PRODUITS DIVERS
A l'étude de la forêt, se rattache celle d'autres produits très nombreux et encore très peu connus que l'on y rencontre. Pour abréger, nous n'en étudierons que trois plus importants et qui sont l'objet d'un certain commerce d'exportation, la cire, la gomme copal et le caoutchouc.
1. Cire. — La cire se trouve dans toutes les forêts; mais surtout vers la côte Est. C'est là qu'elle est le plus exportée, en particulier à Tamatave, Mananjary et les autres ports deTEst. Récoltée sans aucun soin et remplie de matières étrangères, elle est cependant cotée sur les marchés européens au même titre que celle du Sénégal. Mais pour recueillir quelques livres de
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cire et de miel, les indigènes détruisent des ruches entières. Aussi ce produit devient-il rare, et Ton peut prévoir le temps où, à moins de mesures protectrices énergiques, il disparaîtra complètement. Déjà il est difficile d'en trouver dans les forêts de la côte Nord-Ouest, et le mouvement d'exportation est considérablement diminué un peu partout.
A Tamatave, les 100 kilog. de cire valaient de 140 à 150 francs en 1890, et les cours des autres ports étaient sensiblement les mêmes. En avril 1892, elle se vendait 2 fr. 20 le kilog. En 1882 alors qu'on commençait à l'exploiter, elle valait 1 franc ou 1 fr. 10 (1).
Le miel verdâtre et de qualité médiocre est consommé sur place. Les Hova s'en servent parfois, en le faisant fermenter et en le distillant, pour préparer une liqueur qu'ils appellent taokatantely ou rhum de miel.
2° Gomme copal. « Un autre article important d'exportation, dit M. Tacchi dans la lettre , ou plutôt le rapport déjà cité, est la gomme copal.
« Il y en a deux principales qualités dans le N.-E. de File, la blanche et la rouge, la première étant de beaucoup supérieure à l'autre. Ce n'est point le dépôt annuel du copalier, comme la gomme que nous voyons sur nos marchés, que l'on exporte, mais les anciens dépôts tombés de l'arbre depuis de longues années et que les natu-
(1) Mr. Tacchi's letter, 21 décembre 1882. M. Foucart, p. 248.
rels déterrent du sol. Quand ils découvrent une forêt de copaliers, ils ne regardent point en haut pour découvrir la gomme, mais se metteiit immédiatement à creuser, et j'ai vu, des morceaux de gomme de 8 à 10 livres, trouvés sous des couches de terre de plusieurs pouces d'épaisseur. »
La gomme est achetée aux habitants au prix de 0 fr. 50 la livre.
On n'exploite guère encore que la gomme copal de la côte Est; mais on récolte très bien, quoi qu'en dise Tacchi, la résine qui suinte de presque toutes les parties de l'arbre et surtout des incisions faites à cet effet au tronc. Le copalier vient surtout près de la mer, quelquefois entre les lagunes et l'Océan.
Il y en a aussi beaucoup à l'Ouest; mais, jusqu'à présent, personne ne s'en est occupé.
L'exportation de la gomme copal est très limitée, une quarantaine de mille francs pour toute la côte Est , et à peu près uniquement à destination de l'Angleterre. Les prix tendent à monter. Ainsi les 100 livres se vendaient de 120 à 150 francs au commencement de 1889 ; et de 150 à 190 en 1891 ; tandis qu'en 1882 ce n'était que 50 francs.
Les indigènes emploient beaucoup d'autres résines pour faire des vernis diversement colorés. Il y a certainement là des études intéressantes à faire, et probablement des résultats précieux à espérer. 3° Caoutchouc. — On sait toute la valeur du caoutchouc, et les immenses débouchés qui lui sont assurés par son emploi de plus en plus répandu.
Il y a donc là, il y aura surtout dans L'avenir, quand l'exploitation en sera méthodiquement faite, une immense source de richesses pour Madagascar.
La plante à caoutchouc se présente sous deux formes, la liane et l'arbre à caoutchouc .
La liane se rencontre dans toutes les forêts de File; mais dans les parties facilement abordables, par exemple dans les environs de Tamatave et des autres ports du Nord-Est, elle commence à devenir très rare.
Et cela pour trois causes.
1° Le mode d'exploitation, les indigènes détruisant complètement la liane rencontrée.
2° La destruction progressive des forêts.
3° L'interdiction portée par les concessionnaires d'exploiter le caoutchouc sur leurs concessions, à moins de le leur céder, à des prix fixés par eux et trop faibles pour être rémunérateurs.
11 est plus abondant et surtout à plus bas prix à l'Ouest, où le commerce est moins actif et les populations plus clairsemées.
C'est ainsi qu'à Mojanga, en 1892 et en 1893, il en a été exporté, chaque année, 85.000 livres, pour Marseille avec option pour Londres.
