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présentM m'ont demandé de le faire. Il lem* a para qu'autant il weràit téméraire, smr mi simple échange d'informatiana et anr mie vne rapide de qoelqnes pagea, de formuler des conclnaions qne d'ailleurs la réunion n'avait nulle qualité pour formuler, antant il serait regrettable qu'il ne fût pas, à titre de documents à consulter, pris acte des communications faites et des. pièces produites. Et l'aufeur de ce volume ayant, d'un commun accord, été agréé pour rédiger cette sorte de procès-verbal, j'ai reçu, comme ayant été appelé à Thonnaur de présider la réunion, Thonneur et la charge de signer ce certificat collectif. Il ne semblait pas que ce fait si simple pût donner lieu à la moindre émotion.
La presse, cependant, sur je ne sais quels rapports^ dont assurément elle n'a pas contrôlé suffisamment la valeur, et sans avoir pris auprès d'aucun des intéressés des renseignements qui l'eussent aussitôt éclairée, a laissé mettre en circulation les bruits les plus étranges et à certains égards les plus fâcheux. Il a été imprimé, notamment, comme un on dit auquel il ne fallait pas ajouter foi par les unSy comme une information non contestée par d'autres, que^ sous ma présidence, avait été ouverte sur la politique extérieure de la France une disrcussion dans laquelle j'avais à plaisir laissé insulter, par des étrangers, le drapeau national ; et qu'à la suite de cette séance, son principal instigateur, l'anglais Alexander, s'était empressé d'écrire lettres sur lettres aux Hovas, pour les engager à la résis
tance, en leur donnant Tassurance qu'ils seraient soutenus dans le Parlement français.
Pour quiconque est tant soit peu au courant des choses. et des personnes, ces allégations, quelle qu'en pût être la source, ne tenaient pas debout; aussi n'ont-elles trouvé accès que dans un petit nombre de feuilles : c'était trop encore. M. Joseph Alexander, l'un des membres les plus honorables et les plus dévoués de la Société anglaise contre l'esclavage, appartient à la secte des amis^ que nous appelons communément quakers; les deux compatriotes qui l'accompagnaient en sont membres également. Or, les quakers, on le sait, n'admettent la guerre en aucun cas, pas même la guerre défen sive pour repousser l'agression sur son propre territoire (ce en quoi, tout président de la Société des Amis de la Paiay que je suis, et quelque haute estime que je m'honore de professer pour leur cd,^ ractère et leurs idées, je suis forcé de me séparer ouvertement d'eux). Il était plus qu'invraisemblable, il était absurde de supposer qu'ils eussent pu, par une dérogation flagrante à leurs principes, envoyer au-delà des mers des conseils belliqueux. J'ai cru devoir, toutefois, pour dissiper toute équivoque, faire connaître à M. Alexander l'imputation dont il était l'objet. Voici la réponse que j'ai reçue. Je crois bien faire d'en reproduire les termes mêmes, sans en altérer en rien le sens et la saveur; j'en ai, ce qui ne se fait pas toujours, demandé là permission*
« Cher Monsieur Passy,
« J'apprends que vous avez entre les mains des journaux français dans lesquels il est dit qu'à la suite de notre réunion à l'hôtel du Louvre j'aurais écrit à Madagascar pour dire que la France est sur le point de se retirer et que j'espère, avec le concours de quelques membres du Parlement français, obtenir la cessation de la guerre.
« Je vous écris pour vous dire qu'il n'y a pas dans cette assertion la moindre ombre de vérité. Je n'ai pas de correspondants à Madagascar, ni hova, ni anglais, ni d'aucune autre nationalité et je n'ai jamais, directement ni indirectement^ eu de rapports avec personne dans l'ile ni avant ni après ma dernière visite à Paris. Comme vous le savez, je ne suis allé ô Paris que comme délégué de la Société des Amis ; et vous savez aussi que mes efforts ont uniquement tendu à mettre sous vos yeux et sous ceux de quelques autres personnes (parmi lesquelles j'aurais voulu voir un plus grand nombre de vos collègues), des faits relatifs à la conduite des représentants de la France à Madagascar ; faits dont il me parsdt nécessaire que Ton ait connaissance en France afin que les Français soient à même d'apprécier par eux-mêmes s'il est de l'honneur d'une grande nation comme la France de couvrir de sa sanction ce qui se fait en son n{»n«
« J'ai habité longtemps la France; jV ai beaucoup d^excellents amis; et je puis dire en toute vérité qu*après rhonneur et la réputation de mon propre pays il n^en est point qui me soient plus diers que ceux du vôtre. Mais de même que je rougis pour mon pays quand je le vois engagé dans des entreprises crimi-
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nelles telles que la guerre de Chine, de l'Afghanistan ou des Zoulous, ou encore dans cette abominable opération du commerce de l'opium, contre laquelle, comme citoyen anglais, j'ai fait ce que j'ai pu par mes protestations et mes appels à l'opinion, de même je ne puis rester indifférent à la politique de la France (Ifeel with regard) quand elle me paraît contraire à la justice et à rhumanité.
