partie, sur ses compagnons
Les princes, les ministres, les principaux chefs
les avaient pris en grande affection, et Rainijoary lui-même, bien que peu enthousiaste et peu favorable aux Européens, ne se faisait pas faute de témoigner sa reconnaissance.
Lorsqu'il fut question de déterminer les honoraires du docteur français, il y eut bien quelques difficultés de détails ; néanmoins tout se régla à l'amiable, et la reine poussa la générosité jusqu'à faire aux aides de l'opérateur quelques cadeaux à titre de gratification.
Mais ce n'était pas le compte des missionnaires, qui ne cherchaient ni piastres, ni présents; ce qu'il leur fallait, c'était la faculté, au moins pour l'un d'eux, de rester au milieu des chrétiens de la province , afin de veiller au salut des âmes ; et voici comment ils s'y prirent.
L'opération avait été faite habilement , mais après le départ des médecins un accident pouvait survenir, la plaie, à peine cicatrisée, pouvait se rouvrir ; et si un pareil malheur arrivait, qui donc y remédierait ?
Cette observation fut présentée au premier ministre par un de ses amis. Rainijoary en fut vivement frappé.. Il aimait tendrement son frère et tenait à le voir guéri sans retour.
Il alla trouver la reine, à laquelle il expliqua la situation, en lui faisant part de ses craintes. Ranavalo le comprit et déclara qu'il fallait absolument garder un des médecins. L'aide chirurgien était prêt à se dévouer. A l'expression d'un désir on joignit bientôt un ordre, et M. Milhet partit en disant à Sa Majesté qu'il avait reçu un trop bon accueil pour pouvoir rien refuser, et qu'il consentait à laisser un de ses aides jusqu'à ce qu'il revînt luimême voir ses malades et saluer de nouveau la reine de Madagascar. La ruse avait réussi.
Le prêtre que la Compagnie de Jésus avait envoyé trouva un grand appui dans le prince Rakoto.
« Prince, lui dit-il un jour, vous avez dans cette ville une foule de malades, pauvres et délaissés, hors d'état de se soigner eux-mêmes. Pourquoi ne
feriez-vous pas comme en Europe, en élevant un hôpital? Parlez-en à votre mère, et obtenez une case pour les malades, moi je me charge de trouver un médecin et des Sœurs. »
Eakoto, vivement touché, entretint la reine de ce projet, et bientôt l'autorisation désirée fut accordée.
Mais la découverte du complot de 1857 devait tout mettre à néant, et si le prince Eakoto n'avait fait prévenir secrètement les missionnaire de Baly et le commandant de la station navale, nul doute qu'ils n'eussent été assassinés.
La persécution de 1849 allait recommencer, plus sérieuse encore qu'alors, car elle était inspirée par les méthodistes et anglicans, surtout par M. Ellis, dont le crédit augmentait d'autant que celui de M. Lambert baissait.
Ce fut à cette époque un véritable « régime de la Terreur. » Nous en avons parlé précédemment, nous n'insisterons pas davantage.
Mais la présence des missionnaires catholiques
à Tananarive était pour le R'' Ellis une préoccupation grave; la cause de. la Frr.nce et celle du catholicisme étaient intimement unies, il le savait bien, dans la pensée des hommes qui se dévouaient à l'avenir du peuple malgache.
Quoi qu'il en soit, les missionnaires furent proscrits et chassés de Madagascar. Ils devaient en rester éloignés jusqu'à l'avènement de Eadama II.
Cependant les missionnaires ne restaient pas inactifs. Ils avaient compris, eux, ce qu'il fallait faire : une pépinière de chrétiens élevés par eux et capables d'instruire leurs compatriotes, de leur prêcher au besoin par l'exemple, et d'accélérer la marche si lente de la civilisation sur la terre africaine.
Dans ce but fut créé l'établissement si utile des jeunes Malgaches de la Ressource à la Réunion, où les enfants apprenaient à hre et écrire en français et en malgache ; on leur enseignait la musique et d'autres arts ; ou leur apprenait un état, et les plus inteUigents étaient appelés au sacer-
doce par une permission spéciale de Mgr Maupoint, évêque de Saint-Denis, qui se prêta de tout son cœur à cette œuvre dont il avait compris l'importance.
Mais laissons parler le E. P. Jouen, supérieur des Missions.
« Tant que la Grande Terre nous a été fermée, nos écoles malgaches de la Réunion ne se sont g'uère recrutées que d'enfants recueillis dans les petites îles ; et cependant ce n'était pas la source principale où nous aurions voulu puiser. Il y en avait une autre que nous convoitions bien davantage : c'était Tananarive même, le centre de la grande île africaine, et tout le monde comprend qu'ayant en vue la régénération de Madagascar, nous devions aller prendre au centre même de Madagascar le levain destiné à faire fermenter toute la masse. Toutes ces jeunes générations de la capitale, y retournant plus tard avec notre langue, nos mœurs et nos connaissances, étaient appelées à y exercer une influence dont l'île
entière ne pouvait manquer de se ressentir. Une fois le phare allumé sur la montagne, ses feux devaient nécessairement rayonner au loin.
« Malheureusement Tananarive est livré à un tel débordement de mœurs, que l'enfance est fort exposée aux atteintes du vice, et il faudra une grâce plus qu'extraordinaire, du moins dans les commencements, pour la régénérer sur place.
C'est ce qui nous porte à consolider plus que jamais nos écoles malgaches de la Ressource, d'autant plus qu'ici tout repose encore sur du sable, et qu'on ne saurait répondre des événements à venir.Il fallait donc jeter un appât pour les attirer.
« Les Hovas sont passionnés pour la musique.
Partout on ne voit et on n'entend que des troupes de musiciens : musique du roi, musique de la reine, musique des princes de la famille royale, musique des principaux chefs. Pas une fête, pas une promenade de la cour sans musique. Mais quels sons !... c'est à qui soufflera le plus fort, à qui fera le plus de bruit ! . . . point d'ensemble, point
de mesure ; tout est couvert par la grosse caisse qui cache les effets discordants.
« Notre musique de la Ressource fit donc un effet prodigieux : quatre-vingt-six jeunes gens demandèrent à partir pour la Réunion avec nos musiciens, et le roi Radama accorda généreusement son autorisation. Ce sera un noyau pour notre pépinière de chrétiens.
« Radama, aussitôt son avènement à la couronne, concéda aux missionnaires un bel emplacement pour y élever une ferme modèle et y construire divers ateliers, et il nous donna également plusieurs terrains au centre de la ville.
« Le pavillon français a été solennellement arboré pour la première fois à Madagascar le jour de l'Assomption de la sainte Vierge, jour anniversaire de la mort de Ranavalona-Manjaka, notre constante ennemie. Radama II voulut sanctionner de sa présence cette cérémonie, et le i'pavillon français fut hissé au bruit de salves d'artillerie et aux cris mille fois répétés de : Vive la France j...
Une chasse aux serpents.
vive Madagascar ! vive l'Empereur ! vive Radama II!... Dans cette même matinée eut lieu l'inauguration de notre- église catholique, consacrée par la présence du roi et de la reine, qui y assistèrent au saint sacrifice de la messe, en présence d'une grande foule de peuple.
« Le roi est arrivé à pied, selon son habitude, entre deux haies de soldats, et accompagné de la députation française. La reine suivait sur un magnifique palanquin, ombragéé du grand parasol rouge et escortée de ses dames d'honneur et des principaux officiers du palais. Après le cortège royal venait une foule nombreuse d'hommes, de fem m es , d' enfants , impatients de voir et d' entendre . Malheureusement notre église était trop étroite pour contenir la multitude, et la plus grande partie dut stationner à la porte.
« Nous n'avions rien nég'ligé pour orner le mieux possible notre modeste chapelle ; mais qu'elle était simple et nue !... Point d'autel ni en marbre, ni même en bois. Une table sur deux
tréteaux, c'est tout pour le moment : point de tabernacle, point de fleurs naturelles ou artificielles ; pas un tableau, pas une statue : un simple crucifix en bois décorait le fond du sanctuaire ; quatre murailles à peine dissimulées par quelques nattes grossières ornées de festons sur lesquels ' brillaient les écussons de Napoléon III et de Ra- ' dama II. Mais le chef-d'œuvre de l'église était le trône du roi et de la reine ; un de nos Pères y avait mis tout son talent ét n'avait pas trop mal réussi. Leurs Majestés montèrent sur leur trône au son de la musique de la Ressource.
« Bientôt le prêtre monta à l'autel et commença la messe, durant laquelle un chœur de plus de deux cents jeunes élèves, garçons et filles, n'a cëssé de chanter en parties et avec accompagnement d'harmonium plusieurs morceaux en latin et en malgache, avec tant d'harmonie que les blancs euxmêmes en étaient ravis. Quelques-uns des Européens ont été émus jusqu'aux larmes, et Leurs Majestés ont été fort impressionnées. »
Tels furent les commencements de l'apostolat avoué des missionnaires dans l'île. Il n'était guère possible de débuter plus humblement ; c'était littéralement I3 grain de sénevé. Aussi faisaient-ils plutôt pitié qu'envie, e.t les élèves des hérétiques les appelaient par dérision « les priants d'une seule case, » par contraste avec les lecteurs de la Bible, qui comptaient déjà de nombreux centres de réunion.
Peu à peu cependant les craintes se sont évanouies, à mesure qu'on les a vus à l'œuvre, la lumière s'est faite, et en les étudiant de plus près on s'est dit : Ces hommes-là ne sont pas comme les autres, l'intérêt humain et politique n'est pour rien dans leurs démarches et leurs actions. Il y a chez eux ce qu'on ne trouve pas ailleurs : unité de vue", unité d'action, d'autorité, de direction, unité de doctrine et d'enseignement, unité de cœur et d'esprit ; si la vérité est quelque part, elle doit être là !.. .
Les Ho vas, naturellement sérieux, n'ont pas été
longs à faire ces réflexions, et quand ils ont vu les enfants instruits, les pauvres secourus, les malades visités et soignés, les moribonds assistés, les morts enterrés, leurs réflexions ont été confirmées.
Tout cela a fait tomber bien des préjugés la présence du roi et de la reine dans la modeste chapelle des missionnaires, les témoignag*es de bienveillance et de sympathie qui leur ont été donnés, l'empressement de la reine à leur confier ses enfants adoptifs pour les élever et les instruire, tout cela n'a pas peu contribué à les faire connaître et à dissiper les préventions que les naturels avaient contre eux.
De nombreuses conversions se firent pendant le court règne de Radama et les premiers temps de celui de Rasohérina.
D'après le R. P. Jouen, préfet apostolique, la chrétienté malgache se composait de deux résidences, l'une à Andbhalo, l'autre à Ambohimitsimbina. Elle comprenait six prêtres missionnaires, cinq frères coadjuteurs, trois sœurs de Saint-Joseph de
Cluny et deux écoles, une de filles et une de garçons, qui contenaient chacune plus de quatre cents élèves.
Plusieurs milliers d'indig-ènes suivaient les offices, fréquentaient les catéchismes ou se préparaient au baptême .
Et c'étaient là les résultats de deux ans à peine de dévouement et de travaux apostoliques !...
Les écoles étaient florissantes, surtout par la qualité des sujets ; et quand on sut que le prince Eatahiry en faisait partie, toute la noblesse malgache voulut y envoyer ses enfants, et chaque élève de famille noble se faisait accompagner par un esclave. Les bonnes dispositions de tous ces écoliers faisaient espérer pour l'avenir, et les RE. PP. songèrent même à établir un collège à Tananarive.
Les deux missions de Tamatave et de Mahéla sur la côte Est de Madagascar, c'est-à-dire dans la zone des sables, des fièvres et des pluies, sous un soleil dévorant, ne prospéraient pas moins.
Tamatave est la clef de l'île, le chef-lieu des établissements européens, et cette résidence était appelée à devenir la procure des diverses missions de la Grande Terre.
Cette mission comptait trois pères, un frère coadjuteur et deux religieuses, ainsi que deux écoles. A défaut d'église, les missionnaires avaient transformé en chapelle provisoire un magasin cédé par un des traitants du pays, et chaque dimanche y célébraient deux messes et faisaient deux instructions , la première pour les Malgaches et la seconde pour les Européens.
Mahéla était aussi le centre d'une de nos missions, de même qu'un de nos comptoirs. Les RR. Pèresy avaient créé un établissement sur la demande de M. Liger et sur le vœu manifesté par les indig'ènes.
Il ne fut créé qu'en septembre 1862, mais il est déjà très florissant ; on y compte un très grand nombre de chrétiens, et les Betsimisaraks se convertissent rapidement à la foi cathohque.
Il y a une chapelle à Tanandava, trop petite pour contenir la foule qui accourt aux offices chaque dimanche, et une autre église à Mahéla.
Les Anglais combattirent tant qu'ils le purent les progrès de nos missionnaires.
Le 27 juillet 1865, à l'instigation desRR. Ellis et Griffiths, missionnaires anglicans et méthodistes, la reine Rasohérina, qui avait succédé à Radama, ouvrit une persécution violente contre nos coreligionnaires et les RR. Pères.
On leur suscita toutes espèces de tracasseries pour les écoles, la location des terrains, la construction des églises, tandis qu'on voyait s'élever, sans la moindre entrave,, de superbes temples méthodistes jusque dans la capitale. •
Cet état de choses ne dura pas longtemps.
Par le traité signé, en 1868, entre Ranavalo-
Manjaka et la France, les catholiques ^nt le
droit d'obtenir, sinon en propriété, du moins en
location et par baux à termes indéfinis, les terrains
dont ils ont besoin, et la vérité pourra lutter avec
avantage contre l'erreur, abandonnée à ses propres forces.
Les pères missionnaires se dévouent avec ardeur à la culture de la vigne qui leur est confiée. Les frères des écoles chrétiennes , lés sœurs de Saint- Joseph se multiplient et aident fortement les Pères de la mission. Là vue des efforts que fait le mal pour dominer triple leur force et stimule leur ardeur.