Il n'y a pas 30 ans que les indigènes ont appris à connaître la valeur du caoutchouc. Seuls quelques enfants s'amusaient autrefois à en recueillir le suc qu'ils coagulaient avec du jus de citron. Aujourd'hui au contraire, c'est l'occupation d'un grand nombre d'indigènes au caractère vagabond
et nomade, de parcourir les bois pour recueillir la précieuse gomme.
Par bandes de 5 ou 6, portant une hache, une bouteille d'acide sulfurique ou des citrons, une provision de riz , des marmites , et , depuis quelque temps, un fusil, ils s'enfoncent dans la forêt jusqu'à ce qu'ils aient découvert la précieuse liane. Ils campent alors en cet endroit et se mettent au travail. Les lianes ont jusqu'à 6 pouces de diamètre à la racine, et vont en s' effilant à mesure qu'elles s'élèvent le long des arbres, formant bientôt une seule masse compacte. Les Malgaches grimpent aux arbres et tranchent impitoyablement chaque branche qu'ils peuvent atteindre sans épargner même la racine; ils les coupent en fragments de deux pieds de long qu'ils placent debout sur un auget en bambou, par où le suc s'écoule dans une marmite en fer de 2 ou k gallons de contenance. Quelques gouttes d'acide sulfurique, de jus de citron, ou d'absinthe de commerce, ou simplement du sel marin, de l'extrait au tamarin, ou même de l'eau chaude, changent aussitôt ce suc en un caillot (1) qui devient la boule du commerce, d'un diamètre variable, ayant à l'extérieur une couleur brune foncée, et à l'intérieur une teinte jaune fauve.
Cette boule contient beaucoup d'impuretés, résultat inévitable de son mode d'exploitation, et aussi ajoutées parfois intentionnellement, afin d'en augmenter le poids.
(1) Cf. Tacchi, Rapport cité.
La meilleure qualité est le caoutchouc à l'acide sulfurique; c'est aussi le plus cher; il se vend à Mojanga jusqu'à 200 francs les 100 livres anglaises.
Le caoutchouc au citron ou à l'extrait au tamarin, préparé par les Sakalaves, est le plus impur, renfermant beaucoup de terre, de sable, de cailloux. Il se vend un peu plus de 30 piastres ou 150 fr. les 100 livres anglaises.
Le caoutchouc au sel dit de Menabe est un peu plus propre, mais d'apprêt insuffisant à lui enlever toute son humidité. Il perd de son poids lors de son arrivée en Europe, jusqu'à 50 %. Il se paie de 25 à 30 piastres les 100 livres anglaises.
En 1882 son prix n'était guère que de 100 à 125 francs. Dix ansaprès,àTamatave, il atteignait 250 francs.
La valeur totale de l'exportation du caoutchouc par les ports de l'Est est de 1.200.000 francs par an. Ses principaux marchés sont, après l'Amérique, Marseille et Londres, mais surtout cette dernière ville où les cours sont plus élevés, le fret étant absolument le même que pour Marseille.
2° Arbre à caoutchouc. — J'ai déjà parlé ailleurs de cette découverte toute récente dans les forêts du Sud de File, d'un arbre à caoutchouc, dont le suc se coagulait de lui-même à l'air libre, sans sel ni acide. C'est à Vangaindrano, qu'on en vit pour la première fois en 1890, non pas qu'il y en ait dans le voisinage — il vient de plus loin dans l'intérieur — mais parce que les Antaisaka, qui sont les courtiers de ces régions, l'apportèrent
naturellement aux traitants établis parmi eux.
Depuis, Fort-Dauphin est devenu le centre de ce nouveau commerce, qui a étouffé à peu près tous les autres, celui des cuirs, des billes équarries, des sacs vides, nattes, tortues, etc. De rapides fortunes ont été réalisées.
Du reste, l'exploitation n'en est pas plus intelligente que celle de la liane, et les boules sont également mélangées de matières étrangères. De même, les arbres à caoutchouc disparaîtraient rapidement si des mesures n'étaient prises pour leur conservation.
Il parait y en avoir de grandes quantités, et M. Gautier l'a rencontré partout dans le Sud, aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est, depuis à peu près Vangaindrano jusque vers Saint-Augustin. V Annuaire Malgache de 1894 signale surtout un centre important et fort riche le long du Mandrara, à l'Ouest de Fort-Dauphin.
Il y, a évidemment beaucoup d'autres produits, peut-être très riches dans ces forêts encore inconnues. Signalons seulement en courant :
Les orchidées et les aroïdées, très abondantes et parfois très belles. Quelques-unes atteignent en Europe un prix élevé, et elles ont été pour plusieurs la source de bénéfices considérables. La plante est prise avec une partie d'humus où elle puise sa nourriture, enveloppée de mousse,, et expédiée aussitôt à Anvers.
Rappelons aussi Yorseille qui était autrefois, surtout à l'Ouest et au S.-O., l'objet d'un mou-
vement d'échanges considérables, et que de nombreux vaisseaux allaient chercher jusque sur ces rivages inhospitaliers et sauvag-es. Mais l'emploi des couleurs d'aniline en a entièrement détruit la valeur, et l'a fait complètement abandonner.