LES BAR A
Les Bara sont bien le type des peuples soitdisant conquis par les Hova et qui, en fait, sont complètement indépendants.
A part, en effet, le poste d'Ihosy, sur la route de Fiararantsoa à Saint-Augustin, où les soldats de ïananarive ont pu enfin s'établir après plusieurs expéditions infructueuses, tous leurs autres efforts ont été stériles. Le pays des Bara est trop loin et les Bara eux-mêmes trop courageux. Les soldats Hova désertent pendant la marche, ou sont malades, ou succombent aux privations, et les Bara restent définitivement vainqueurs. Ce sont eux aujourd'hui qui font incursion chez les Betsileo leurs voisins, attaquent leurs villages à l'improviste, tuent leurs hommes, enlèvent leurs bœufs et emmènent leurs femmes et leurs enfants en captivité. Les soldats Hova, en garnison au pays des Betsileo, accourent pour les repousser, mais ordinairement trop tard, alors que les brigands ont déjà disparu ou qu'ils sont en sûreté.
Quant aux N pauvres Betsileo , privés d'armes par leurs vainqueurs et, par suite, incapables de se défendre, ils n'ont d'autre ressource que de s'enfuir ou de se cacher dans des cavernes dont ils tâchent de défendre l'entrée contre leurs terribles voisins.
Ceux-ci cependant, sont parfois vaincus, comme par exemple lorsque le Dr Besson accompagna, ou plutôt conduisit une expédition envoyée pour les repousser, et alors ils sont impitoyablement passés par les armes.
Mais d'autres viendront bientôt, non pas pour les venger, mais pour piller et voler à leur tour , car c'est là le plus clair de leurs ressources.
Les Bara occupent la partie méridionale du massif central avec des limites assez mal définies à l'Ouest et au Sud. Leur pays est borné au Nord et à l'Est par les Betsileo, à l'Ouest par le Fierenana, au Sud par les Antanosy émigrés et les Masikora. Us sont séparés de ces derniers par de vastes étendues désertes marquées sur les cartes sous le nom de désert de Horombe. Les montagnes, qui s'étendent du.22° au 22°30'lat. Sud, diffèrent de celles du massif central en ce qu'elles n'offrent pas de formes arrondies comme la plupart des montagnes de rimerina par exemple, mais des flancs abrupts et des cimes sauvages qui dominent la contrée environnante .
C'est en leur milieu qu'est bâtie la capitale Ihosy, et c'est de leur sein que sortent des rivières se dirigeant les unes au N.-O. vers le canal de Mozambique, les autres à l'Est, comme par exemple le Menarahaka qui, après s'être frayé un chemin à travers la chaîne orientale, prend le nom de Mananara et se jette dans l'Océan Indien près de Van-
gaindrano. La majeure partie de la contrée se compose du reste de montagnes granitiques et présente, entre 43° et 43° 30' long. Est, un vaste plateau abandonné qui peut avoir 200 kilomètres du Nord au Sud, sur une largeur de 65 kilomètres, et va en s'a baissant par des gradins successifs dans la direction de l'Ouest.
Tout ce pays est divisé en une multitude de peuplades indépendantes les unes des autres. Seules les vallées sont habitées, les montagnes et et les plateaux étant presque complètement déserts. 11 y aurait, assure-t-on, beaucoup de mines, en particulier d'or et de cuivre.
Le pays ne manquerait pas non plus d'une certaine fertilité ; et il est probable qu'on pourra en tirer grand parti, quand il sera possible d'y pénétrer, de l'étudier et de l'exploiter.
Les Bara ressemblent beaucoup aux Betsileo, mais avec un aspect et un extérieur plus grossier. Ils sont aussi plus grands et leurs membres plus grêles. Ce qui les distingue surtout, c'est leur chevelure disposée en grosses boucles sur la tête. Ces boucles, dont un énorme chignon occupe le centre, sont enduites de graisse, de cire et souvent de terre blanche. Un os blanc, de la grandeur d'une pièce ^de cinq francs, légèrement convexe, est attaché par un fil au milieu de leur front. C'est un talisman auquel ils attachent la plus grande importance. Ils en ont souvent un autre, attaché par un cordon autour du cou, et leur pendant
sur la poitrine, au milieu des tatouages les plus divers et les plus bizarres.
Ils ne vont jamais sans leurs armes, comme leurs voisins du Sud ou de l'Ouest; ils dorment avec elles et, ce qui frappe au premier coup d'œil quand on les aperçoit, ce sont leurs fusils aux culasses ornées de nombreux clous de cuivre toujours brillants, leurs sagaies polies et étincelantes.
Jusqu'ici ils n'ont montré que peu d'empressement pour l'instruction et la civilisation ; ils ont cependant plus d'une fois demandé des missionnaires catholiques, mais ils détestent les missionnaires protestants qu'ils considèrent comme inféodés aux Hova, et ces missionnaires à leur tour exagèrent leurs défauts et leurs cruautés.