‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 24 sur 94 · MINES · texte numérisé non relu

MINES

Nous rappellerons d'abord, qu'avant 1886, une loi du royaume interdisait sous peine de vingt ans de fers, non seulement l'exploitation, mais encore et simplement, la recherche des minerais, quels qu'ils fussent. Le sol et le sous-sol étaient considérés comme appartenant à la couronne : nul ne pouvait prétendre y toucher. Aussi, avant

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1886, la connaissance clés gisements minéraux, et même des gisements aurifères, était-elle très faible.

Néanmoins, la valeur de l'or était très connue des Malgaches, et, môme avant le commencement de la dernière guerre , en 1883 , les alluvions de l'Ouest particulièrement étaient traités par des moyens rudimentaires, et déjà un peu d'or s'expédiait par la côte.

Pendant la guerre, c'est-à-dire de 1883 à 1886. le gouvernement malgache lui-même, fit exploiter les alluvions de Tsiazompaniry (aujourd'hui Ampasiry).

Un Malgache très intelligent, Rainianjanoro, issu de famille d'esclaves libérés, dirigeait ces exploitations, dont les produits servaient au gouvernement malgache à payer les armes et munitions que les Anglais lui fournissaient.

Après la guerre, en 1886, le gouvernement malgache, soit sous la pression du traité passé avec la France, soit plutôt par la nécessité de se créer des ressources, leva l'interdit absolu jeté précédemment sur l'exploitation des minerais divers.

Il fut toujours défendu de rechercher les minerais sans autorisation spéciale du gouvernement, mais on put obtenir, et ce droit de recherche, et aussi le droit d'exploitation à la suite. C'est ainsi qu'en décembre 1886, M. Léon Suberbie , établi déjà depuis plus de douze ans à Madagascar, et qui, avant 1883, avait pu avoir des indications sur les gisements aurifères de l'Ouest, obtint le

premier, à Madagascar une concession minière. C'est celle qu'il a encore aujourd'hui, dite des mines d'or de la côte Nord-Ouest de Madagascar, entre les fleuves Mahajamba et Manjaray, et traversée en son milieu, par le fleuve Betsiboka avec son affluent aussi puissant que lui, l'Ikopa.

La ligne des filons de quartz aurifères, dont les affleurements érosés principalement pendant la période quaternaire, ont fourni les alluvions diverses exploitées aujourd'hui, forme une bande très large à peu près parallèle à la côte Ouest. Ces filons souvent contemporains des soulèvements basaltiques, sont des soulèvements de diorites quartzifères, très acides.

La série entière des diorites de contact, se trouve dans la région, jusqu'aux plus basiques, les chloritoschistes, de couleur vert sombre.

Mais les diorites acides sont plus nombreuses ; plus nombreux et plus riches encore, je crois, les filons de quartz aurifère qui sont de la même époque.

La ligne aurifère de TOuest ne doit guère se prolonger au Nord, au delà du fleuve Mahajambo ; dans le Sud, elle se poursuit fort loin; elle est connue sur le fleuve Manambolo, près d'Ankavan- Idra, et également sur le Tsiribihina, dans la région où il se divise en deux branches, le Mahajilo et le Betsiriry ; puis, dit-on, la ligne aurifère, plus au Sud encore, s'épanouit, devient plus large, et vient se rejoindre plus bas que Fianarantsoa, à la ligne aurifère de l'Est, dont nous parlerons plus

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loin; mais, jusqu'à ce jour, il été très difficile de pénétrer dans ces régions, où les tribus Sakalaves, pour la plupart indépendantes, ont le nom de Hova en horreur, et où tout blanc venant de l'intérieur chez eux, leur semble devoir être un allié des Hova, et menacer leur indépendance.

Néanmoins, les difficultés ne sont pas insurmontables pour accéder actuellement dans ces régions, et elles le deviendront de moins en moins dans la suite.

Ce qui est bien connu, en pleine exploitation et fort riche, c'est toute la concession Léon Suberbie. Tous les types dalluvions s'y trouvent, depuis les entraînements superficiels contemporains jusqu'aux puissantes formations alluvionnaires, de 30 à 40 mètres de hauteur, et parfois plus, au-dessus du niveau actuel des cours d'eau; gisements formés de bancs sableux plus ou moins remplis de quartz roulé, mais toujours de désagrégation facile, et dont la teneur en or varie aux environs de 1 franc par mètre cube de sable lavé. Cette teneur moyenne est fort belle, quand elle s'applique en même temps à des masses de millions de mètres cubes, et lorsque, comme presque partout à Madagascar, et à l'Ouest en particulier, l'eau abonde en toute saison, et que l'on peut avoir des fleuves et rivières entières à sa disposition. Je ne sache pas qu'il faille jamais, dans cette région, arriver à faire 20 kilomètres de canalisation pour amener de l'eau au point aurifère à exploiter, sous une pression de 50 à 60 mètres au moins. Cette

distance, qui parait considérable, est en réalité très faible; en Amérique, certaines canalisations, créés dans le même but, ont dépassé 200 kilomètres de longueur.

