CHAPITRE VII
Nous avons terminé ce que l'on pourrait appeler la description externe de Madagascar, orographie, hydrographie, côtes, climat, etc.
Nous allons maintenant pénétrer plus avant, et étudier ses richesses naturelles : mines, production du sol, forêts, flore, faune, puis le mouvement commercial et enfin les divers peuples qui l'habitent, leur nombre, leurs qualités, leurs défauts, leur avenir.
Nous commencerons, tout naturellement, par un aperçu géologique de la constitution du sol,
(1) Ce chapitre est dû à l'obligeance de M. Guinard, ingénieur en chef de l'exploitation Suberbie, autrefois ingénieur du gouvernement Malgache, et qui, en cette qualité, put étudier les richesses minéralogiques d'une grande partie du sol de Madagascar. 11 devait publier lui-même le résultat de ses recherches. Hélas ! la mort est venue l'arracher presque subitement aux regrets de tous ceux qui l'ont connu, alors que le plus bel avenir s'ouvrait devant lui. Et il m'est vraiment pénible de n'avoir ici que des regrets à exprimer, au lieu des remerciements que je lui devais pour l'extrême obligeance avec laquelle il mit toutes ses notes à ma disposition, et me donna la carte géologique publiée dans ce volume, la première qui paraisse sur ce sujet.
nécessaire pour reconnaître les richesses minéralogiques de la grande île.
GEOLOGIE.
Nous avons dit ailleurs qu'une grande arête longitudinale, composée de deux lignes principales et contigùes, règne du Nord au Sud de l'île. C'est l'ossature principale du massif primitif, formé de gneiss, micaschiste et granit.
Plus rapproché de la côte Est que de la côte Ouest, ce massif s'étend néanmoins assez avant à l'Ouest, et va jusqu'au confluent des deux fleuves Ikopa et Betsiboka. Sa terminaison, au Sud de Fianorantsoa, n'est pas connue jusqu'à présent.
Du côté Est, et près de la côte, court une bande de tertiaire, de 30 à 50 kilomètres de largeur environ, coupée en certains points, entre Mahanoro et Tamatave, par des accidents basaltiques, qui sont orientés presque Est-Ouest. Ces accidents se prolongent jusque dans l'intérieur; ou, du moins, on les retrouve coupant transversalement les grandes lignes d'arête , allant jusqu'au centre, et formant ainsi les bassins fluviaux. Ils ont aussi contribué au soulèvement du plus haut massif de File, celui de l'Ankaratra, dont le sommet le plus élevé au Sud-Est, le Tsiafajavona, a
2,6:J2 mètres. L'altitude moyenne de l'arête centrale est de 1,500 mètres. Elle s'abaisse au Nord et au Sud.
Certains de ses contreforts détachés au Sud de Tananarive, du coté dAmbotofanghana, arrivent à des altitudes de 1,700 à 2,000 et 2,100 mètres pour deux ou trois pitons.
Les bassins formés par les lignes d'arêtes et les accidents basaltiques transversaux, ont été, plusieurs du moins, lacustres, pendant une longue période; puis des mouvements plus récents, d'époque quaternaire, corrélatifs à des éruptions volcaniques dont la ligne des cônes se tient aussi Est-Ouest, dans tout le Sud de Tananarive, ont donné naissance à de grandes failles, par où se sont vidés ces lacs. Elles forment actuellement le lit torrentueux des fleuves de ces bassins, mais seulement sur la longueur de la coupure , soit à travers les lignes d'arête principale. Ces bassins lacustres étaient surtout celui de l'Onive et celui du Mangoro, qui, réunis ensemble, viennent déboucher à la côte Est, à Mahanoro. Également celui où coule le Mananjary, un peu au Nord de Fianarantsoa.
A la côte Est, le relief de l'Ile ne s'est formé que très lentement, au cours des époques géologiques passées, pour nous apparaître tel qu'il est.