Nous ne pouvons passer sous silence le dévouement , l'abnégation et le courage des RR. pP. Cazet, Finaz, Jouen, Lacombe, Lavigne, Ailloud, Schimpff!, Biron, Etcbeverry, etc., dont le zèle se déploie de mille manières, soit dans les terres de Madagascar, aux miasmes délétères et aux fièvres paludéennes, soit à l'établissenaent de la Ressource.
On dirait que Madagascar est devenu, depuis la mort de Rasohérina, le point de mire de l'erreur. Les anglicans, qui se contentaient d'explorer les côtes, viennent d'envoyer un explorateur à
nanarive ; il y a dans l'île des méthodistes, des
quakers américains, des luthériens de Norwège et de Danemark ; mais les missionnaires catholiques ne se découragent pas, ils n'ont point oublié cette parole du divin Maître : « Jamais les portes de l'enfer né prévaudront contre l'Eglise, » et ils continuent à lutter, pleins d'espérance en l'avenir.
Sackalave joueur de tambour.
VIIT
LE RÈGNE ANIMAL A MADAGASCAR — LE SIMÉPOUNE — LE BABACOUTE — LES REPTILES — LES OISEAUX — LA MINÉRALOGIE — LA FLORE — COUP B'OEIL D'ENSEMBLE
Il nous reste à parler de la faune et de la flore de Madagascar. C'est un sujet intéressant, peu connu du reste, excepté de quelques hardis explorateurs tels que madame Pfeiffer, Barbié du Bocag-e,
Lacaille et Laverdant, qui ont visité et étudié avec soin cette grande terre africaine.
Nous avons déjà plusieurs fois emprunté à ces savants des documents précieux et certains ; mais, pour la flore, nul mieux que le docteur Auguste Vinson n'en a fait une étude plus approfondie, et nous nous aiderons de ses recherchés.
Si on ne trouve à Madagascar aucun des grands pachydermes qui peuplent le continent africain, éléphants, rhinocéros, hippopotames; si les lions et les tigres n'y prennent point leurs ébats, comme dans les jungles de l'Inde ou les rochers de la Libye, on y rencontre Cependant de nombreux animaux particuliers au pays. Ainsi M. Grandidier a découvert et classé seize mammifères , entre autres le/elis ca/ra, VEcMno'ps Mivoitii^ le chéropotame ; dix oiseaux, parmi lesquels le c7wtura Grandidierii, et deux epyornis fossiles, cinq chéloniens, dix-huit sauriens, le pammopMs mahafalensis ^ ophidien, et deux poissons, dont le gohius Grandidierii.
11 y a à Madagascar un petit nombre de quadrupèdes et peu de quadrumanes. Les bêtes féroces y sont rares, excepté pourtant le cbat-tigTe et le chat sauvage, qui y abondent. En fait d'animaux domestiques, le bœuf sert à tous les usages en général, et on en trouve dans l'intérieur des troupeaux de deux à trois mille à la fois, errant en liberté et paissant dans les forêts, les prés, les marécages.
Les vaches sont mauvaises laitières, et cela est dû à la nature des pâturages et peut-être aussi à l'espèce, car ce sont des bœufs à bosse ou bœufs du Cap, de même que les moutons à grosse queue.
Les grimpeurs sont nombreux, et on en trouve de charmants, entre autres celui que les Malgaches et les créoles ont appelé maque ou maki : le poil fauve, rayé ou bigarré de gris ou de blanc, fait une fourrure superbe, et l'agilité de cet animal tie peut se comparer qu'à la célérité et à la légèreté de l'écureuil, mais il est plus gros, et il y en a de
différentes espèces : sa taille est à peu près celle d'un jeune singe.
Le cheval n'est pas originaire du pays, et les quelques animaux de cette race que l'on aperçoit y ont été introduits par les Européens : pas de mulets, pas d'ânes ; les chèvres sont abondantes dans certaines parties de l'île, mais sont à l'état sauvage.
On trouve aussi quelques renards, mais ils tendent à disparaître.
Ainsi l'île est peu riche en mammifères.
Sa faune est caractérisée par les lémuriens, qui lui sont particuliers. Il y a peu d'années, l'aïe-aïe {cheyromys Madagascariensis) était encore peu connu; un seul individu de cette espèce avait été rapporté en Europe par Sommerat à la fin du siècle dernier. M. de Lastelle en a envoyé un à la Réunion ; le docteur Vinson l'a observé et a adressé à l'Académie des sciences un mémoire contenant ses observations.
Depuis cette époque il en a été envoyé à Paris,
Le bain.
à Maurice, à la Réunion, et le muséum de Saint- Denis a reçu un second individu, et possède aujourd'hui un couple de ces curieux mammifères.
Il est très facile même de s'en procurer à Tamatave, où les Malgaches les nourrissent avec du miel et des bananes.
Les singes proprement dits n'existent pas à Madagascar : c'est une preuve de plus en faveur de l'opinion qui attribue à cette île une formation indépendante de celle du continent africain. Les animaux qui se rapprochent le plus des singes sont des animaux du genre indri^ connus dans le pays sous le nom de lahacoutes et de simépomtes. Le maM n'est qu'un lémurien ou singe make [prang maque ou pitJielemur d'après Lesson). La forêt d'Alamazaotra paraît être l'habitation de prédilection des indris. Lorsqu'on la traverse, on entend retentir dans ses profondeurs des cris lamentables, nareils à des voix humaines mêlées de hurlements. Le simépoune ne diffère du habacoute que par sa couleur d'un blanc jaunâtre, par ses
oreilles complètement nues, et par sa queue qui est un peu plus longue. On peut donc lui donner le nom d'indris alhus et lui conserver en français le nom malgaclie de simépoune.
Ce quadrumane a, comme tous les indris, vingt molaires ; il n'a pas d'os métacarpien intermédiaire; ses canines, au nombre de quatre, sont très aiguës ; les quatre incisives supérieures, planes et régulières, diffèrent des quatre inférieures, qui sont inclinées en avant et ont la forme pectinée. La hauteur, la conformation et le volume de son crâne sont semblables à ceux du crâne du babacoute. Son museau , un peu moins allongé, lui donne assez l'aspect des épagneuls king's Charles. Les membres inférieurs sont plus longs que les supérieurs. La taille de l'individu auquel se rapportent ces observations était de quatre-vingt-cinq centimètres. Sa face est nue, la peau qui la couvre est d'un beau noir ; le tour orbitaire , revêtu d'une large paupière garnie de cils, est plus foncé encore, ce qui donne une grande douceur au regard de
l'animal. Le pelage est agréable au toucher, formé de longs poils, laineux comme ceux des lémuriens ; il se redresse et se hérisse sur le haut du front, où sa blancheur contraste avec la face noire qu'il encadre ; les oreilles sont membraneuses, nues, noires, arrondies et minces. Au sommet de la tête, le poil prend une teinte grisâtre. Le dessous des mâchoires, le devant du cou, le creux des aisselles jusque sur les flancs, sont d'un gris mêlé de roux. A partir du milieu du dos, la base des reins, la queue, les membres postérieurs sont d'un blanc lavé de jaune orangé; les mains sont noires et nues , le quatrième doigt est le plus long ; le pouce des membres postérieurs est aplati et très gros. La queue du simépoune a quinze centimètres de long, tandis que celle du haiacoute n'en a que neuf ; ses vertèbres sont plus grosses et plus fortes aussi que celles de ce dernier.
Le simépoune dont je donne une description si exacte, était un mâle assez âgé et avait été tué
dans les branches d'un arbre dont il mangeait les fruits, car il est fructivore et a les mœurs diurnes ; il habite les bois de l'intérieur de l'île.
Des laiacoutes ont, comme le simépoune,, quatrevingt-cinq centimètres de hauteur. Leur face ressemble à celle de la maque et du chien. Les oreilles sont en forme de houppes noires, laineuses et touffues. Sur la tête règne un trapèze blanc, dont le plus petit côté est dirigé en avant. Cette tache d'un blanc pur se continue par une ligne blanche en arrière de chaque oreille et fait place à une bande noire sur l'avant. Cette bande est séparée par un intervalle gris de la face, qui est nue et noire. Le museau est allongé. Le tour orbitaire est noir, la paupière supérieure épaisse, les cils abondants et longs; l'iris est grand, large, d'un jaune clair, tirant sur le vert ; la pupille d'un bleu foncé. Le bandeau frontal est noir, encadre la face, descend sur les mâchoires et, s'éteint en gris. Le dos est d'un beau noir de velours dans toute sa largeur. Cette fourrure couvre comme d'un man-
teau les épaules et la partie supérieure des bras; elle se bifurque au-dessus des reins et forme deux pointes qui se fondent dans le gris des régions iliaques. La partie postérieure est noire avec un triangle blanc dont le sommet est en haut; la face interne des cuisses est noire, le ventre est gris.
C'est sans doute du iabacoute que Flacourt parle quand il donne la description d'un animal à tête ronde et à face humaine, qui a les pieds de devant et de derrière comme ceux d'un singe, le poil frisotté et la queue courte.
C'est un animal fort solitaire; les gens du pays en ont grand'peur et s'enfuient de lui.
Si je me suis étendu longuement sur le simépoune, le maki et le babacoute, c'est que ce sont des animaux entièrement propres à Madagascar et qui en sont originaires. Mais très peu malheureusement supportent une traversée de Madagascar à Mar seille ou tout autre port, car ces animaux sont très délicats et ne peuvent endurer les privations du voyage.
>■ Les caïmans sont très nombreux dans les rivières et les marécages, et on les voit nonchalamment étendus le dos au soleil et plongés à demi dans la vase. Souvent ils font des victimes.
Il y a peu de poisson, cependant on trouve beaucoup de requins. Les récifs de la côte recèlent aussi plusieurs espèces de poissons venimeux dont 'la morsure est quelquefois fatale.
« Un jour, dit M. Ellis, j'entendis pousser des cris de douleur dans la maison voisine de la mienne, et, bientôt après, le chef qui l'habitait m'envoya prier de venir voir sa femme qui soufiPrait beaucoup. La malheureuse criait de toutes ses forces:
tr Je vais mourir, je vais mourir! »
Les voisins étaient assemblés autour de la natte sur laquelle elle était assise. Son mari, qui était à là soutenir, me dit qu'en ramassant du poisson dans les rochers, elle avait été piquée à la main par un petit poisson qu'on .avait pris et qu'on me montra. Il existait trois piqûres au pouce. La main et le bras étaient enflés et décolorés. L'in-
fiammation alla croissant jusqu'au lendemain,
Le palais d'argent à Tananarive.
puis l'enflure diminua peu à peu, et la pauvre femme se rétablit insensiblement. »
Un des animaux les plus redoutés des Malgaches est une grosse araignée noire appelée soiika^ dont M. de Lacombe parle dans son voyage. Elle atteint presque la grosseur des petits crabes connus dans rinde sous le nom de tourlourous ; elle est velue et a trois taches jaunâtres sur le dos; elle ne se trouve heureusement que dans les forêts les moins fréquentées. Sa piqûre est généralement mortelle, car les Malgaches ne connaissent pas d'antidote à son venin.
Une autre, plus petite , est également venimeuse ; on la nomme dans le pays manavoudi , ou cul rouge.
Longue d'environ dix millimètres, elle porte une tache rouge vermillon à sa partie postérieure et une autre de même couleur, mais transversale, sur le devant de l'abdomen. Entre ces deux taches , neuf petits points blancs sont régulièrement disposés sur trois rangées. Les pattes sont fines, la première et la quatrième sont plus longues que les autres.
Les caractères génériques de ces insectes, sous tous les rapports, se rapprochent du latrodecte malmignatte de l'île d'Elbe et de la Corse, et du latrodecte mactans de la Martinique, dont les piqûres sont aussi mortelles.
Quant aux serpents, l'espèce en est aussi variée qu'abondante : les plus gros n'ont pas de venin ; ils rendent même des services en détruisant les rats, qui sont un des sérieux inconvénients du pays, à raison des dégâts et du préjudice qu'ils causent soit dans la campagne, soit dans les habitations.
Un de nos amis eut pour camarade- de chambre, à Foulpointe, un serpent de sept à huit pieds de long et de la grosseur d'une bouteille, qu'il trouva caché sous ses nattes le lendemain matin de son débarquement. Effrayé, il appela des indigènes pour tuer ce reptile, mais ils se contentèrent de le pousser doucement vers la porte avec une baguette, car les Malgaches ont une terreur superstitieuse des [serpents, des crocodiles et autres reptiles, dans la crainte de représailles.
La famille des oiseaux est plus considérable. Parmi les principaux qu'on a remarqués, on peut citer :
Le vourounmaliéré {falco Badama)^ oiseau royal des Hovas ; il est zébré de gris et de jaune en dessous et a quelque tendance à se rapprocher de l'aig-le et du condor.
Le papango {circus Maillao'di), très commun à Tananarive, oiseau de proie, de couleur brun fauve et ressemblant au vautour.
Le perroquet noir [psittactcs vam) ; le cocceyrus ceruleus^ bel oiseau d'un bleu mag-nifîque, nuancé de violet; le coucal (ceniropus pJdlippinensis)] l'effraie {siryx Jlammea)^ oiseau de nuit commun à Tananarive; la colombe ou pigeon bleu [columba madagascariensis) ; l'oie bronzée ou ccibouha des Malgaches, nommée aussi oie sauvage de Mada- ' gascar [anser mê/«%o^o5); plusieurs espèces de sarcelles [anas madagascao'iensis, anas iemieri, anas mduata) ; le jacana marron à nuque blanche {^arra alhinuca), près d'Andévourante ; le plongeon [pœ-
diceps minor), tué à Tananarive, sur le lac de la Eeine. La mouette d'Hartlaub [lams Hartlaubu) ; le souimang-a de Madagascar; plusieurs hérons ou aigrettes [ardea ncssaûa, ardea elegans) ; l'ibis huppé [ihis cristatics) ; plusieurs espèces demartinspêcheurs («Zce^^o cHstaia, alcedo mira) ; un figuier de nouvelle espèce, pris dans la forêt d'Alamazaotra; une petite fringille noire , dont le bec est violet en dessous. Telle est à peu près l'ornithologie de Madagascar.
