ETRANGERS
La population étrangère de Madagascar s'élève à 20,000 personnes, suivant le chiffre donné par M. le ministre des Affaires Étrangères à la séance de la Chambre, désormais historique, du 13 novembre 1894. Ce sont, par ordre numérique, des Indiens, des Comoriens, des Créoles, des Européens et des Américains.
Les Indiens se sont établis sur toutes les côtes, sauf au Sud, où ils n'ont pas encore pénétré; ils sont surtout nombreux àTamatave, Diego-Suarez, et Nosy-Be, où à peu près tout le commerce de détail est entre leurs mains. Ils sont loin d'être un élément de moralisation ; mais on ne peut leur dénier l'habileté, l'économie, l'assiduité à leurs affaires. Je n'ai peut-être guère vu d'employé de commerce à la mine plus intelligente, plus attrayante et plus canaille en même temps, qu'un jeune homme de 15 à 16 ans, à qui j'achetais quelques mauvais biscuits à Andevoranto; et l'on comprend, en entrant en contact avec de telles natures, comment ils prospèrent partout. Les Indiens établis à Madagascar sont peut-être, suivant le chiffre donné par M. Martineau, de 10,000 à 12,000.
Ajoutez-y quelques Chinois aussi habiles et aussi
VIO „ MADAGASCAR.
corrompus que les Indiens, et dispersés en plusieurs points de la côte, une vingtaine en tout peut-être.
Les Comoriens viennent d'Ànjouan, de Mayotte ou de la Grande Comore. Ils sont particulièrement nombreux au Nord-Ouest, entre Nosy-Be et Majunga; il y en a aussi à Diégo-Suarez et jusqu'à Tananarive, où ils se réclament volontiers du protectorat français.
Généralement ils sont arabes, et ne font qu'ajouter à la corruption native.
Les Créoles sont originaires de Bourbon ou de Maurice. Ils jouissent les uns et les autres, mais plus particulièrement ceux de Bourbon, d'une mauvaise réputation. Évidemment il y a de très honorables exceptions, et bien des familles de Tamatave ou d'ailleurs, originaires de laBéunion, sont parmi les meilleurs : travailleurs, sobres, justes en affaires, d'une conduite irréprochable, fidèles à leur foi, et dévoués à leur pays. Mais beaucoup d'autres, tout en gardant la foi, l'oublient totalement dans la pratique et dans la conduite de leur vie. De plus ils sont, dit-on, prétentieux, orgueilleux, dépensiers et paresseux.
Les Mauriciens semblent avoir plus de dispositions pour le commerce. Mais outre qu'il ne faudrait pas exagérer leurs qualités, et qu'ils sont bien, après tout, les frères des créoles de Bourbon, ils possèdent un autre défaut qui facilement nous les rendrait odieux. On a parlé souvent en France de cette race si française de Maurice... Français,
TRIBUS INDÉPENDANTES. -Vil
ils le furent jadis, et ils savent au besoin s'en prévaloir; ils parlent encore notre langue. Au fond, ils sont heureux et fiers d'être Anglais, et je ne me fierais pas outre mesure à leur affection pour la France.
Chien ou loup, suivant l'occasion, plutôt ce dernier que le premier : voilà le Mauricien.
.Mieux vaudrait être franchement ou bien l'un, ou bien l'autre.
Il est dificile de fixer le nombre des créoles établis à Madagascar. Ceux de Maurice sont plus nombreux que ceux de Bourbon, mais rien ne nous permet de donner de chiffres certains, car l'A/ii) wt ire de Madagascar qui donne le nom de chacun d'eux, ne les distingue pas des Européens. Ils sont en tous cas plus de 1,000, peut-être de 1,200 à 1,300.
M. Larrouy, dans sa mémorable lettre du 27 juin dernier au gouverneur de la Réunion, donne le tableau suivant des arrivées et départs sur les paquebots des Messageries Maritimes, des créoles de Bourbon, dans le port de Tamatave.
1° Durant l'année 1893 :
Arrivées, 151; départs, 76; — excédent, 75.
2° Du 1er janvier au 7 juin 1894 :
Arrivées, 73; départs, 55; — excédent, 18. Totaux : Arrivées, 224.
Départ, 131.
Excédent, 93.
Ce serait donc 93 créoles établis àMadagascarpendant l'espace de dix-huit mois. Mais comme ce chif-
fre ne comprend pas ceux rapatriés par la Compagnie Havraise, il est de beaucoup trop élevé.
Un dernier détail, qui ne justifie que trop ce que nous disions plus haut, c'est que presque tous ces rapatriés l'ont été en qualité d'indigents, et aux frais de la Résidence de France.
Parmi les autres blancs ou Vahaza établis à Madagascar, les Français dominent comme nombre. Ce sont des fonctionnaires, soit de la Résidence, soit du Comptoir d'Escompte; un certain nombre de négociants et de colons; puis les missionnaires Jésuites, les Frères des Écoles Chrétiennes, les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny.
Les étrangers, Anglais, Luthériens, Allemands, Américains, sont de même ou des missionnaires, ou des commerçants, ou des voyageurs, ou des membres du corps des consulats. Pris tous ensemble, sans la garnison de Diégo-Suarez, en y comprenant les femmes et les enfants, ils fourniraient peut-être un total de 600 personnes, dont les trois quarts français.
Avec les créoles, on arriverait au chiffre d'environ 1800.
De ces Yahaza, il doit y en avoir : 1° près de 800 sur la côte Orientale, dont : 300 à Tamatave , 30 à 35 à Sainte-Marie, 35 à Vatomandry, 70 à Mahanoro, 35 à Masinandro ou Mananjary, 65 à Fort-Dauphin.
Les autres se répartissent en nombre inégal dans un certain nombre d'autres villes de la côte : Vphemar, Sambava, Antalaha, Maroantsetra, Fene-
rife, Ivondrono, Andevoranto, et quelques autres moins importantes.
2° 300 sur la côte ouest la moins fréquentée, dont : 100 à Nosy-Be ; 100 à Suberbieville et les autres postes de l'exploitation Suberbie; 20 à Majunga; 15 à Tulear; 30 à Nosy-Ve et 60 à 80 dans quelques autres points secondaires.
3° Enfin, en laissant de côté les soldats de l'escorte, près de 2G0 personnes dans le centre de File, dont :
75 employés ou négociants à Tananarive et
7 à Fianarantsoa.
Tout le reste est composé de missionnaires répartis en beaucoup d'endroits où ils sont seuls à représenter l'élément européen.
A un autre point de vue, il y a peu de créoles dans le centre, mais surtout des Européens; les Français dominent dans l'Ouest : il n'y a pas, en particulier, 6 sujets anglais dansla concession Suberbie; mais ce sont les Mauriciens qui sont le plus nombreux à l'Est.