Les fleuves, à la côte Ouest, sont généralement navigables assez avant dans l'intérieur, et, plus particulièrement, le Betsiboka se remonte en chaloupe à vapeur jusqu'à 200 kilomètres dans l'intérieur, en pleine région aurifère. Il est ainsi assez facile d'amener jusqu'au point d'emploi, ou très près du moins, le matériel dont on a besoin. Une installation de ce genre a été créée par M. Suberbie pour exploiter les alluvions d'Ampasiry, et fonctionne avec une pression d'eau de 65 mètres, avec canalisation en tuyaux de 2 kilomètres, un canal d'adduction à l'air libre, et un barrage en tête de ce canal, dans la vallée haute, où court la petite rivière qui fournit les eaux.

D'autres gisements alluvionnaires sont simplement exploités au moyen de petits sluices ou de berceaux, et pour la plus grande partie simplement à la battée. Les conditions politiques que nous subissons, ne permettent pas de développer beaucoup les grands moyens pratiques et réellement producteurs du travail des alluvions.

C'est ainsi que l'exploitation des sables aurifères très riches du lit du Betsiboka, dont la largeur moyenne est de un kilomètre, au moyen de dragues et de suceuses actionnées électriquement, a déjà été étudiée, mais n'a pu être organisée. Le courant étant pris par la drague se déplacerait sur

un conducteur posé le long du rivage, et apporterait la force créée par les chutes du fleuve lui-même en amont, et recueillie par des turbines et dynamos.

En plus des alluvions, les filons aurifères connus sont nombreux, et certains sont en exploitation.

Dans la concession, l'exploitation est pour le moment concentrée au filon du Mandrozia. Le filon est connu en affleurements au haut de montagne, sur 7 ou 8 kilomètres de longueur; il a une largeur moyenne de k mètres environ, et la hauteur d'étage exploitable jusqu'au niveau de la vallée de la rivière Mandrozia est de 100 mètres.

Toute cette hauteur pourra être exploitée sans avoir à s'inquiéter des eaux d'épuisement.

La teneur de ce filon est de plus de 2 grammes à la tonne, teneur très rémunératrice.

Le filon est relié à l'usine par un chemin de fer à voie de 60 centimètres, d'une longueur de près de 5 kilomètres, et où circule une petite locomotive conduisant les trains de wagons. Le minerai est ainsi amené à l'usine qui, actuellement, ne compte que 10 pilons ou boccards. Le minerai, concassé d'abord, passe ensuite dans des trémies, et à des distributeurs mécaniques qui règlent le débit dans les mortiers. Pulvérisé ensuite dans les mortiers, il laisse son or, soit sur les feuilles amalgamées qui garnissent les parois des mortiers, soit sur les grandes tables amalgamées où il passe entraîné par le courant d'eau, à sa sortie des mortiers. De là les tailings, ou minerai pulvérisé stérile, sont entraînés parle courant d'eau au fleuve.

La force est fournie par deux turbines Hercule pouvant donner 120 chevaux de force. L'usine pourra donc être augmentée, ainsi qu'il en est projeté. Les ateliers de réparation prennent également la force qui leur est nécessaire à l'arbre des turbines.

Tel est l'ensemble des travaux créés depuis 1886, dans la concession de M. Suberbie. L'effort a été considérable, et si l'on n'avait pas eu à lutter, principalement depuis 1890, contre les agissements du gouvernement malgache, beaucoup d'autres installations auraient été menées à bonne fin.

La deuxième tentative d'exploitation des mines a été faite en 1889. C'est à la fin de 1888 que M. Guinard, après avoir visité les gisements aurifères et cuivreux du Sud, put passer un contrat avec le gouvernement malgache, pour exploiter ces gisements au compte du gouvernement lui-même. La région aurifère est la suivante : elle part de Behenjy, à 30 kilomètres environ au Sud de Tananarive, et descend jusqu'au Sud de Fianarantsoa, où elle.se noue à l'Ouest à la ligne aurifère dont il a été parlé précédemment. Comme largeur, cette région s'étend du versant Ouest des grandes lignes montagneuses de l'Est, de l'arête rocheuse principale de Madagascar, jusqu'au massif de l'Ankaratra, soit sur 80 kilomètres environ.