L'entomologie offre une mine des plus riches à exploiter. Les insectes jouent un rôle important dans l'alimentation des Malgaches ; cependant un voyageur a recueilli un certain nombre de coléoptères parmi lesquels nous pouvons citer les suivants :
Dineutes proximîôs (Aubé) .
Gtenicero nobilis {lllig).
Gaptonia prasina{'B\irm).
Plusieurs autres cétoines.
Apoderus numer alis [OIUy.].
Apoderus camelus (Olliv.), Tophoderes frenatus (Klug).
Lixus dejloratus (Olliv.).
HolonicJius acantJiopus (Cliev.).
Un beau stellognate tacheté.
Eitporus madagascanensis.
Une espèce nouvelle, voisine du molorclms^ et qui doit constituer une famille.
Enfin une foule nombreuse de scarabées à élytres d'un rouge ferrugineux se prélassent sur les badamiers, si nombreux dans l'île.
Les lépidoptères sont nombreux et «variés aussi, et remarquables par la richesse de leurs couleurs : le papillon urania ripJicea de Cramer, le plus beau papillon connu, appartient à Madagascar; on le nomme àTananarive le papillon vert doré, à cause des taches transversales vertes et des splendides reflets d'or qui brillent sur ses ailes diaprées de plusieurs couleurs. On le trouve depuis Tananarive jusqu'à Sainte-Marie ; et, d'après une opinion très répandue en histoire naturelle, ce papillon serait
attaché au mang'iiier dont la feuille nourrirait sa clienille. Mais c'est, je le crois du moins, une opinion erronée, puisqu'à Arnbatoumanga, où il est le plus commun et le plus répandu, le mang-uier est complètement inconnu et n'existe pas.
De Tamatave à Andévourante s'étend une zone sablonneuse et boisée oii les productions lépidoptérologiques sont assez considérables ; mais dès que l'on pénètre dans l'intérieur, la faune se modifie et s'agrandit considérablement. Entre autres endroits où les papillons sont abondants, on peut citer la forêt d'Alamazaotra, où l'œil se lasse aies suivre et où l'on trouve en grand nombre les chenilles les plus variées, autant par leurs couleurs que par la disposition des poils dont elles sont revêtues; ensuite les bois qui couvrent l'intérieur de la chaîne des Ang-aves.
Les forêts de Mahadilou et les environs de Maraoumbé renferment aussi beaucoup de lépidoptères, surtout le beau papillon bleu appelé Rad^ama.
Les mœurs des lépidoptères subissent à Madagascar l'influence des circonstances atmosphériques. Le matin, pendant que. d'épais et froids brouillards enveloppent ces contrées marécageuses si redoutables aux Européens, et les couvrent cpmme d'une fumée blanche, tout dort ou se cache sous le sombre et humide feuillage; mais dès que le soleil éclate dans sa violence tropicale, lu forêt, le sentier, le lit du torrent, se peuplent de papillons aux vives couleurs, au vol léger, qui se livrent à tous les ébats d'une joie folle, se recherchant, se fuyant, se poursuivant et tourbillonnant dans les airs comme des flocons de neige colorée.
Si l'emploi alimenlaire des chenilles et des chrysalides excite notre répugnance, nous devons un juste tribut d'éloges au parti que les Hovas ont su tirer de leurs vers.
Nul pays ne semble mieux doué pour la sériciculture. Les Hovas ont naturalisé à Tananarive le mûrier et le ver à soie de la Chine ; ils en font un objet d'industrie et de commerce susceptible
Forge malgache.
d'un grand développement. Mais la soie destinée à devenir la plus abondante dans l'île est celle qu'ils nomment landy^ et qu'ils retirent de la chenille de l'ambrevatte; elle est lourde, sans brillant, mais extrêmement forte. Elle sert à tisser une étoffe d'une solidité remarquable, et on assure que les pièces de cette soie, exhumées, depuis des siècles, des tombeaux où elles enveloppaient les morts, n'avaient rien perdu de leur solidité.
La chenille qui produit cette soie a six centimètres de long- ; elle est de couleur marron et brun foncé; à la limite de la face dorsale et de l'abdomen, à la naissance des pattes, elle est bordée d'une raie rougeâtre; elle est formée de douze segments et a huit paires de pattes : celle de devant est rouge comme le ventre ; elle est parsemée de piquants noirs et porte sur le dos, près de la tête, quatre épis dont le tour est d'un jaune fauve et le centre d'un bleu d'acier. Ces piquants se hérissent quand l'insecte est irrité. Cette chenille vit sur l'ambrevatte et. sur le goyavier ; mais
sa soie est plus abondante et plus forte lorsqu'elle est nourrie avec la première de ces plantes. Le cocon est d'un jaune grisâtre, ovale et long* de cinq centimètres sur huit de circonférence; la chrysalide est grosse, de couleur marron et se mange à Madagascar.
On peut ranger le papillon qui en sort dans la classe des bombyx. Les Hovas ne dévident pas le cocon, ils le cardent et le filent, après l'avoir fait bouillir pour enlever tous les poils dont la chenille, en se dépouillant, hérisse son linceul. La soie est d'un gris clair, mais on la teint souvent : le rocou et le natte donnent le rouge ; le safran, le jaune; l'indigo, le bleu; le safran et l'indigo, le vert ; pour obtenir le brun, on enfouit la soie dans les marais, et la vase lui donne sa couleur.
Le domaine de la minéralogie est fort riche à Madagascar. Sur la côte orientale, la zone voisine de la mer est sablonneuse et composée de débris variés où le quartz domine.
A partir de Maratoumbé, le sol change d'aspect ;
l'arg-ile succède au sable, des collines boueuses s'arrondissent de toutes parts, et l'action des dépôts commence à se faire sentir; les gris jaunes ne tardent pas à paraître. Vers Ranoumafana, l'oxyde de fer, uni au grès dans de fortes proportions, lui donne un aspect rougeâtre très remarquable. Dans la forêt d'Alamazaotra, le quartz devient rare ; la terre argileuse est toujours colorée par l'oxyde de fer; les roches basaltiques, rares jusque-là, apparaissent en assez grand nombre.
Le bassin de la plaine d'Ankaïe est formé de coucbes de sédiment, riches en débris fossiles. Le sable du Mangourou et de ses affluents est rempli de mica. Aux environs dè Tananarive, les roches de granit se montrent dans toutes les directions et forment des masses énormes. Le bloc d'Ambatoumanga est une magnifique roche de granit bleu et de grès blanc et gris dont les stratifications se détachent en blocs aplatis et rég'uliers. Employé par les Hovas pour la construction de leurs tombeaux, ce grès est très riche en mica et a la dureté
du ciment lorsqu'on le fait sécher après l'avoir détrempé.
A Bourbon, les habitants l'emploient pour construire des terrasses, des murs, des maisons et surtout pour fabriquer leur poterie, que l'on a trouvée plus fine etplus belle que cellequi vient d'Europe.
L'aspect g-éologique de Madag-ascar est loin de confirmer une opinion assez accréditée, et d'après laquelle cette île aurait été formée par des soulèvements peu postérieurs à l'époque de la formation de la chaîne de l'Afrique orientale.
L'action ig-née a laissé à Madagascar des traces marquées par des volcans éteints et de nombreux rocs basaltiques, tandis que la présence fréquente du quartz et des couches stratiformes dénote l'action aqueuse. Cette île appartiendrait donc aux terrains de formation mixte ou pluto-neptunienne.
Elle paraît être d'un âge fort ancien, puisque le granit, le gneiss et le micaschite s'y montrent en grande abondance, et qu'elle présente ainsi à sa
surface les terrains dont se composent les couclies les plus profondes de la croûte terrestre.
La flore de Madagascar est extrêmement riche. Après dix années passées à étudier celle de Maurice, de Madagascar et de Bourbon, Dupetit- Thouars disait qu'il lui faudrait encore dix années pour connaître la flore de la grande île africaine.
Commerson, dans une lettre à Linné, représentait Madagascar comme la terre promise des botanistes. Cette belle nature, au milieu de laquelle il contracta les germes de la mort, avait frappé au plus haut point son imagination, bien qu'il eût déjà fait le tour du monde avec Bougainville.
Qu'auraient pensé ces deux savants s'ils avaient pu pénétrer dans les formidables et magnifiques forêts de l'intérieur de l'île ?
Quel botaniste pourrait énumérer ces beautés nouvelles, ces espèces et ces genres inconnus, qui fourniraient plusieurs volumes ?
Ces palmiers variés qui s'élancent d'un jet jusqu'au faîte de la forêt pour y déployer leur pa-
nache orgueilleux, ces pandanus d'espèces nouvelles, ces dracœnas encore ignorés, et tous ces végétaux dont l'élégant feuillage,- les fleurs délicates attirent l'attention des plus ignorants, n'appellent-ils pas notre admiration?
Le bambou-liane, qui entoure les plus grands arbres de son feuillage lancéolé, comme des couronnes superposées qui vont en s'amoindrissant, puis se recourbent et retombent gracieusement vers la terre; le rafîa, dont le cœur se mange comme celui du palmiste, et dont les feuilles fournissent les fils avec lesquels on tisse les rabannes ; l'arbre du voyageur, le copalier qui fournit la g'omme, la liane à caoutchouc, le ciperus-papyrus qui sert de toiture dans certaines parties de l'île, les bois.de construction, d'ébénisterie et de luxe, les plantes alimentaires et autres, les plantes d'ornement, foisonnent sur cette terre privilégiée, qui nourrit à sa base tous les végétaux des contrées tropicales, et à son sommet ceux des régions tempérées.
MADAGASCAB.
Madagascar est surtout riclie en plantes médi-
Cataractes du Fihérénane.
cinales, et les indigènes usent largement de quelques-unes d'entre elles ; mais toute leur pliarma-
copée est impuissante contre les fièvres qui, à certaines saisons de l'année, désolent le pays, surtout près des côtes, et qui enlèvent aussi bien les habitants de l'île que les étrangers. La cause de ces fièvres est l'extrême déboisement dont Madagascar a été le théâtre, et la présence des nombreuses rizières qui occupent le fond de toutes les vallées des provinces intérieures.
Une seule nuit passée à terre suffit pour mettre le blanc ou le Hova des hauts pays aux prises avec cette maladie, qui n'est pas dangereuse, mais dont la continuité finit par assoupir l'activité morale et physique.
L'hivernage, ou saison des pluies, des orages et des plus grandes chaleurs, duré depuis décembre jusqu'en mai; février et mars sont les mois où les Européens sont le plus exposés à la mahgnité du climat.
Ce n'est pas cependant que l'assainissement soit impossible.
Une colonisation sérieuse et faite sur une grande
échelle parviendrait à changer sur ce point la nature des choses. Des travaux de dessèchement et l'ouverture de quelques-unes des rivières barrées par les sables rendraient à l'île toute sa salubrité.
Vers 1808, trois créoles actifs et intelligents de Maurice, MM, Pétizeau, Cornet et Fressange, proposèrent au gouverneur général Decaën de se charger du dessèchement des marais de la côte, depuis le cap Bellone, au nord du cap Sainte-Marie, jusqu'à la rivière de Jéna, à l'entrée du pays des Antatchimous.
Ils demandaient mille esclaves qu'ils auraient gardés en propriété pour prix de leur travail, après son achèvement complet. Mais leur projet ne fut pas adopté, car c'était pendant les guerres de l'Empire.
Dans une adresse envoyée en 1845 au roi Louis- Philippe, le conseil colonial de l'île Bourbon disait à propos des fièvres de Madagascar :
« La cause de ces fièvres peut être facilement amoindrie ou paralysée ; les forêts abattues , les
terres défrichées, l'écoulement artificiel des eaux, rendraient les côtes de Madagascar aussi saines que celles de Bourbon. »
Et d'ailleurs, est-ce que le génie de la civilisation a jamais reculé devant la fièvre?
L'insalubrité des Antilles est bien autrement meurtrière, et vingt colonies remplissent le golfe du Mexique.
Aucune île n'a atteint à un degré plus élevé de richesse que Saint-Domingue, avant sa fatale et terrible révolution , et cependant une peste redoutable semait incessamment la mort parmi ses habitants. Cayenne et la Guyane n'en restent pas fermées à notre industrie par cela seul que la fièvre y règne. Ces établissements, au contraire, se développent chaque jour, et devant eux s'ouvre le plus brillant avenir.
Java, sous un climat funeste aux Européens, grandit sans mesure ; avec Java la Hollande a une source de richesses qu'elle n'échangerait pas pour la Belgique. Grâce à l'admirable persévérance des
Hollandais, Batavia est aujourd'hui le centre du commerce et de la civilisation dans l'archipel asiatique.
Pour aucun peuple du monde, l'insalubrité du climat n'a été une cause de retraite et de découragement. Le génie de l'homme s'attaque au climat lui-même, et par la persévérance de ses efforts, par une heureuse combinaison de travaux, il parvient à le modifier et à l'assainir.
Ainsi les fièvres endémiques dans plusieurs départements delà France, notamment dans le département de la Charente-Inférieure et dans la Sologne, sont devenues plus rares, ou ont disparu sous l'influence des défrichements ou des irrigations qui préviennent la stagnation des eaux.
On peut donc dire, sans craindre de se tromper, que Madagascar est la reine des côtes africaines, un joyau précieux pour la nation qui pourra s'y établir en souveraine. Les Anglais en ont bien compris l'importance, eux, et, parleur politique adroite
et leur diplomatie cachée et voilée sous les appa-r ' renc3s du désintéressement, ce sont les plus rudes adversaires que nous ayons à combattre.