(( Pour ce qui concerne mes amis, je suis absolument certain que leur influence, tant à Madagascar qu'ici, s'est constamment exercée en faveur de la paix. Je vous ai fait envoyer un ]0\iTna\yVAmi{the Friend)^ dans lequel vous verrez comment un missionnaire quaker, M. Johnson, depuis peu de retour, a obtenu de l'amiral Miot la permission de passer à Madagascar sur sa promesse d'user de son influence sur les Hovas dans lé sens de la paix. Et je sais que des lettres ont été récemment écrites d'Angleterre pour presser le gouvernement hova de faire toutes les concessions possibles dans ce but, en le détournant de croire que, si la France conduit en ce moment la guerre avec un peu moins de vigueur par suite de ses préoccupations d'un autre côté, on en puisse conclure qu'elle soit disposée à se retirer aux conditions que le gouvernement hova voudra dicter. Bien que cela ait été écrit en dehors de toute suggestion de ma part, j'y donne ma plus chaude approbation ; vous voyez que c'est tout le contraire de ce qui m'est imputé dans le journal français.
« Vous remerciant de nouveau pour votre courtoisie à mon égard et à l'égard de mes collègues, je suis, cher Monsieur Passy,
« Votre bien dévoué (Yours very truly)^
« Joseph Alexander. »
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Je ne crois pas devoir commenter cette lettre^ non plus que celle que me fait l'honneur de mV dresser de son côté, pour revendiquer la responsabilité des opinions émises dans son travail fit borner la mienne à la garantie des renseignements de fait invoqués par lui, l'auteur de cette remarquable étude, M. Saillens. Je me permets d'ajouter seulement (à l'adresse de ceux qui applaudissent à tout aussi longtemps que la faveur publique paraît disposée à suivre les gouvernants, sauf à ne plus rien pardonner dès qu'elle les abandonne), qu'il y a, à mon avis, deux i^ons d'aimer son pays comme d'aimer ses amis, l'une qui les sert, et l'autre qui les perd ; et que la première chose qu'on leur doive, quand on peut espérer la leur faire entendre, c'est la vérité. Le grand lord Chatam, le père de Pitt, ne passe pas en Angleterre, que je sache^ ni ailleurs, pour avoir manqué de patriotisme. C'est lui pourtant qui, alors que le ministère de lord North, dans sa lutte impuissante pour réduire ces rebelles qui allaient devenir le peuple des Etats-Unis, ne craignait pas d'appeler à son aide la sauvagerie des tribus indiennes et de faire scalper par elles des prisonniers de race saxonne, se faisait apporter malade au Parlement et terminait le plus pathétique des discours par cette foudroyante invective : « Si j'appartenais à cette population, et si de pareils moyens étaient employés contre moi, je déclare que je ne poserais jamais les wmes, jamais, jamais, jamais. Never, never^ never. »
On nous a enseigné, dans notre jeunesse, à ad-
mirer non seulement la beauté de ce mouvement oratoire^ mais la grandeur du sentiment qui l'inspirait ; et nous avons entendu, de nos jours, dans des circonstances où il n'estimait pas que la conduite de son pays fût conforme à la raison et à l'équité, un autre Anglais, placé dans une région parlementaire bien différente, M. Rœbuck, prononcer au milieu de la Chambre des Communes ces paroles qui, en dépit de la divergence des opinions, transportaient d'enthousiasme le cœur généreux de Montalembert :
« Je suis Anglais; mais il y a une chose que je mets au-dessus même de la grandeur de l'Angleterre, c'est le respect de la justice et le progrès de la civilisation. » '
S'il était vrai, ce que je laisse à chacun le soin d'apprécier par lui-même et pour lui-même, que de l'examen des faits et des documents produits dans ce volume, ou de tous autres éclaircissements qui pourraient l'être ailleurs, il résultât pour tel ou tel la conviction que le gouvernement de la France, ici ou là, à Madagascar ou sur quelque autre point du monde, n'a pas toujours tenu la conduite la plus habile ou la plus généreuse, la plus conforme aux véritables intérêts de la France ou la plus digne de sa magnanimité et de son équité, non seulement il n'y aurait ni faute ni honte à le dire, mais il y aurait crime et forfaiture à ne pas le dire. La France est assez grande pour entendre la vérité, même sur son compte; assez puissante pour s'incliner, sans que personne la puisse soupçonner de
faiblesse, devant les arrêts de sa propre conscience ; assez maîtresse d'elle-même, en un mot, pour se faire à elle-même sa loi, comme pour ne subir la loi de personne. On met devant elle, à côté de beaucoup d'autres , quelques-uns des éléments d'une des grande^ questions qu'elle a à tranchier. Qu'elle juge et qu'elle prononce^
Frédéric PASSY.