Cela n'est pas absolu, car il existe, plus à l'Ouest, des prolongements de cette bande aurifère, comme dans le Valolofotsy et le Mandridrano au Nord- Ouest, et dans le Bemazembina à l'Ouest, au milieu de la longueur de cette bande.

Il se peut que la zone aurifère s'élargisse beaucoup et que, tout en se venant souder à l'Est avec la précédente, elle se continue droit au Sud. Mais c'est là sa forme générale, et les renseignements nous manquent ou, du moins, sont peu précis sur ce prolongement.

Cette région fut tout entière prospectée, de très nombreux postes créés et l'exploitation faite principalement au sluice. Il ne fallait guère songer, étant données la distance à la mer et la difficulté des communications, à installer des outils d'abattage des alluvions. Le centre de toutes ces exploitations aurifères était à Ialatsara, près d'Ambositra, mais plus Nord, et un agent français sous les ordres de M. Guinard y était installé. Tous les postes étaient conduits par des Malgaches, sous la surveillance de cet agent.

En même temps, à Ambatofanghana, par plein Ouest d'Ambositra et à 60 kilomètres, près de la rivière Ivato, affluent du Mania, nom porté près de ses sources par le Tsiribihina, fleuve de la côte Ouest, des gisements de minerai de cuivre étaient mis en exploitation. Ambatofanghana est à l'altitude de 1.700 mètres, et le climat y est relativement très froid. Les variations extrêmes du thermomètre au cours de l'année sont de -+- 2 à -h 26.

On y a fréquemment de la gelée blanche et les petites flaques d'eau sont constamment prises de glace, sur leurs bords, pendant les mois frais de mai et septembre.

Le minerai de cuivre fut découvert, il y a douze ans environ, par un Malgache, nommé Rainimiaraka, qui devint à la suite gouverneur de cette région. Ce minerai est formé aux affleurements de malachite et d'azurite, d'une teneur de 17 à 18 % en métal. En profondeur, soit à partir de 18 mètres environ, le minerai se transformant n'était plus oxydé, mais bien sulfuré, et passait au cuivre panaché dont la teneur en métal était de près de 30 %. Cette teneur est évidemment énorme, et n'existe pas dans les gisements exploités jusqu'à ce jour. Mais en admettant qu'elle arrivât à baisser de moitié, le gisement serait néanmoins fort beau. Les affleurements étaient connus en plusieurs points sur une longueur de 8 kilomètres. Une poussée de micaschistes avait séparé le gisement en deux parties. Ce minerai venait en filon, au milieu de calcaires du terrain silurien, et ces calcaires fort beaux, d'allure cristalline, cassure de marbre , fournissaient une chaux grasse excellente. Elle fut utilisée après préparation, c'est-à-dire avec mélange d'argile et cuisson pour la rendre hydraulique, pour la construction de travaux entrepris en ces points. La route reliant les points en exploitation à l'emplacement choisi pour l'usine était faite. Un barrage fut commencé qui devait avoir 15 mètres de hauteur et emmagasiner toute l'eau nécessaire au fonctionnement, en saison sèche, des turbines actionnant les machines à air des Fours-Jaket. Tous les renseignements avaient été pris pour la commande de ces fours, et la demande faite au

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gouvernement malgache pour l'achat de tout ce matériel. C'était vers la fin de 1891. De ce moment tout périclita. La situation politique avec la France était devenue fort tendue ; puis il fallait dépenser des sommes pour fonder une usine, et les Malgaches ne voulaient guère admettre que l'on ne put tout faire avec les propres ressources du pays; enfin, et c'est là la grande raison, cela eût amené dans le Sud un personnel français assez considérable, et ce n'était pas au moment où le gouvernement malgache avait décidé de nous éliminer de l'île, qu'il convenait de faire venir de nouveaux Français, qui de plus, auraient été attachés officiellement au gouvernement malgache. Il fut décidé de laisser tomber ces exploitations, et sans que rien d'officiel n'ait été dit, les ordres furent, en dessous, donnés en conséquence. Le personnel ouvrier fondit entre les mains de M. Guinard qui ne put obtenir que de vaines promesses, et jamais la reprise de cette affaire. 11 dut partir. En même temps les gisements aurifères furent abandonnés à un pillage savamment organisé, de complicité avec de très grands fonctionnaires de Tananarive, et la situation devint telle, qu'à la fin de 1892, M. Guinard quitta le service du gouvernement malgache.