Ils ont déjà trouvé le moyen d'avoir la possession entière du canal .de Suez. Les Français ont conçu et exécuté ce gig-antesque travail du percement de l'isthme, M. Ferdinand de Lesseps y a sacrifié son temps, ses veilles, son génie, une partie de sa fortune, et y a certes acquis une gloire méritée par tant de succès ; il n'a vu qu'en frémissant de rage nos voisins d'outre-Manche libres possesseurs de ce passage qui lui avait tant coûté d'efforts et par lequel il espérait nous donner un jour l'empire des mers des Indes et de la Chine.
Outre Suez, l'Angleterre possède l'île de Périm, qui commande l'entrée de la mer Rouge ; elle a un port à Aden ; elle est maîtresse de Malte, de l'île de Chypre. Elle a bien certainement en vue des projets sur la grande île africaine, si riche en mines métallurgiques et houillères, et sur laquelle la France a des droits incontestables.
MIDAGASGAR.
Les i\.nglais, comme les anciens Carthaginois, veulent s'assurer l'empire des mers, que seule la France pourrait leur disputer avec l'Amérique, et ces Carthaginois modernes ont envie de Madagascar, les journaux de la Eéunion et de Maurice le font assez entendre.
Aujourd'hui les missionnaires anglicans ou protestants, qui disposent de l'or et de l'appui de l'Angleterre, occupent sérieusement le pays. Leur but est de détruire les missions catholiques qui font l'influence française, pour y substituer l'influence anglaise avec le protestantisme..
L'argent de Londres est employé à une propagande effrénée et à la persécution contre tout ce qui est catholique, et par conséquent français.
Des imprimeries sont installées à Tamatave, à Tahanarive , à Foulpointe ; des livres sont distribués à profusion, et les enfants, catholiques ou non, sont forcés d'aller dans les écoles protestantes, tout comme s'ils étaient sous le régime de la loi Ferry. Un célèbre missionnaire protestant
a dit : « Les enfants sont traînés à l'école et les parents au temple, et si nous n'avons pas un christianisme à la baïonnette, nous avons quelque chose d'approchant. »
L'instruction à Madagascar a été déclarée, obligatoire, par suite de la pression des Anglais sur la cour d'Emirne ; les écoles catholiques et protestantes ont donné leurs listes, mais tout est remanié à huis clos au palais par les missionnaires protestants, et les enfants sont rivés à telle ou telle école, selon le bon plaisir des Anglais. Si les parents osent protester, ils sont persécutés ; les faits à l'appui ne manquent pas.
On n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, les articles de l^Malh de la Réunion (de 1877 à 1882).
Tous les Français, d'ailleurs, ont à se plaindre. La violation du secret des lettres a lieu si souvent, que le consul français a dû se charger du service postal pour ses nationaux. Le gouvernement local ne respecte plus la France, les traités, et ce gouvernement est ouvertement soutenu par l'Ang-le-
Paysage de Madagascar.
terre. Les actes violents ou atroces contre des Français sont fréquents ; mais les coupables jouis-
sent de l'impunité, et le second gouverneur de Tamatave a osé demander à un de nos officiers si notre pays, après nos défaites, avait le droit de s'appeler encore la France !...
L'article IV du traité entre la France et le gouvernement nous donne le droit de posséder des immeubles. Pourtant, en fait, si un Français veut acquérir un lopin de terre, il est forcé de passer l'acte au nom d'un sujet britannique complaisant.
Et, pourtant, tout est français à Madagascar!... Fort-Daupliin et Fort-Choiseul, Foulpointe^ Mabéla. Deux fois nous en avons pris possession, et la monnaie y est encore française.
• L'indijïérence du gouvernement français laisse péricliter cette belle possession. L'île occupe dans la mer des Indes une position remarquable et d'une très grande importance. Elle commande la côte orientale de l'Afrique en surveillant la navigation du Cap, de l'Inde et de la Ciiine ; c'est im
fort bâti par la nature ; elle est riche en minerais, en forêts, en troupeaux, en produits précieux, ainsi que nous l'avons démontré plus haut.
Puisque la station navale des côtes orientales de l'Afrique est rétablie, qu'on envoie donc nos vaisseaux à Tamatave, au lieu de les promener à Zanzibar, à Mozambique, dans le golfe Persique, à Mayotte et Nossi-Bé, où il n'y a pas grand'chose à faire.
A Madagascar, Catholique est synonyme de Français. Mais le gouvernement civilisé de MM. Grévy et Gambetta, qui persécute les prêtres en France, les tolérera-t-il dans nos possessions de l'Afrique, où les persécutent Ranavalo-Manjaka et son gouvernement sauvage? Les Anglais aident lesHovas à nous dégoûter de Madagascar, en nous en rendant le séjour impossible.
Aurons-nous la honte d'y voir un jour flotter le drapeau des îles Britanniques comme au Canada, à Maurice et dans l'Inde, qui nous avait presque entièrement appartenu ?... Notre devoir est de
signaler ce péril au gouvernement, en lui damandant d'étudier cette question si importante.
A la fin de février 1880, les rapports étaient fort tendus entre le consul français et le gouvernement ho va. Le consul anglais négociait alors avec ce dernier une cession de huit mille fusils, cession à laquelle s'opposait notre représentant à Tananarive.
Nous avons déjà parlé de l'attitude de M. Cassas, successeur de M. Laborde, et de ses efforts pour maintenir nos droits sur le pays. Ce n'était pas facile de faire entendre la voix de la France dans un pays où l'or anglais dépensé à profusion avait acquis une influence prépondérante, malgré les efforts des RR. PP. Jésuites, qui avaient été les seuls jusque-là à rappeler aux Malg-aches qu'au delà des mers il y avait une France, et à leur apprendre à l'aimer, en leur faisant partager sa croyance religieuse. Au bout de quelques mois, devant l'hostilité bien déclarée du gouvernement hova, M. Cassas vint se fixer à Tamatave, cédant
la place aux Anglais, et en référa au ministère des affaires étrangères. En juin 1880, il recevait une réponse. Le commandant de la Cloclietterie, M. Vallon, arrivait à Tamatave et, dans un dîner officiel, déclarait : « que tout ce quQ la métropole demandait était le maintien du statu quo, qu'elle désirait maintenir la paix et les relations existantes, et cela à tout prix. » A tout prix ! ! ! c'està-dire au mépris de tous les traités de garantie des intérêts français , au prix de la sécurité de nos nationaux et de l'avilissement de notre pavillon!!!... M. Cassas protesta avec dignité, en déclarant que, quoi qu'il en fut, et tant qu'il représenterait la France à Madagascar, il était décidé à revendiquer avec énergie nos droits toutes les fois qu'ils lui paraîtraient méconnus.
Depuis lors, M. Cassas a été remplacé à Tananarive et envoyé à Hong-Kong. C'était une véritable disgrâce.
Le départ de ce fonctionnaire est une ratification donnée par le gouvernement républicain à une
MADAGASC4lR.
politique d'abaissement et d'humiliation. Devant un oubli aussi complet de la dignité de la France, il n'est pas étonnant que l'Angleterre, peu soucieuse de respecter nos droits incontestés, alors que nous ne faisons rien pour les maintenir, songe à se faire céder par les Hovas le port de Madjunga : la cession de ce port, si elle a lieu, sera pour eux la pierre d'assise d'un nouvel empire des Indes, dont nous ne pourrions plus les déposséder que par une guerre .
Ce serait là un nouveau titre de gloire à l'acquit du gouvernement de la République opportu niste, ajouté à tant d'autres ; ce serait consacrer la ruine de nos colonies de Sainte-Marie, Mayotte et Nossi-Bé; car, sous le prétexte d'empêcher la traite des noirs, l'Angleterre entraverait toute immigration de travailleurs de la côte d'Afrique vers nos' colonies, alors qu'elle tolère ouvertement la traite des esclaves à Anjouan et Mohéli, colonisées par leurs nationaux.
Alors, devant toutes ces ruines accomplies par
son acquiescement à la politique anglaise, le gouvernement républicain pourra dire qu'au Tong-Kin comme à Madagascar il n'a pas laissé à ses successeurs une seule faute à commettre.
Un seul mot pour terminer cette étude sur la grande île africaine. La France ne commettra pas, nous l'espérons, la faute de laisser prendre aux Anglais pied dans l'île ; ce serait, nous le répétons, en détruire pour toujours la vitalité, anéantir nos espérances de colonisation, renoncer à jamais à l'espoir de voir Madagascar chrétien et français.
Oui, il est indispensable que Madagascar soit français, ou, tout au moins, sous le protectorat de la France.
C'est le seul moyen d'arrêter l'envabissement toujours croissant de la puissance maritime, de la richesse commerciale et industrielle anglaises, de la prospérité orgueilleuse de ces insulaires.
Voilà deux siècles que nous travaillons à civiliser les Malgaclies ; faudra-t-il donc abandonner aujourd'hui le fruit de tant de peines et de tant de travaux, de tant d'or dépensé!... Madagascar catholique, je le répète, est ou plutôt sera entièrement français. Si le gouvernement républicain oublie les intérêts de la France et de la religion, ce doit être aux catholiques de veiller à la propagation de la foi dans ce pays si riche, si plein de ressources et d'avenir.
L'avenir en effet, pour l'Afrique orientale et occidentale, est entièrement entre les mains des missionnaires. Avec l'aide de Dieu et les secours des fidèles, avec leur dévouement, leur zèle infatigable, ils feront plus que l'or des méthodistes et des quakers jeté avec profusion pour étouffer le catholicisme, et un moment viendra où l'on verra luire en traits de feu la vérité, c'est-à-dire, la religion catholique dans toute l'étendue de l'empire des Ho vas.
Alors Madagascar sera réellement français et
deviendra le point d'où partiront de nouveaux François Xavier à la conquête des infidèles,, et où rayonnera le. Catliolicisme, aujourd'hui persécuté .
Embarcation d'un pilote.
ARRIVÉE A SAINT-DENIS — L'ILE BOURBON : SA SITUATION GÉOGRA- PHIQUE,' SON SOL, SES COURS D'EAU, SON CLIMAT — MÉTÉOROLOGIE
Lorsqu'on arrive en rade de Saint-Denis, le spectacle que présente la capitale de l'île Bourbon est ravissant.
Au premier plan, c'est la jstée du Baracliois,
l'fLE BOURBON.
derrière laquelle se dressent le mât et les cordages multiples du pavillon ; tout à côté, c'est le bâtiment de la Douane ; plus loin, au coin d'une rue, l'agence du débarquement ; entre les arbres, le belvédère du gouvernement. Au second plan , on voit la cathédrale et son petit clocher, la lanterne de l'hôtel de ville et le magnijSque hôpital militaire, se dresser au-dessus des constructions environnantes. Tous ces monuments sont entremêlés de maisons plus modestes, mais également disposées; des groupes d'arbres égayent le paysage. Sur la jetée, circulent une foule de blancs et de noirs.
Le cadre est digne du tableau. Au-dessus de Saint-Denis est la montagne du Brûlé, que dominent d'autres élévations dont la cime se cache dans les nuages. A droite, en venant de la mer, le cap Bernard avance dans l'eau sombre ses pittoresques entassements de roches , et protège contre le vent la caserne à l'indienne entourée de jardins, qui se couche à ses pieds. A gauche, sous
l'jLE BOURBON.
les monts, des plaines en pente douce s'étagent et descendent jusqu'à la mer. Il j a là Sainte-Clotilde, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, dont le phare se baigne dans la mer.
Le débarquement s'opère avec facilité, bien que la rade de Saint-Denis soit des moins agréables; en effet, la mer y est rarement calme ; des requins nombreux la parcourent. Les navires qui y mouillent n'y sont point à l'abri ; ils sont soumis à un tangage perpétuel de l'avant à l'arrière. Aux premiers symptômes d'un prochain orage, ils sont forcés de quitter la rade, la lame, venant du large et n'étant repoussée par aucun obstacle, les ferait chasser sur les ancres et s'entrechoquer, ou les jetterait à la côte. •
Chaque année, au commencement de l'hivernage, c'est-à-dire de la saison d'été, pendant laquelle les ouragans sont fréquents, un arrêté du capitaine de port fixe aux navires le lieu du mouillage. Dès qu'ifh ouragan se prépare, un pavillon est frappé au sommet du mât du Barachois,
l'île BOURBOiN.
et le canon fait entendre sa voix solennelle. Si quelque navire alors s'obstine à demeurer en rade, il en est chassé à coups de canon.
Tous les dictionnaires nous apprennent que l'île Bourbon est située dans la mer des Indes, sous le 2P degré de latitude sud et le 53" deg-ré de longitude est ; qu'elle est à trente-cinq lieues marines de l'île Maurice, à 140 de Madagascar, à 300 de la côte orientale d'Afrique, à 680 du cap Comorin, à 1,120 du cap Cuvier en Australie, à 3,205 de- Brest.
La traversée, par la voie du Cap, est de trois mois à trois mois et demi ; par Suez, on l'effectue en trente jours.
L'île Bourbon est de forme elliptique ; elle s'exhausse autour de deux montagnes, nommées le Piton- des-Neiges et le Piton-de-Fournaise, dont la première est à 3,069 mètres au-dessus du ûiveau de la mer, et l'autre à 2,625 mètres. Sept autres montagnes dominent Bourbon. Ce sont, par ordre d'élévation : le Grand-Bénard, le Morne-de-l'An-
Saint-Denis et le cap Bernard.
l'île BOURBON.
g-evin, le Pic-de-Cimandef, le Piton-Bleu, les Pitons de la Grande-Montée, de Villers, d'Aurère et de Pàtates-à-Durand.
Dans la partie orientale de l'île, entre la plaine des Osmonnes et la plaine des Remparts, s'élève le Piton-de-Fournaise. Ce volcan se divise en deux cimes, creusées chacune par un cratère dont un seul brûle encore. Les coulées de laves, circonscrites entre deux ravins, se dirigent vers la mer. Cette partie de l'île se nomme lé Grand- Brûlé. Des éruptions considérables ont eu lieu en 1775 et en 1800.
L'aspect du pays brûlé est des plus tristes. Une immense nappe de lave s'étend sur le sol, morne, terne et grise. Des brins d'herbes montrent çà et là quelques plaques d'un vert noirâtre.
