France; et, en effet, aucune discussion, quoiqu'on en ait dit, ne fut ouverte. Je n'ai pas davantage à reproduire les renseignements qu'à diverses reprises, et en réponse aux questions qui lui furent adressées, un honorable étranger, qui a résidé plusieurs années chez les Malgaches et en parle la langue, crut devoir donner sur le caractère, les mœurs et les relations réciproques des différentes fractions de cette population. On en trouvera la substance dans ce volume; j'y renvoie, sans me permettre aucune appréciation. Je ne veux point, à cette place (peutêtre le ferai-je ailleurs, lorsque de nécessaires éclaircissements auront été réclamés), intervenir comme juge, mais uniquement comme témoin.
C'est comme tel qu'avant de se séparer, et sans engager autrement leur opinion, les personnes