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CHAPITRE U

Nous ne voulons pas donner des accidents orographiques et hydrographiques de Madagascar une nomenclature aride ; Texamen d'une carte bien faite sera, à coup sûr, plus utile et plus profitable.

Quant à l'aspect du pays, voici le résumé des descriptions des explorateurs qui ont parcouru la « Grande Terre y>. Partagée en deux versants par un soulèvement qui la traverse dans toute sa longueur, Madagascar a une physionomie difi*érente, selon qu'il s'agit du versant est ( Océan Indien) ou du versant ouest (canal de Mozambique).

Vers Test,. les contreforts courts et enchevêtrés offrent des pentes très raides. D'immenses forêts les recouvrent presque partout et les sentiers étroits qui montent de la côte, après avoir traversé une plaine d'allu viens basse et marécageuse, constituent d'interminables défilés.

Au point de vue d'une expédition militaire, l'accès de l'intérieur par la côte est est hérissé de difficultés : pas de vues ; impossibilité de se déployer sur les côtés delà route; pentes escarpées occasionnant des allongements énormes, des fatigues excessives pour les porteurs.

Vers l'ouest, au contraire, le pays est tout différent.

De grandes ondulations dénudées s'étagent douce-

ment et progressivement jusqu'aux points culminants. De ce côté^ pas de forêts^ pas de défilés ; on voit loin devant soi. Une colonne expéditionnaire pourrait y manœuvrer facilement contre un adversaire qui s'opposerait à sa marche. Elle trouverait en outre d'excellents moyens de ravitaillement dans les rivières qui rayonnent de la province de l'Imerina^ navigables sur des parcours de 200 kilomètres.

Le versant occidental est, il est vrai, dénué de toute ressource, tant d'alimentation que de cantonnement, mais une direction prévoyante sait parer à ces inconvénients.

La partie culminante de l'île constitue la province de rimerina et la contrée Betsiléo ; les Hovas l'appellent le « nid d'aigle ».

Le pays est généralement découvert, mais très mouvementé.

La population est, dans l'Imerina, plus dense que partout ailleurs. Autour de la capitale hova, s'étendent de nombreux villages bâtis en terre et en brique qui forment une banlieue immense.

Pour compléter cette rapide description, nous donnons ci-dessous un extrait des renseignements recueillis à la suite d'une reconnaissance exécutée par un officier de Majunga à Tananarive, en 1893.

La route de Majunga à Suberbieville et particulièrement de ce dernier point à Tananarive présente un aspect triste et désolé. Partout où la vue peut s'étendre, on ne voit que collines ou montagnes rougeâtres sans arbres, pelées ou couvertes d'herbes séchées par le soleil. Ces herbes atteignent parfois deux mètres de hauteur et répandent le matin et par temps de brume des

exhalaisons malsaines. A partir du mois de juillet^ les indigènes mettent le feu aux herbes, afin de renouveler les pâturages, et le même incendie détruit indistinctement les chaumes inutiles et les rares arbustes qui avaient réussi à sortir de terre depuis Tannée précédente.

Cette coutume barbare ne peut qu'être favorable à la marche d'une colonne expéditionnaire. Les nombreux animaux de bât ou de trait trouveront ainsi leur fourrage sur place et les troupes marchant en pays découvert n'éprouveront pas cette fatigue et cette chaleur malsaine que l'on éprouve en Indo-Chine, dans la traversée des hautes herbes et de la brousse.

Les services d'exploration et de sûreté y trouveront également leur bénéfice.

Le bois, dans ces conditions, est nécessairement très rare et dans le désert de 500 kilomètres qui sépare Majunga de Tananarive, on ne rencontre que deux bois taillis de 6 kilomètres d'étendue chacun (entre Marovoay et Traboungy), et quelques bouquets d'arbres.

En revanche, tous les cours d'eau sont bordés d'arbres qui pourront être utilisés pour la cuisson des aliments. Enfin de grandes herbes sèches trouvées dans le voisinage de la route fourniront de leur côté un excellent et inépuisable combustible.

A Tananarive on n'en emploie pas d'autre et c'est un spectacle curieux que de voir chaque matin, le long des canaux de l'Ikopa, des centaines de pirogues chargées de montagnes de bottes de foin destinées au chauffage de la capitale.

Si la route est dépourvue d'arbres, elle l'est également d'habitations. C'est à peine si de Marovoay, au

fond de la baie de Bombetoke, à Ankazobé, premier village de rimerina, sur un parcours de 300 kilomètres^ on rencontre^ soit sur la route^ soit dans les environs, une quarantaine de villages, sortes de colonies militaires composées d'une trentaine de cases en rafia.

Certains explorateurs ont donné à ces misérables agglomérations le nom de forts ; on leur attribue sur les cartes le signe conventionnel réservé aux ouvrages de fortification permanente. C'est leur faire vraiment trop d'honneur.

Les villages militaires qui jalonnent la route de Marovoay à Suberbieville sont généralement situés dans des positions avantageuses, mais ils n'ont ni fossés ni parapets. Une simple palissade en bois de 2 mètres de haut, précédée elle-même d'une haie de cactus épineux de 3 à 4 mètres d'épaisseur, constitue toute leur défense. A l'intérieur, une seconde palissade entoure la demeure du gouverneur et prend le nom de rova (on prononce rouve).

De Suberbieville à Ankazobé, les procédés de défense diiSèrent : les villages sont entourés d'un fossé de 3 à 4 mètres de profondeur, de 3 mètres de large et d'un parapet en terre battue de 0^,60 d'épaisseur et de 2 mètres de haut, mais ils sont toujours dominés à courte distance par des hauteurs facilement accessibles. Ces modestes défenses, à peu près suflSsantes pour arrêter une attaque de sauvages, ne sauraient tenir devant une troupe européenne ; elles commencent même à ne plus en imposer aux fahavalos (voleurs).

A partir d'Ankazobé, premier bourg de l'Imerina, les villages deviennent plus nombreux et changent d'aspect ; les maisons sont construites à l'européenne.

en brique ou en pisé ; elles ont un étage et sont couvertes en tuiles.

Enfin de Fiarona à Tananarive^ sur un espace de 70 kilomètres, les maisons se suivent, pour ainsi dire, sans interruption, les terrains incultes disparaissent et le sol, en dehors des parties habitées, est couvert de magnifiques rizières.

Dans cette région favorisée, les troupes peuvent facilement cantonner, mais avant d'y arriver, elles seront obligées de camper ou de bivouaquer.

Ajoutons qu'il ne faut compter en aucune façon trouver des vivres dans la contrée traversée, car les Hovas évacueront certainement leurs bestiaux et leurs provisions.

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