De la pointe d'Ango à la pointe des Galets, Bourbon a 70 kilomètres de longueur ; dans sa plus grande largeur elle en a 50.
Le sol est divisé en trois zones. La région élevée ne produit que des mousses, puis viennent les
l'île BOURBON.
foug-ères, les palmistes. La région du centre est couverte de forêts que l'on a eu le tort de déboiser. Les noirs marrons et les petits créoles qui se réfugient dans l'intérieur des terres ont une manière de défricher qui peut sembler très pittoresque, mais qui n'est guère conçue selon les lois de l'économie politique. Ils mettent purement et simplement le feu aux arbres, et n'arrêtent l'incendie que lorsqu'ils ont obtenu un terrain d'une étendue suffisante. Ce terrain une fois épuisé, ils recommerîcent sur un autre point. Or, dans le centre, les éléments substantiels du sol se réduisent à une couche d'humus sans consistance, qui glisse facilement sur le sous-sol et dépouille promptement le terrain de sa partie cultivable, car ce terrain ne tarde pas à se dessécher, et devient une poussière que les vents portent au loin. Les pentes du Cimandef, les plaines des Sables, des Merles, des Fougères, les vallons des Salazes, une partie des réserves domaniales de Saint -Philippe , et nombre d'au-
l'île BOURBON.
très points, sont devenus la proie des dévastateurs.
L'île Bourbon a de nombreux cours d'eau, parmi lesquels méritent d'être mentionnées les rivières de Saint-Denis, des Pluies, de Sainte-Suzanne, du Mât, des Roches, des Marsouins, de l'Est, des Galets, de Saint- Etienne et du Rempart. Trois ou quatre ponts, souvent emportés, souvent reconstruits, en permettent le passage. Généralement, on les passe à gué. La rivière Sainte-Suzanne est navigable en bateau sur un petit parcours ; une cbute d'eau de cinquante mètres de hauteur lui a fait une petite réputation.
Presque toutes ces rivières n'ont vraiment de l'eau que pendant la saison des pluies ; le reste du temps, on peut, sans trop les offenser, les nommer des .ruisseaux.
Elles fournissent d'assez bons poissons, la chiite et le poisson pla(^ inconnus en Europe; en outre, l'anguille et une infinité de petites bêtes du genre goujon.
l'île BOURBON.
L'étang- de , Saint-Paul reçoit les eaux du Bernica et communique avec la mer par un canal bordé d'une belle promenade plantée de rosiers. Les autres sont les étangs de Gol, de Saint-André, de rilette à Patience et la mare à poules d'eau, à Salazie.
Salazie, vaste cirque entouré de montagnes, est . renommée, ainsi que Mafatte et Cilaos, poup ses eaux thermales.
Le climat de Bourbon est beaucoup plus doux que ne pourrait le faire supposer sa situation sous la zone torride. La moyenne de la chaleur est de 24 degrés. Les nuits sont fraîches. La brise de mer qui souffle pendant la journée diminue sensiblement cette chaleur. Les maisons sont bâties de façon à rendre supportables les heures brûlantes du milieu de la journée. è
L'hiver et l'automne. sont inconnus à Bourbon. L'année est divisée en deux saisons : l'hiver, qui correspond assez bien pour la température à notre mois de juillet, commence en mai et finit en octo-
bre ; l'hivernage, saison des pluies, de la chaleur et des ouragans, commence en octobre, finit en avril. , ' ■
En juillet et en août, l'on récolte les pistaches, l'arrow-root, le gingembre, le safran, l'igname et les ambrevades. Le thé se récolte en novembre.
C'est pendant l'hivernage , c'est-à-dire l'été , qu'ont lieu, dans la région des tropiques, ces ouragans si souvent décrits que l'on appelle, à Bourbon, cowps de Dent ^ et dont le nom scientifique est cyclone ; ce sont des tourbillons de plus ou moins grands diamètres, dans lesquels le. vent augmente de tous les points de la circonférence jusqu'au centre, où règne un calme d'une étendue variable.
Lorsqu'un ouragan est près de se déclarer, la mer rugit sourdement, bouillonne et forme des ras de marée; le soleil, semblable à un bouclier de cuivre rouge, incendie le ciel de ses rayons. Un calme profond règne dans la nature ; la chaleur diminue, les premières rafales s'abattent sur la
l'île BOURBON.
terre et se succèdent alors avec une rapidité sans égale. Arbres, maisonnettes, récoltes, moissons, le tourbillon emporte tout ; il soulève d'énormes toitureg et les transporte au loin. Une pluie torrentielle fait déborder les rivières et inonde les terrains bas. La mer se rue avec violence contre les rochers, et lance ses vagues mugissantes à cinquante mètres au-dessus de son niveau habituel.
Un phénomène météorologique très curieux est celui qui se présenta dans la nuit du 13 au 14 novembre 1866,
Vers neuf heures, un globe de feu, laissant derrière lui une traînée lumineuse, parcourut le ciel de l'est à l'ouest et vint se déchirer au-dessus de la montagne en gerbes de fusées. Dès lors, une véritable pluie d'étoiles se déclara. « A trois heures du matin environ, dit un journal de l'époque, le phénomène atteignait son apogée. La voûte céleste était, dans toute son étendue, traversée par un merveilleux bouqiiet de fusées aux
l'île BOURBON.
vives couleurs; les astéroïdes roulaient comme des îlots d'étincelles de l'orient à l'occident; parfois des globes de feu dominaient le milieu de la neige ilmnboyante ; on aurait dit les flammèclies d'un incendie que le vent emportait en tourbillons. »
Le Barachois à Saint-Denis.
Jî
BOURBON : SES ANIMAUX — LA RÉCOLTE DU SUCRE — LE CAFÉ, LE TABAC, LA VANILLE — POMOLOGIE — LE FILAOS — L'EUCALYPTUS — LE BOIS PUANT
Quelques mots sur les races animales qu'on rencontre à Bourbon.
l'île BOURBON.
De toute la race féline, le cliat excepté, il n'existe dans cette île aucun spécimen.
Les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames n^ foulent point aux pieds les arbres des forêts.
Aucun reptile ne se cache dans les fleurs de cactus ou delà jamrosa. Les serpents sont inconnus à cette colonie. L'on n'y rencontre ni le boa, ni le cobra, ni le serpent corail, ni. le crotale, ni le bothrops,- ni la vipère, ni même la couleuvre la plus inoffensive. Dans les bois apportés de l'Lide et dans les blés venant de Madagascar, il a dû s'en glisser plus d'un. Mais, paraît-il, ils mouraient en touchant le rivage, car jamais on n'a pu acclimater cette horrible engeance... Et personne ne s'en est plaint.
Mais les araignées y pullulent. Il y en a dé toutes les formes , de toutes les grosseurs , des bleues, des vertes, des noires, des jaunes, des rouges et des blanches ; des rondes, des oblongues, des plates, des velues et des glabres. Cependant,
l'île BOURBON.
r araignée-crabe et l'araignée écarlate de Maurice manquent à la collection.
Les singes n'habitent pas Bourbon.
Hommes dégénérés ou embryons humains, ces quadrumanes se rencontraient seulement a*u Jardin du Roi, où l'on en possédait autrefois quelques douzaines.
Les tangues sont de petits hérissons qui vivent dans les bois. Les noirs sont très friands de leur chair musquée, et la chasse aux-tang'ues est une des occupations favorites des noirs marrons.
A propos de marrons, tout est marron dans la colonie. Il y a les noirs marrons, les cabris marrons, les porcs marrons, les chiens marrons et les fruits marrons.
Ce vocable signifie sauvage, et on l'applique à tout ce qui vit en liberté, sans entraves; à tout ce qui mûrit sans fumier, sans serre-chaude, sans jardinier.
L'élève du bétail est à peu près nulle dans la colonie. Ses bœufs et ses vaches viennent de Mada-
L^lLE BOURBON.
gàscar; ses chevaux, de Batavia; ses porcs et ses ânes, de l'Inde. La raison est que l'île n'a pas de terrains consacrés aux pâturages. Aussi, le lait, le beurre, la viande de boucherie y sont-ils très chers.
Le poisson et le gibier sont abondants. Ce dernier, est de petite espèce, d'un goût médiocre : il n'est pas à la mode. Le poisson est délicieux, surtout celui qu'on nomme le gouramié^
On estime la superficie des terres cultivées de l'île Bourbon à 400,000 hectares, dont un huitième — pour ne pas dire plus — est consacré à la culture de la canne à sucre. La colonie compte plus de cent sucreries, dont la plupart fonctionnent à la vapeur. Viennent ensuite, par ordre d'importance, les caféries, les girofleries et les guildiveries, ou fabriques de rhum.
La récolte de sucre a donné à une certaine époque près de 80 miUions de kilogrammes de sucre ' en une seule année. Aujourd'hui, cette récolte est diminuée d'un tiers au moins. Comme les bénéfices
l'île BOURBOx^î.
que donne la canne sont supérieurs à ceux qu'atteignent les autres produits, quantité de propriétaires ont détruit leurs plantations primitives pour se livrer exclusivement à la culture de la canne à sucre. Le terrain s'est promptement épuisé. Une maladie a frappé le roseau, un insecte, nommé doTei\ s'est glissé dans la canne qu'il dessèche, et depuis lors les sucreries de Bourbon sont en proie à une crise périlleuse.
Ce végétal est un roseau noueux, d'une couleur rougeâtre à l'extérieur, blanche à l'intérieur, et rempli d'une moelle spongieuse qui sert de réceptacle à un jus sirupeux nommé vesou, et qui, concentré et solidifié, forme le sucre.
Les reste» de la canne, moelle, feuille et écorce, une fois séchés, se nomment hagasse.
On s'en sert pour entretenir le feu des sucreries. Si bien que ce faible roseau fournit en même temps un produit alimentaire de grande valeur et un combustible de bonne qualité et peu coûteux.
Il faut à la canne dix-huit mois pour mûrir.
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La récolte se fait promptement, afin que le roseau • n'ait pas le temps de sécher avant sa manipulation.
La canne à sucre fut introduite à Bourbon, il y a un demi-siècle, par le vénérable Charles Desbassayns, bienfaiteur de la colonie, chef d'une des familles les plus respectées, les plus aimées du pays.
Le café était autrefois le principal produit de Bourbon, oii l'on comptait près de cinq cents caféries.
Vers 1710, on découvrit dans l'île des plants de café marron^ et cinq ans plus tard le capitaine du Fougerais deGarnier, selon les uns, le capitaine de la Boissière, suivant les autres, y apporta des plants de café pris à Moka.
Cet arbuste aux feuilles luisantes croît à l'ombre des grands arbres; le soleil le tue. Il produit une fève séparée en deux lobes , qui est le café. A juste titre, le café de Bourbon passe pour être le premier après celui de l'Arabie, *et, dans la colo-
Au bord de la mer.
l'île BOURBON.
nie, celui de Saint-Leu est cité comme préférable à tout autre.
Le tabac se cultive à Bourbon sur une assez petite échelle. Il y réussit admirablement, car, six mois après avoir semé les g-raines, sa récolte est faisable. L'on n'y prépare que le tabac en carotte, cultivé et apprêté par les affranchis ; les Indiens en vendent au prix de 30 et 40 centimes le kilo.
Le tabac doit être cueilli lorsqu'il est arrivé à sa complète maturité. La feuille est alors marbrée de jaune, cassante, veloutée et boursouflée. Après avoir fait sécher les feuilles, en ayant soin que la dessiccation ne s'opère pas trop vite, un mois ou six semaines au plus, on les réunit en tas, on les bat , et enfin on les trie. L'on procède ensuite à l'opération du manocage^ ce qui consiste à former des paquets appelés manogues. Chaque tas est ensuite comprimé, et l'on observe bien que la chaleur des masses de feuilles ne dépasse pas trente degrés. Le produit est alors mis en Tente.
Avant la découverte de Lea-IsTande^ le coton de
l'île BOURBON.
Bourbon passait pour le plus beau du monde, et, au commencement de ce siècle, on en exportait 50,000 kilogrammes. Aujourd'hui cette culture est à peu près abandonnée.
Le riz et le blé sont aussi fort négligés. Jadis Bourbon en approvisionnait Maurice; aujourd'hui l'Inde et Madagascar lui fournissent son approvisionnement. Saigon, Arakan, Calcutta, Coringhy, Pondichéry et Karikal sont les principaux entrepôts du riz indien. Le blé vient surtout de Madagascar, il en arrive aussi d'Australie.
Parmi les denrées coloniales, le giroflier et le vanillier sont, de préférence, cultivés par les habitants dans les parcs et les jardins. Les vanilleries donnent des bénéfices considérables. Il faut des soins exorbitants pour préparer une récolte passable, et le moindre coup de vent peut anéantir en quelques minutes les espérances les plus chères du planteur.
La vanille est une plante grimpante, une liane ronde à feuilles oblongues, arrondies à l'extrémité,
L^ILE BOURBON
épaisses et très charnues ; tige et feuilles sont d'un vert pâle. Les fleurs sont blanches, épaisses et ressemblent un peu' à la fleur de l'oranger, quoique leurs pétales soient plus allongés. La fécondation de la fleur s'opère artificiellement, et c'est à un créole, le jardinier Edmond, que l'on doit la découverte de ce fait curieux.
Le giroflier est un arbre de la famille du myrte.
Le cacao, le gingembre, le poivre, ont été souvent décrits.
Le thé est encore peu florissant dans la colonie. Les premiers essais de sa culture ont été faits par le marquis de Cbâteauvieux, à Saint-Leu.
Les fruits d'Europe viennent assez bien à . Bourbon. Pêches, fraises et framboises sont citées avec orgueil par les créoles qui les prétendent meilleures là-bas que chez nous. La vérité est que les pêches sont petites, acres et vertes; les fraises n'ont aucun goût, et les framboises en ont un qui n'est pas celui de la framboise. Le raisin est
l'île BOURBON.
délicieux. On en fait deux récoltes par an, mais il est rarissime : on le réserve pour la table.