Depuis cette époque ces gisements n'ont pas été repris. Seuls les voleurs d'or continuent, avec des moyens rudimentaires de lavage, à travailler dans la région.

L'or a été reconnu également au Nord de Tana-

narive et jusqu'aux environs de Mandritsara, au Nord du lac Alaotra. Mais ces gisements sont peu connus; aucun blanc ne les a sérieusement prospectés, seuls les indigènes y travaillent un peu.

Le minerai de cuivre est connu en d'autres points très nombreux, mais nulle part on n'a essayé de créer une exploitation comme il a été fait à Ambatofanghana. A l'Ouest, près du Betsiboka, on trouve assez fréquemment le cuivre à l'état natif, et de beaux gisements existeraient à la baie de Bombetoka.

Tels sont les principaux efforts faits à Madagascar pour l'utilisation des gisements minéraux ; tels sont aussi, du même coup, les gisements les mieux étudiés. Beaucoup d'autres existent certainement qui pourront plus tard être mis en exploitation car « on peut dire d'une façon générale que l'or existe partout à Madagascar », comme s'exprimait M. Guinard dans une conférence faite, dans le courant de l'année 1894, à la Chambre de Commerce de Saint- Etienne.

Le fer existe aussi presque partout sous forme de particules de fer oligiste, d'hématite principalement, et de minerais magnétiques.

Les Malgaches en exploitent pour leur usage, simplement en le brûlant avec du charbon de bois dans des trous creusés en terre. Mais, malgré l'abondance et la richesse de ce minerai, le manque de houille sera une très grande difficulté pour son exploitation.

Il y a des lignites dans le Manavava, à divers

endroits sur la concession Suberbie, et vraisemblablement ailleurs; de la tourbe en un très grand nombre de points , en particulier dans la plaine du Mangoro et de son affluent l'Onive, dans celle de l'Andrantsay à l'Ouest de Betafo, et celle de Tlkopa, près de Tananarive ; du kaolin, un peu au Sud de Tananarive, à côté du Behenjy et dans d'autres points à l'Ouest; des calcaires à chaux et des calcaires azoïques dans le bassin silurien d'Ambatofanghana à l'Ouest d'Ambositra et au Nord de Tananarive, et des calcaires de divers âges, depuis le trias jusqu'au tertiaire, à partir de Suberbieville jusqu'à la mer, etc.; du gypse de trias près d'Amparihibe; du plomb, avec traces d'argent, en beaucoup d'endroits du plateau central, vers l'Ankaratra, et les Malgaches l'exploitent en petit pour le vendre aux Européens; quelques autres minerais en faible quantité, du zinc, du manganèse, de l'antimoine etc. M. Guinard a rencontré un fragment de minerai de nikel ; il y en aurait donc à Madagascar, quoiqu'on ait toujours dit le contraire. Le Père Campenon m'avait auparavant affirmé la même chose. Il n'y a pas de minerai d'étain connu.

Il y a du cristal de roche et, parait-il, de splendides blocs dansFAntsihanaka, en particulier près du lac Alaotra, et peut-être plus au Sud, sur le versant oriental.

On a rencontré aussi, en fait de pierres précieuses des fragments de rubis, de topaze émeraude, de saphir dans les sables des alluvions aurifères,

c'est-à-dire au sud de Tananarive, dans le bassin de l'Onive et celui de la Mania, et à l'Ouest dans le bassin de l'Ikopa. On ne connaît pas de diamants.

Signalons enfin des sources d'eau thermales : à Ranomafana, sur la route de Tamatave à Tananarive ; un autre à Ranomafana, près de Mananjary ; à six milles au Sud-Ouest du lac ïtasy, à l'angle Sud-Est du marais Ifanja; dans le lit de l'Ikopa à 45 milles au Nord-Ouest de Tananarive, au pied de la montagne d'Ankadivato à Valalafotsy, et quelques milles plus bas dans le même fleuve ; à Andranomafana à la naissance du mont Vavavato, dans la vallée de Betafo , où à un certain endroit la source d'eau chaude est extrêmement abondante; surtout à Antsirabe et à Ramainandro, et, vraisemblablement, en beaucoup d'autres endroits.

Celles de Betafo, de Ramainandro et d'Antsirabe ont été analysées à diverses reprises. Voici les résultats obtenus par les soins de l'Académie de médecine de Paris.

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