Je crois fortement que les cours d'eau se précipitaient directement aux mers triasiques, jurassiques, tertiaires, sans être trop barrés dans leur cours par des accidents transversaux.
Néanmoins sur le cours du Betsiboka, dans la partie occupée par les terrains sédimentaires , il y a eu deux principaux soulèvements basaltiques, barrant le fleuve et formant des bassins lacustres, qui ont été successivement crevés, mais en laissant des traces très nettes de leur existence.
D'une façon générale, à la côte Ouest, c'est-àdire sur le versant Ouest du massif principal, les formations sédimentaires ont encore une très grande importance. Je vais les passer en revue :
Au Sud de Tananarive, un bassin silurien, découpant un golfe profond dans le relief des terrains primitifs , allant du Tsiribihina à un affluent du Matsiaka, sur une longueur N.-S. de 60 kilomètres environ, buttant au primitif à l'Est , et plongeant à l'Ouest où des sédiments supérieurs le recouvrent. Formation puissante de calcaires cristallisés, azoïques, où se trouvent, crevant leur masse, de beaux filons de minerai de cuivre, malachite et azurite en surface, et cuivre panaché en profondeur.
Dans Tordre de succession géologique, on trouve au Nord-Ouest, un grand bassin houiller comprenant les deux étages, houiller proprement dit et permien (1).
D'autres pointements de houiller sont signalés à la côte Ouest, plus au Sud, vers le cap Saint- André et près de Tulear. Je ne les ai pas visités. Le bassin houiller du Nord est stérile comme
(1) Voir Industrie minérale 1889, t. II.
GÉOLOGIE KT MINERALOGIE. 121
houille. Cela peut peut être expliqué par la forme de la pointe Nord de l'Ile, c'est-à-dire la très faible surface du primitif émergé à cette pointe, à l'époque de formation houillère, surtout sur le versant Ouest , dont les érosions ont fourni les éléments de cette formation, et par conséquent par la faible importance que devait avoir le règne végétal sur ce versant si restreint, et l'impossibilité de fournir en quantité suffisante les éléments végétaux pour la formation des bancs de houille. Mais, il se pourrait qu'au Sud, où le relief montagneux du primitif émergé à cette époque, était beaucoup plus étendu, les éléments végétaux pour la formation de la houille, occupant de bien plus grands espaces, aient pu contribuer à la formation de bancs exploitables dans ces régions houillères signalées. Mais cela n'est qu'une hypothèse non vérifiée jusqu'à présent par des explorations.
Enfin toute la série des roches sédimentaires , depuis le tertiaire supérieur jusqu'au trias, en stratifications très étendues , très belles , et que j'ai pu parfaitement étudier, depuis Majunga jusqu'à Suberbieville , au confluent de l'Ikopa et de Hetsiboka.
Cette formation sédimentaire existe sur toute la côte Ouest. Le permien limité au Sud, à la pointe de la baie de ftaminetoka par un puissant accident basaltique, est continué par le jurassique qui s'étend au Sud environ jusqu'à la ligne de crête de la rive droite du bassin du Mahajambo.
i MADAGASCAR.
Les sédiments supérieurs apparaissent, ensuite
long de la côte, jusque vers le cap Saint-Anciré où le houiller se montre à nouveau. Je nai pas de renseignements très précis sur les formations sédimentaires.
Telles sont les données principales de la formation géologique apparente de nos jours à Madagascar.
Elles sont très sommaires, mais il serait trop long d'étudier ici le relief de l'ile aux diverses époques géologiques passées, et, ce que nous avons dit, suffira pour comprendre ce que nous avons à dire des richesses minéralogiques et minières de ce pays, de ce qui a été tenté, de ce qui a échoué par des circonstances fatales, dépendant de l'état politique actuel de ce pays , et non de la pauvreté des gisements et des entreprises qui n'ont pu se maintenir jusqu'à ce jour.