Les fruits tropicaux existent à Bourbon avec une telle variété qu'il serait impossible de les nommer tous. Le plus connu est l'ananas, le roi des fruits, dont le g-oût rappelle à la fois la fraise, la pêche, la poire.
Après l'ananas, vient la banane, que l'on appelle figue à Bourbon. C'est un fruit blanc à l'intérieur, onctueux, se digérant facilement. Il y en a une infinité d'espèces : la plus grosse est seule appelée par les créoles danane ; la plus petite, un peu moins volumineuse qu'une datte, jaune comme l'or, se nomme Jlgue mignooine : elle est d'un goût très fin. Le bananier croît dans toute espèce de terrain. Son tronc est formé de feuilles concentriques enroulées et fortement serrées, desquelles s'épanouit une toufi'e de feuilles longues et larges, satinées, d'un beau vert pré. Les régimes de bananes pendent entre ces deux rubans.
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Le fruit que les créoles préfèrent à tout autre est la mangue, appelée par les Anglais mango. Il y en a autant de variétés que les poires chez nous. La meilleure est la mangue auguste. C'est un fruit d'une forme semblable à celle de la prune, d'un vert désagréable à l'œil à l'extérieur, et d'une belle couleur orangée à l'intérieur ; sa pulpe est très juteuse. Il a un goût prononcé d'essence de térébenthine auquel on s'accoutume facilement.
Le mangoustan, qui vient de la Chine, est très délicat. J'en dirai autant de son compatriote, le letchi. Confucius et la belle Pan-Hoeï- Pan ont dû, plus d'une fois,- puiser leurs inspirations religieuses ou poétiques dans la dégustation de cette pulpe laiteuse, dont le goût est celui du raisin muscat.
La goyave, gros fruit rempli de pépins, est d'un parfum très violent et n'est bonne qu'à faire des confitures,
La bibasse et la nèfle du Japon sont sœurs.
L'avocat, que les Mexicains nomment ahuaca,
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et les Espagnols aouacate, est une sorte de crème blanche, onctueuse, que l'on assaisonne pour la manger avec du jus d'orange, du rlium, ou du vin de Madère. Son nom bizarre le- fait remarquer, mais il n'a pas g-rande saveur.
Le papaye — encore un fruit à confitures — est une espèce de melon, qui sort du tronc d'un arbre nommé papayer. On mange ce fruit à la cuiller. Les Anglais l'assaisonnent avec ses propres graines qui sont aussi fortes que le poivre.
Le cœur-de-bœuf, le jaque, le mambolo, la lime et la prune de Madagascar, sont, comme le papaye, assez peu estimés. Ils sont loin de valoir nos fruits d'Europe.
Le coing de Chine, la datte, le fruit à pain, le melon et la pastèque, méritent une semblable réprobation , quoique leur saveur soit cependant plus agréable.
A Bourbon, la famille des orangers a produit une immense variété de fruits : citrons, cédrats, ponias, mandarines, vancossayes et pamplemousses. •
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Les légumes de France réussissent très bien à Bourbon. On y cultive des choux-fleurs, des betteraves, des carottes, des oignons, des concombres, des artichauts, des raves, inférieurs aux nôtres, néanmoins, comme saveur.
Ainsi la pomme de terre est fort petite, d'un goût sur'; la cambare ou igname, sorte de pomme de terre hindoue, atteint, au contraire, d'énormes proportions. La patate, de la même famille, est oblongue, d'un gris cendre violacé, et a un goût sucré, un peu fade.
Le manioc^ dont l'énorme racine pèse quelquefois cinq ou six livres, est un aliment abandonné aux noirs. Il apparaît quelquefois sur les tables créoles, mais si bien déguisé qu'il est méconnaissable.
Les brèdes sont des légumes herbacés qui se divisent en brède-martin, brède-morelle, brèdemalabare, brède-d'angode, brède-lastron.
Les jardins renferment encore le piment, ks
marganzes, les pipangayes, les pafoUes, les talos,
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les chouchoutes et les calebasses, de la famille des cucurhitacées ; les voêmes et les ambrevades, ou cytise des Indes.
De tous les arbres de Bourbon, celui dont le souvenir restera le plus longtemps dans ma mémoire, c'est le filcm.
Une tig-e droite et polie, élevée comme celle d'un peuplier d'Italie, d'où s'échappent mille branches minces ornées de filaments ténus, d'un vert sombre : tel est le filaos. •
Le vent soufEant à travers les branches les agite et les remue comme les plumes flottant à la brise du soir; il en tire un son harmonieux semblable à celui des harpes éoliennes tendues au temps jadis sur la çime des tours féodales.
Autrefois, pendant que la Révolution secouait, comme une fièvre épouvantable secoue un corps humain, la vieille Europe qui tremblait d'effroi, les colonies françaises se bornaient à imag-iner de ravissantes plaisanteries et d'innocentes mystifications.
l'île BOUIIBON.
Ainsi, pour devenir citoyen actif, il fallait posséder, outre un cochon et une poule, deux arbres de hois noir. C'était un symbole mystérieux : on le comprendra lorsque j'aurai dit ce qu'il produit et ce qu'il détruit.
Le hois noir , diospyros melaviida , est ce que nous appelons ébène. On en fait de grandes charpentes. Le charbon qu'il donne est très recherché. Il couvre de son ombre les plants de café ; ses feuilles sont d'un engrais excellent. Mais, s'il vivifie, il tue aussi. Lorsqu'il sèche, il faut le couper et faire disparaître les moindres débris de ses racines, car elles seraient fatales aux caféiers qui croissent sous son ombre.
On a récemment naturalisé à Bourbon Vetccalyptus de la Nouvelle- Hollande, végétal singulier. Les feuilles de ses rameaux les plus rapprochés de la terre sont d'un vert blanchâtre, tandis que celles de la cime prennent une couleur bleue très foncée. Elles ont une odeur qui se rapproche de celle de la bruyère. L'eucalyptus n'est employé
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que coinme ornement, car il n'atteint pas, à Bourbon, des proportions considérables.
Dans certaines régions de l'Australie, inoccupées jusqu'ici, on a trouvé des troncs d'eucalyptus [amygdalma) mesurant 420 à 480 pieds. A Dandenong., on a vu un eucalyptus dont la première branche était à 300 pieds du sol. Dans les montagnes de Berwick, on a découvert un de ces arbres ayant 80 pieds de circonférence et 500 de hauteur. Cet arbre pourrait donc couvrir de son oinbre la flèche de Strasbourg et même la grande pyramide de Chéops.
Parmi les bois de construction que possède Bourbon, on compte les bois de fer, le benjoin, le bois puant, le grand et le petit natte, ainsi que le goyavier « marron ». Le bancoulier, les deux tacamaaka, le rougle et le tom rouge sont moins souvent employés. Le bois de fer est d'une extrême dureté; il est incorruptible dans l'eau, à ce qu'on affirme. Le benjoin diminue de plus en plus; il n'est guère employé qu'au char-
l'île BOURBON.
ronnage : on en construisait autrefois des pi-' rogues.
Le teck de l'Inde, que les créoles nomment bois puant, et que les botanistes appellent fœtida mauntiana^ est compact, incorruptible et fort lourd, puisque le mètre cube pèse 1,250 kil. Il en perd 92 en séchant. La sève de ce végétal corrode le fer.
Le natte est un très beau bois, dur, à grain serré, d'un rouge brun veiné de rouge clair; on en construit la plupart des maisons, et les bardeaux qu'on en tire font office de tuiles. Il sert aussi à confectionner des meubles, qui sont fort beaux lorsque le natte est bien poli et verni. Teint en noir, il imite l'ébène. C'est, avec le teck, le seul bois que les cancrelas ne peuvent attaquer.
Avec le- jacquier, bois veiné d'un jaune d'or, les créoles font de charmants petits meubles qu'ils ornent de marqueterie, des guéridons, des tabourets, des étagères. Il donne un fruit monstrueux, à la peau rugueuse et d'une odeur fétide, dont les noirs sont très friands.
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A cette long-ue nomenclature, j'ajouterai le cinchona, que les missionnaires du Saint-Esprit avaient naturalisé dans les plantations de leur pénitencier de l'Ilette-à-Guillaume. Cette source de richesses pour la colonie sera encore augmentée, puisque l'on est parvenu à conserver l'arbre qui donne le quinquina, après l'avoir dépouillé de son écorce. L'écorce qui repousse est, dit-on, plus riohe en quinine que la première.
Un barbier à Bourbon.
Dans les bambous!
l'abolition de l'esclavage a BOURBON — LES ENGAGES : MALA- BARS, CHINOIS, ANNAMITES, CAPRES — LES MULATRES, LES CRÉOLES — SAINT-DENIS ET SES ENVIRONS
En 1848, l'esclavage fut déclaré aboli à Bourbon, au nom de la France, par M. Sarda-Garriga, commissaire général de la République.
l'île BOURBON.
Les esclaves accueillirent avec. joie, mais avec calme, l'annonce de leur libération. Ils s'engagèrent à servir comme engagés les propriétaires de la. colonie, mais tous ceux qui purent justifier de moyens d'existence en furent dispensés. Chaque propriétaire reçut une indemnité de 733 francs par tête d'esclave, et ceux-ci étaient au nombre de soixante mille cent soixante et un. La population était alors d'un quart moins élevée qu'aujourd'hui. Pour contenter tout le monde, une jolie pension fut votée à M. Sarda-Garriga.
Pour tout dire, l'abolition de l'esclavage ne produisit pas des résultats -brillants ; entre les mains des noirs, la liberté était comme un fusil entre les mains d'un nourrisson : ils n'en savaient que faire.
Ce fut l'origine du paupérisme dans nos colonies, car le noir, paresseux comme il est, préfère la misère au travail. Fier de son nouveau titre de citoyen, titre qu'il consacre en se chaussant, tandis que les engagés vont pieds nus, l'affranchi refusa
Une réception officielle.
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de travailler, considérant le travail comme un outrage à sa dig-nité.
Il faudrait bien se garder de prononcer le mot nègre. Nègre est synonyme d'esclave. C'est la plus terrible injure que l'on puisse adresser à un homme, fût-il plus noir que le charbon.
Entre parenthèse, il n'y a rien de si faux que le proverbe : Travailler comme un nègre. Vingt nègres ne font pas le travail d'un bon ouvrier parisien.
L'engagement est un esclavage à temps. • Le maître, autrefois, considérait l'esclave comme une propriété ayant une valeur vénale, et le traitait en conséquence : mille francs ! S'il mourait, c'était une perte sèche. Le maître devait, en outre, nourrir les enfants de son esclave, qui lui appartenaient. Aujourd'hui, quel'engag'é meure, c'est une perte minime. Peu importe qu'il soit marié, père de famille : les enfants sont à lui et ne sont plus au maître. Ils meurent de misère, peu lai importe. Les côtes de l'Afrique et de l'Inde sont les prin-
cipaux centres du trafic de la chair humaine. Les immigrants ou coolies sont liorriblement malheureux dans leur pays. Dans l'Inde, ils sont pauvres, sujets à des maladies terribles; en Afrique, les différentes peuplades sont continuellement en g-uerre, et les prisonniers de guerre sont mangés. On comprend donc qu'ils n'aient pas un très vif amour de la patrie, et qu'ils soient heureux d'abandonner leurs pénates. Cependant, les Indiens ne quittent jamais l'Inde sans espoir de retour.
Beaucoup d'entre eux vont se réfugier dans nos colonies françaises : là, moyennant une prime, l'Indien vend sa liberté pour quelques années. De cette prime dérisoire il ne touche qu'une faible partie; on lui vend à un prix exorbitant la culotte et le gilet qu'il est obhgé d'endosser. Avant qu'il s'habille on le visite minutieusement : il ne faut pas qu'il y ait, dans cette marchandise, des nonvaleurs. S'il n'est pas robuste, fort, bien fort, bien portant, on n'en veut à aucun prix. Une fois engagé, il devient un colis ^ et on l'embarque. Est-il
l'île BOURBON.
marié, a-t-il des enfants, il ne peut les emmener avec lui.
Il est une seconde manière de procéder. Les Annamites faits prisonniers dans la guerre de xîonquête que la France a entreprise en Cochinchine, sont envoyés à Bourbon. Il n'est pas rare de voir, dans les journaux de Saint-Denis, des annonces ainsi conçues :
« Le convoi d'Annamites arrivé par le navire... sera distribué aux personnes qui se feront inscrire à la Direction de l'Intérieur. Le prix de la cession est fixé à 100 francs. »
Il en arrive, comme cela, cent ou cent cinquante, sept ou huit fois par an. Que d'encre on a dépensée pour anathématiser les Africains d'Algérie, de Tunis et de Tripoli, qui enlevaient des cbrétiens et les vendaient comme esclaves ! Et si les Annamites faisaient des prisonniers de guerre pour les détenir comme engagés plus ou moins « volontaires, » que de poudre on dépenserait pour leur prouver qu'ils ne sont que des barbares !
l'île BOURBON.
Lorsque « les travailleurs libres » sont libérés de leur engag-ement et qu'ils demandent à résider temporairement dans la colonie, ils doivent payer une taxe annuelle imposée sur leur permis de séjour.
Lés eng-agés déserteurs appartenant aux particuliers sont, lorsqu'on les rattrape, soumis à une taxe de 2 fr. 50 cent. Cette somme doit être remboursée à la commune qui en fait l'avance, par dix journées de travail, et payée aux communes par le propriétaire, pour les déserteurs récidivistes.
Douze heures de travail par jour, à 25 centimes, ce n'est pas cher!
Il n'y a cependant que des éloges à donner aux créoles de Bourbon pour la façon pleine d'humanité dont ils en usent avec leurs engagés. Ces prolétaires sont, en effet, bien traités, lorsqu'ils travaillent consciencieusement. On leur donne des gages; ils reçoivent, en outre, assez de riz pour se nourrir. Ils ne sont point battus officiellement.
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Soi
Une taloche par-ci par-là est quelquefois nécessaire, avec les Malabars surtout. Ils ne s'en formalisent guère, et, pourvu que le. maître paie, ils sont contents.
Les Indiens qui font partie de la population de Bourbon appartiennent à différentes races de l'Inde. Le plus grand nombre vient de la côte de Malabar. Ils conservent scrupuleusement à Bourbon leurs différences de castes et leurs religions.
Le Malabar est obséquieux, servile et... voleur. Il permet à son maître de le traiter comme bon lui semble, rampe et tremble devant lui. En revanche, il ne perd aucune occasion de s'enrichir à ses dépens. Lorsqu'il est libéré de son engagement, il emploie les économies provenant de ses gages et de ses rapines à monter un petit commerce d'épiceries ou de liqueurs. Quelques-uns sont devenus très riches à ce métier-là. Très industrieux, ils se font un .point d'honneur de duper leurs clients. Leur effronterie n'a d'égale que leur soif de lucre.
Un certain nombre se convertissent au christianisme. Quelques-uns restent fidèles*, beaucoup de ceux qui rentrent dans leur patrie apostasient. C'est pourquoi les missionnaires sont obligés d'agir avec prudence vis-à-vis de ces pauvres gens. Ils ont, à Saint-Denis, une église particulière, Saint- Thomas, où on leur fait des instructions en langue tamul, en malabar et en telinga, La plupart d'entre eux sont peu instruits.
Les noms des Malabars sont assez singuliers.
En voici quelques-uns ; les orientalistes y découvriront le rang et la caste de ceux à qui ils appartienuent : Picclié-Nagou-Vaîtiligom, Periacouty, Diabinave-Gouljaria-Mangor, Soupramaniam-Ongani, Ramsamy-Angassamy , Moutoussamy Caroupin, Naraganassamy Poïnama. Lorsqu'on interpelle un Indien, il est de règle de lui donner le titre d'Â'î/aJi, qui signifie seigneur.
Les Malabars sont généralement de petite taille; ils sont lestes, agiles, bien membrés; leurs traits sont accentués ; leurs cheveux et leur barbe, noirs,
l'île BOURBON.
soyeux et luisants, frisent naturellement ; leur peau est plutôt bronzée qu'entièrement noire. Ils aiment les bijoux, et portent presque tous des chaînes , des bagues et des anneaux d'argent. Leurs femmes préfèrent l'or, mais elles porteraient du fer, plutôt que d'étaler du cuivre doré.
Ceux des Indiens qui ont adopté le pantalon et la veste de toile bleue des créoles, ont conservé le béret carré distinctif de leur race ; les uns l'ont en velours ou en satin, les plus pauvres en drap.
Les femmes se drapent dans une pièce d'étoffe aux vives couleurs; elles portent au nez un joyau d'or. Les lobes de leurs oreilles, distendus par le poids énorme des quantités de boucles qu'elles y suspendent, viennent caresser leurs épaules nues. Elles font de leurs cheveux un gros chignon qu'elles portent sur le côté droit de la tête. Leurs doigts sont chargés de bagues au chaton énorme, gravé ou ciselé.
Les Chinois, à Bourbon, se font domestiques ou marchands. Ils ont apporté là leur avarice
l'île boukbon.
proverbiale et leur liabileté bien connue. Un Malabar est voleur comme dix Cafres ; un Annamite, comme dix Malabars; un Chinois, comme dix Annamites.
Les Chinois sont très industrieux , sobres , patients, économes et travailleurs. Sous ce rapport, ils sont les Ecossais de l'Asie. Presque tous ont conservé leur grande queue tressée qu'ils enroulent autour de la tête lorsqu'ils se déguisent en Européens.
Leurs boutiques sont encombrées d'imitations et de contrefaçons des objets d'art fabriqués en Chine. Ils savent vendre très cher, et réalisent, à petit bruit, des bénéfices assez ronds. Généralement ils sont méprisés.
Les Annamites sont des Chinois, moins la bassesse, plus la férocité. Ils sont mauvais compagnons, querelleurs, vindicatifs, peu sociables. Ils parlent les langues tonquine et cochinchinoise, et suivent la religion de Bouddha.
Il n'y a plus, à Bourbon, que très peu de Ma-
L ILE BOURBON
lais. Ce sont, en général, d'anciens esclaves que les négriers étaient allés arracher à leur pays et à leurs familles. Ils se sont implantés dans l'île, et y ont fait souche. Les îles de la Sonde, les Philippines et les Moluques fournissaient aussi quelques esclaves; mais depuis bien longtemps on a cessé le commerce de la chair noire, et les habitants de ces îles préfèrent demeurer tranquillement chez eux.
Sous le nom de Cafres, on désigne les nègres appartenant aux différentes races africaines. Ils ont les cheveux crépus, la peau d'un noir sale, la bouche grande, les dents blanches, le nez épaté. Le nom cafre signifie infidèle; il a été donné par les Arabes mahométans aux habitants de la côte d'Afrique située entre le Congo et les possessions portugaises de Mozambique.
La Cafrerie proprement dite, découverte par Vasco de Gama en 1498, est habitée par une infinité de peuplades : les Koussas, les Tamboukis, les Monbouhis, les Yombouzes, les Botougas, les
l'île BOURBON.
Maguinis, qui occupent l'immenso territoire, d'au moins 400 lieues carrées, situé enti-e la Hottentotie, la côte de Mozambique, le Congo et la Cimbébasie.
Les Cafres sont, en général, moins intelligents que les Asiatiqués. En revanche, ils sont d'une force herculéenne. La civilisation adoucit leur caracoère,. mais elle ne peut leur faire perdre leur naïveté.
Le Gafre est aussi voleur, mais il déguise ce vice et se contente, au lieu de prendre purement et simplement l'argent dans votre poche, de bénéficier sur les achats que son maître lui fait faire. Il pratique F anse du panier. Il s'attache facilement, il est fidèle, reconnaissant, affectueux. Le Cafre a plus de rudesse , plus de rusticité apparente que le Malabar; il s'exprime en moins bons termes, il est moins respectueux ; mais il a bon cœur, s'attendrit facilement. Il connaît ce mal terrible, la nostalg'ie. J'ai connu un vieux Cafre affranchi qui, depuis trente ans au moins, avait quitté son
l'île BOURBOxX.
pays, chantait encore, chaque matin, le chant de guerre de sa tribu. Beaucoup se tatouent le visag-e, en plissant leur peau sur leur nez et le front, ce qui forme des « grains de mahi. »
Les mulâtres, chacun le sait, naissent de l'union d'un blanc et d'une femme noire. Leurs traits sont un singulier mélange de deux types absolument dissemblables. Suivant leur degré, on les divisait jadis en mulâtres, métis, quarterons, griffes, etc. -, aujourd'hui on les appelle respectueusement « hommes libres de couleur. » Ils sont généralement beaux, intelligents, aptes au travail, mais leur orgueil, leur vanité, leur fierté n'ont pas de bornes. Leurs instincts naturels sont rarement bons. Ils prennent des deux races dont ils viennent les vices et les travers particuliers à chacune d'elles. Les mulâtres forment aux colonies une" classe à part, que l'on tient à honneur de ne pas fréquenter. Certaines familles, dans lesquelles une alliance noire a eu lieu depuis cinq ou six générations déjà, sont considérées comme étant « de
l'île BOURBON.
couleur, » bien qu'aux yeux des étrangers les membres de. ces familles ne diffèrent nullement des véritables blancs. Les mulâtres ont beau être riches, j.ouir de positions sociales élevées, on ne les voit pas, on les exclut sans pitié. Un blanc qui épouserait la fille d'un mulâtre, ce mulâtre fût-il magistrat, officier supérieur, fonctionnaire public, il serait frappé de la même réprobation.
Les premiers habitants de la colonie furent des colons de Madagascar, échappés au massacre de Fort-Dauphin. Les créoles sont d'une beauté de constitution qui tient à l'usage, encore en vigueur, de ne point gêner les mouvements de l'enfance. Dès qu'un nourrisson a la force de soutenir sa tête, ses bras, ses jambes, on le débarrasse de ses langes, et, vêtu d'une -simple chemise, on le laisse s'ébattre à son aise sur le tapis de la varangue. Dans beaucoup de familles, les enfants restent nupieds et nu-tête jusqu'à cinq ou six ans. Aussi, à Bourbon , voit-on peu de bossus, de boiteux, de rachi tiques. Les dames créoles ont une réputation
Environs de Saint-Denis de Bourbon.
l'île BOURBON.
de beauté qui n'est pas usurpée ; la beauté physique unie à la beauté morale est l'apanage du plus grand nombre.
Fiers , braves , francs , bospitaliers , les créoles ont aussi quelques travers. Ils n'aiment guère les Européens, quoique dévoués à la mère patrie.
« Les Européens, disait l'un d'eux, viennent ici pour ravir nos femmes et nos piastres. » Les mariages entre créoles et Européens sont, en effet, très fréquents. Les habitants de Bourbon sont intelligents, spirituels, mais généralement peu instruits. Ils lisent peu et mal.
Ils parlent un français très pur. Leur prononciation n'est point zézayante comme celle des Antilles : elle est seulement un peu lang'oureuse ; ou grasseyé beaucoup, à tel point que les R disparaissent complètement, comme dans la prononciation flûtée, enfantine, usitée sous le Directoire. Dans l'intimité, on parle le créole : c'est un patois mêlé de français, d'expressions maritimes, de mots malabars, cafres et malgaclies.
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Voici quelques exemples : Prendre, arrêter, se dit souquer; monter, verbe actif, se transforme en hâler; voir, en guetter ; s'en aller, en démarrer. Beaucoup d'expressions ont un certain pittoresque ; ainsi l'on dit quoîique^ pour « ce que ; » à c'fJière^ pour maintenant ; espérer , pour attendre ; z'aut, pour ils; salam, pour bonjour. Cette langue emploie beaucoup de métaphores. Les verbes sont conjugués selon le bon plaisir de chacun. Vu se prononce toujours i; le ch, le c, le g, se prononcent z. Certaines exclamations, telles que lieit! heu! en! sont intraduisibles en français. Puis vient le ça rntme^ vocable approbatif au suprême degré, et le comme ça même, qui répond à tout.
Les maisons créoles sont généralement construites en bois et couvertes en bardeaux ; on emploie dans leur construction de préférence le bois de natte à grandes feuilles. Elles s'élèvent au milieu de grands jardins ceints de murs, sous l'ombre de tamariniers au sombre feuillage, du flamboyant,fqui se couvre en été d'une toison de
l'île BOURBON.
fleurs écarlate^, du manguier et du cocotier, dont les colonnes polies lui font une avenue monumentale. Cuisine, communs, buanderie, dépendances de toutes sortes sont relégués au fond du jardin.
La pièce importante d'une maison, c'est la varangue, qui se nomme dans l'Inde verandah ; c'est une sorte de vestibule, un portique ouvert sur le jardin et soutenu, soit par des colonnes de pierre, soit par des poteaux sculptés. Les créoles passent leur vie dans la varangue. Les dames, vêtues d'une robe de toile taillée en forme de blouse, sont assises dans d'immenses fauteuils en rotin, qui viennent de l'Inde. C'est là que, le soir, on reçoit les intimes, les gens avec lesquels on ne se gêne pas.
Les créoles ont l'amour de la vie de famille. Bru, gendre, beaux-frères et belles-sœurs, père, mère, neveux et nièces, habitent souvent la même maison.
Aussi les domestiques sont-ils si nombrèux que
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leur nomenclature effraierait nos ménagères de France.
Pour tenir une maison sur un pied convenable, il faut : un cuisinier, un blanchisseur, un ou deux jardiniers, un valet de chambre pour chaque maître, une femme de chambre pour chaque dame, une bonne pour chaque enfant, un petit noir pour faire les courses, un cocher et quelques palefre niers, valets de pied, etc.
Tout ce qui n'a pas d'occupation déterminée est désigné sous le titre de péon.
Mais si on donne beaucoup aux apparences, la vie intime des créoles est fort sobre. Leur cuisine est peu compliquée.
Le mets favori est le fameux carry indien, sauce de haut goût dans laquelle entrent quarante-deux espèces d'aromates , où dominent le safran, le girofle et le piment. On fait du carry avec de la volaille, du poisson et des béchiques, poissons microscopiques à tête noire et d'une saveur médiocre.
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Les roug-ayes, autres mets indiens, sont en très grande faveur.
On les fait avec des lég-umes, des fruits, du raifort, des tomates ou des mangues vertes; dans ce dernier cas, il prend le nom de zambal. Viennent ensuite les achars , qui sont des conserves, au vinaigre ou à l'huile, de toutes sortes de légumes indiens.
Le meilleur produit culinaire de la colonie est le chou-palmiste. Malheureusement, pour avoir ce chou, qui est le cœur, tendre et blanc, du feuillage du palmier, il faut abattre l'arbre. Il se mange en sauce, en salade, en friture, en purée, absolument comme notre pomme de terre. Son goût est extrêmement délicat.
Les cuisiniers malabars excellent dans la préparation des entremets sucrés : omelettes aux bananes, crèmes au tapioca, à l'arrow-root, au sagou, au cacao, à la vanille, au girofle; compotes de fruits, mousse indienne;, sorte de gelée rose qu'ils parfument à outrance.
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Saint-Denis ressemble à un vaste jardin, coupé par des allées bordées de murailles.
Les rues sont tirées au cordeau ; comme la ville est bâtie sur une langue de terre formant presqu'île, elles aboutissent presque toutes à la mer. Les carrés formés par les rues sont subdivisés en lots de forme rectangulaire, plantés de fleurs et d'arbres magnifiques. La maison s'élève au milieu du jardin, et la varangue s'ouvre devant une grille qui donne sur la rue et qui se nomme barreau. Généralement, chaque maison est escortée d'un ou deux petits pavillons.
Devant le barreau on plante d'habitude deux arbres pour l'orner; ici, ce sont des flamboyants, arbres immenses dont le tronc se subdivise en une infinité de racines bizarrement contournées qui rampent à fleur de terre; là, des palmistes élèvent dans le ciel leur tronc svelte surmonté d'un bouquet de feuilles luisantes ; plus loin l'arbre à pain secoue sur la terre ses larges feuilles semblables à celles du figuier.
Les troupeaux à l'aiguade.
Les murailles sont couronnées des tiges épineuses du cactus, dont les fleurs, admirables calices de rubis dans lesquels ruissellent des flots de fil d'argent, contrastent, par leur couleur de pourpre, avec le vert sombre de la plante. Les ombelles dentelées du latanier, les branches verdâtres de l'eucalyptus, les rosiers aux fleurs de toutes nuances, le vacoa au tronc informe, bossué, au feuillage pointu, se mêlent aux massifs dejamrosa, de lauriers-roses et d'orangers, dont les parfums imprègnent l'air d'un parfum en même temps âcre et suave.
Puis ce sont des avenues de filaos, des groupes de cocotiers, des bosquets de bois noir, des quinconces de mimosas et de tamariniers, des gerbes de bambous, qui varient, dans un harmonieux désordre, les teintes diverses de leur feuillage.
Des entrelacements de lianes grimpent autour de ces arbres et suspendent leurs tiges entortillées, chargées de fleurs bleues, roses, blanches, violettes, de feuilles tigrées de vert glauque sur un
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fond noir. Ces guirlandes, tressées par la main du Créateur, serpentent sur les toits, ombragent les portails, s'unissent au marbre des colonnades et semblent comme un trait d'union entre l'œuvre de Dieu et celle des hommes.
Cette ville, ainsi transformée en jardin, offre à chaque heure du jour un aspect nouveau.
Le -matin, les brumes légères de la nuit couvrent encore d'un voile diaphane cette végétation luxuriante.
A midi le soleil jette sur le paysage une lumière tellement intense qu'elle offense la vue.
C'est vers cinq heures du soir que le spectacle est le plus beau. Alors tout s'éveille dans la nature et sort de cette somnolence où l'avait plongée l'ardeur des rayons solaires. Le ciel est d'un bleu sombre que reflètent les vagues de la mer. Tous les détails du paysage apparaissent dans une limpide netteté; les hauts sommets des montagnes reçoivent encore un reflet de l'astre que l'on voit à l'horizon se plonger dans les flots, qui bouillon-
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nent et s'irisent des mille nuances de l'arc-enciel.
Le palais du gouvernement, assez laid à l'extérieur, est une grande bâtisse que le moindre bourgeois se soucierait peu d'habiter.
I^a cathédrale, ornée d'un assez beau péristyle et fort bien décorée à l'intérieur, domine une place entourée d'une rangée de magnifiques palmiers.
Quatre autres églises desservent Saint-Denis : l'Assomption, Saint-Jacques le Majeur, Notre- Dame de la Délivrance et Saint-Thomas des Indiens.
Au sommet de la rue de Paris, qui, du Barachois au Jardin-du-Roi, traverse la ville dans toute sa longueur, une place circulaire, plantée de gros tamariniers, sert de vestibule au Jardin du Roi, qui termine la perspective et où donnent accès trois grilles peu monumentales.
Ce Jardin du Roi, que l'on appelle, depuis 1852, Jardin de l'Etat, se divise en deux parties. D'un côté, une triple allée de grands arbres, limitée par
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une pépinière, conduit aux bâtiments du Muséum ; de l'autre, c'est un parc dessiné à l'anglaise, qui tient à la fois du Jardin des Plantes et du Jardin d'acclimatation. Il faudrait un volume pour cataloguer toutes les richesses botaniques et zoologiques renfermées dans l'enceinte de ce jardin. Le Muséum contient de belles collections d'entomologie, de conchyliologie, de zoologie, d'ornithologie et d'ichtyologie. La faune et la flore des îles et des côtes de la mer des Indes ont été mises à contribution, et le Muséum de Saint-Denis peut rivaliser avec les plus riches cabinets européens d'histoire naturelle.
La rue Dauphine conduit en dix minutes à la Rivière des Noirs, que l'on traverse sur Tunique pont de pierre que possède la colonie. C'est à la Rivière des Noirs que les Malabars vont le matin puiser de l'eau pour toute la journée. Le pont franchi, on se trouve sur un petit chemin ombragé, qui mène directement à la Providence.
La Providence était une école professionnelle
dirigée, ainsi que le Pénitencier voisin et l'Hospice de la vieillesse, par les missionnaires du Saint- Esprit. Cet établissement a été supprimé.
Un 'grand et beau jardin s'étend devant les immenses bâtiments de l'école. Un second jardin en terrasse, auquel on monte par un perron 'de douze marches, le domine. Ce jardin-terrasse est entouré de bâtiments au centre,, une admirable statue de Marie Immaculée, taillée dans un bloc de marbre blanc par un jeune frère du Saint-Esprit, se dresse sur un piédestal de calcaire. A gaucbe, une église gothique, construite par les Pères. Au fond, se dresse l'immense bâtiment qui renfermait les dortoirs, les classes, les réfectoires, où deux cents créoles, orphelins ou pauvres, apprenaient à devenir bons ouvriers et bons chrétiens.
Partout la croix apparaissait comme un symbole de travail^ et de régénération.
Derrière le bâtiment principal se trouvaient les ateliers : fonderie , serrurerie, ateliers de mécanique, de menuiserie, d'ébénisterie , de cordon-
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nerie, dirigés autrefois par d'habiles maîtres revêtus de l'humble livrée du missionnaire.
Les Bas-de-Saint-Denis sont encaissés entre deux hauteurs. A gauche, c'est la terrasse* sur laquelle est bâtie la ville, terrasse très haute vers la rue de l'Arsenal et qui descend en pente rapide jusqu'à la mer. Les constructions de l'hôpital militaire surplombent le vide; la rue de la Bourdonnais se termine à l'escalier aux mille marches qui serpente sur le flanc de la hauteur, et à travers une échancrure pratiquée dans le feuillage, on aperçoit les dernières maisons de la rue de la Compagnie et le beffroi de l'hôtel de ville.
A droite, c'est la redoute, vaste Champ de Mars coupé dans le flanc de la montagne Saint-Bernard, au sommet de laquelle se dessinent sur le ciel bleu les mâts pavoisés de la Vigie.
On monte au sommet de la montagne Saint- Bernard par une rampe en lacets. Sur le versant opposé, lorsqu'on a cheminé pendant une heure, se présente au regard un site ravissant.
La Possession (Ile Bourbon).
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Au bord du cliemiii, une belle église et son clocber; en contre-bas, une maisonnette en bois qui est le presbytère, puis au bas d'un ravin transformé en parc, d'immenses bâtisses, entourées de palissades. C'est l'asile des lépreux.
Lorsque la maladrerie fut construite, il fallut clierclier des servantes pour panser les plaies infectes de ces malheureux. Il j avait bien une congrégation religieuse des Filles de Marie, fondée récemment par deux créoles ; mais on n'osait point exposer ces saintes femmes à la contagion de cette horrible maladie qui chasse du sein de la société ceux qu'elle dévore. On hasarda timidement une demande. Il fallait sept infirmières ; au bout d'un certain temps, elles devaient inévitablement succomber ; le mal est incurable, il se communique facilement. Pour accepter une tâche aussi rebutante, il faut un dévouement surhumain. Je le répète , on fit un appel timide ; on demanda sept martyres de bonne volonté : Soixante religieuses se présentèrent.
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Leur maison est située à quelque distance de la léproserie, au milieu d'une oasis de bambous et d'acacias.
Un demi- cercle de montagnes, entoure la vallée de Saint-Paul et va aboutir à la pointe des Galets et au cap la Houssaye.
Saint-Paul fut la capitale de la colonie jusqu'en 1738. La ville est bâtie entre la mer et un grand étang très poissonneux, où l'on fait une grande pêche le jeudi saint.
Saint-Paul possède un joli bazar, une caserne, un hôpital, un collège et plusieurs écoles. La ville est dominée pàr les plateaux du Bernica.
Saint-Leu étale sur la plage, au pied d'un rocher abrupt, sa rue bordée de mimosas et sa jolie petite église.
Tout auprès de Saint-Leu , au-dessus d'une chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette, se trouve la pointe da Portail. A quelques mètres de là, un gouffre insondable lance à une hauteur prodigieuse un jet d'eau d'une force énorme.
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Pendant les ras de marée surtout, ce phénomène est extraordinaire. On nomme ce gouffre le Soufflet.
Aux Colimaçons, on admire une fort belle église de style roman qu'un seul homme a construite en sept ans. Cet homme était un jeune engagé malgache, qui posa et tailla lui-même toutes les pierres dont est bâti l'édifice. Un parquet en mosaïque, des vitraux coloriés donnés par la famille et les alliés du fondateur de l'église, achevèrent de faire de celle-ci le plus beau monument religieux que possède la colonie.
Cette église, bâtie aux frais de M. le marquis de Château vieux et sur les plans de sa fille aînée, est consacrée au Sacré-Cœur.
Saint- Gilles est un charmant village assis au bord d'une rivière et caché sous l'ombre de gigantesques bambous. Ces maisons de bois, avec leurs toits rouges, leurs murs blanchis, le^rs varangues chargées de lianes aux fleurs multicolores, sont mille fois plus coquettes que ces fameux chalets
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suisses dont tout le monde parle et que personne n'a jamais vus.
Elles se mirent dans l'eau dormante, où se reflètent le vert d'émerauds des rizières et le sommet nuageux des montag-nes. La petite rivière décrit dans la vallée des courbes qui tournent , reviennent, se tordent en méandres capricieux avant d'atteindre la mer.
Sur la plage, blanche nappe de sable que parsèment d'innombrables coquillages, s'élèvent quelques masures.
Sur la chaussée au bord de la mer, une église, bien poétique dans sa pauvreté, a été dédiée à la Mère des marins, et porte, écrits à son fronton, ces deux mots que tous saluent : Stella maris.
A trois kilomètres de Saint-Denis se trouve la jolie petite église de Sainte-Clotilde, et tout auprès de là le débarcadère du Butor, que borde une magnifique promenade plantée de tamariniers, sous lesquels , le dimanche , viennent danser les Cafres.
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Au delà de Sainte-Clotilde se trouve la Rivièredes-Pluies. C'est une villa entourée d'un parc d'où l'on domine un vaste territoire. On a de là un beau panorama : toute la côte, depuis Sainte- Suzanne jusqu'au cap Bernard.
Le quartier le plus voisin est Sainte -Marie, dont l'église remonte aux premiers temps de la colonisation. Le quartier, qui était habité dès 1671, s'étend de la Rivière-des-Pluies à la Ravinedes-Chèvres.
Près du pont Desbassayns , à la Rivière-des- Pluies, s'élève l'église Saint-François-Xavier, à l'ombre de laquelle reposent les restes mortels du Père des Noir s ^ Mgr Monnet.
Sainte-Suzanne et le Quartier-Français sont les plus anciens de l'île. On dit que les champs de blé qu'on y voyait autrefois rappelaient aux colons la mère patrie.
Salazie doit son origine à la source thermale découverte au pied des Salazes, en .1815, par d'intrépides chasseurs de cabris marrons. Le vil-
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lage est situé sur les bords de la Mare-à-Poulesd'Eau. L'agence de Salazie comprend le vaste cirque ou bassin de la rivière du Mât jusqu'au pont de l'Escalier, et forme trois paroisses : Notre-Dame de Salazie, Saint-Henri de Hell-Bourg et Saint- Martin. Le climat de Salazie est délicieux. L'air y est plus doux qu'à Toulon. Ses montagnes et ses vallées produisent des céréales, de bons légumes, d'excellentes racines, un peu de café, du tabac. Beaucoup de créoles y vont en villégiature.
Saint- Benoît est le pays natal de Joseph-Henri Hubert, qui planta et propagea le girofle à Bourbon. Il a pour principal monument la maison des Filles de Marie, dans une îlette de la rivière des Marsouins. Dans les bauts se trouve l'immense plaine des Palmistes, oii l'on a bâti une ferme modèle, près du barneau de Sainte-Ag'athe.
Dans la partie sous le vent, outre. Saiiit-Paul et Saint-Leu, se trouvent . Saint-Louis , Saint- Pierre, Saint-Joseph et Saint-Philippe.
li'ju fadi, à Madagascar.
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Saint-Louis était érigé en paroisse dès 1736. Le bourg, clief-lieu de la commune, s'est déplacé en se rapprochant de la rivière Saint-Etienne, car on voit dans les hauteurs de l'Étang-Salé les ruines de la première église qui y'fut construite. La commune s'étend depuis la ravine des Avirons jusqu'à la rivière Saint-Étienne, et de la mer au Pitondes-Neiges. Sur les bords de son étang poissonneux, au milieu d'une plaine gagnée sur les marécages , se voit le château du Gol. L'une des belles églises de la commune est le pèlerinage de Notre-Dame-des-NeigeS;, dans le cirque de Cilaos, qui compte une nombreuse population , et où se trouve la plus belle source thermale de la colonie.
Saint-Pierre, longtemps connu sous le nom de quartier de la Rwure-cV Abord ^ est le rival de Saint-Denis. L'enceinte de la ville, tracée par le chevalier Banks, forme un vaste rectangle entre la rivière d'Abord et la rivière Blanche. La ville s'élève sur la pente de la montagne et descend par une pente rapide jusqu'au rivage.
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C'est entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, entre le rempart du Tremblet et le rempart du Bois- Blanc, que s'étend un espace d'environ neuf kilomètres de côtes, que l'on appelle le Grand- Brûlé ou Grand-Pays Brûlé, tl'est le lit actuel du volcan de Bourbon. Là, sur plusieurs lieues d'étendue, sauf quelques rares oasis, la terre n'offre aucun signe de végétation. On n'y voit que des vestiges d'un immense incendie.
Telle est, en une rapide esquisse, tracée pour ainsi dire à vol d'oiseau, notre principale colonie dans la mer des Indes, une île charmante, ensoleillée, riche et belle, qu'il plaît à notre patriotisme d'appeler l'île Bourbon!