‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 74 sur 94 · APPARENCE EXTÉRIEURE, COSTUME, HABITATIONS · texte numérisé non relu

APPARENCE EXTÉRIEURE, COSTUME, HABITATIONS

La première chose qui frappe le voyageur à Madagascar, c'est la diversité de couleur, de visage, de race des habitants. Que de fois l'on m'a demandé : « De quelle couleur sont les Malgaches? » et la seule réponse que j'ai pu faire à cette question est celle-ci : « De toutes les cou-

leurs. » Il y en a en effet de noirs, de blancs, de cuivrés, avec toutes les nuances intermédiaires. C'est qu'il n'existe probablement pas au monde de race plus mélangée; et il est complètement exact de dire, qu'il y a du sang de tous les peuples dans les veines du peuple malgache.

Nous y rencontrons, en effet, nettement caractérisé, le type sémitique, surtout vers le Sud- Ouest ou le Nord-Ouest. Nous y rencontrons le type nègre africain, tout particulièrement chez les Sakalaves de l'Ouest et également au centre de l'Ile. En Imerina, les Ho va, avec « leurs yeux allongés et bridés, leurs pommettes saillantes, leurs cheveux lisses, leur teint jaune ou cuivré, sont évidemment de race malaise. — Au contraire, la face ronde et aplatie des tribus de l'Est en particulier, leur nez écrasé à la racine, leur chevelure touffue et globuleuse en tête de vadrouille (1) », en fait une race nègre toute différente des races de l'Afrique. La présence enfin des Européens, des créoles, des Indiens en beaucoup de points, au milieu d'un peuple de mœurs excessivement relâchées, devait aussi introduire parmi eux des traces parfois très visibles de la race blanche, avec sa couleur, ses traits, ses notes caractéristiques.

Et toutes ces diverses races, tous ces types différents, sont mêlés, croisés, confondus à l'infini par une cohabitation séculaire, par des unions et

(1) Grandidier, Madagascar, p. 15.

des croisements sans fin. Aussi, à mon avis, est-ce faire fausse route que de vouloir, comme le faisait jadis un écrivain dans la revue Y Explorai ion, séparer les Malgaches en races tranchées et distinctes : celle de l'Ouest, celle de l'Est, celle du Centre; la première se rapprochant du Cafre, la seconde du Malais, la troisième étant la race primitive et autochtone de Madagascar. Je ne puis accepter ni cette séparation , ni cette distinction si nettes, ni aussi ces origines. Le problème est plus compliqué que cela. Si en effet « les habitants de Madagascar n'appartiennent pas plus à une seule et même race que l'île entière n'appartient à un même roi », comme s'exprime 31. Grandidier, il y a entre elles tant de points de contact, tant de ressemblances, tant d'habitudes communes, que l'on peut d'ores et déjà leur soupçonner une patrie commune.

Étudions ces ressemblances.

Costume. — La première de toutes, quoique la moins importante, est le costume.

Il est extrêmement simple et à. bon marché. Une longue bande de toile , le salaka , passant entre les jambes, et se serrant autour des reins; par-dessus, une chemise, appelée ahanjo, ordinairement en rabana ou en mauvaise toile ; enfin le lambà, c'est-à-dire un carré de toile de coton ou de chanvre, clans lequel ils se drappent avec fierté, et non sans élégance, voilà pour les hommes.

Presque tous vont pieds nus, et se couvrent par-

fois la tête d'une toque en joncs tressés, d'un chapeau en paille de riz, ou de toute autre coiffure, toujours très primitive. Ils marchent ordinairement, armés d'une petite lance ou sagaie, l'arme nationale du Malgache. Dans l'Ouest et le Sud-Ouest, ils en ont plusieurs et ne les quittent jamais; ils y joignent un fusil à pierre, dont la culasse est ordinairement ornée de clous dorés; et, c'est le fusil fiché en terre à leur côté , la sagaie entre leurs mains étendues, et passée au-dessous de leurs têtes, qu'ils reposent, et parfois qu'ils meurent. La chose que le Malgache aime le plus au monde (je ne parle pas du Hova), c'est son arme, de la poudre et du plomb.

Les femmes ont la même tunique ou chemise que les hommes et le même lamba, qu'elles portent d'une manière un peu différente. Elles aussi, vont toujours nu-pieds et n'ont pas de coiffure. Leurs cheveux, recouverts de graisse, sont artistements tressés, noués et entrelacés de mille façons, qui varient avec les différents peuples. Chez beaucoup, les hommes font comme les femmes, mais cela tend à disparaître, et n'existe plus qu'à certains endroits.

Le plus grossier chiffon, la plus misérable guenille, suffît à l'enfant, et bien souvent rien du tout. Jusqu'à ce qu'il puisse marcher, la mère, ou toute autre personne, le porte, non dans ses bras, mais sur son dos, enveloppé dans son lamba qui d'ordinaire le recouvre complètement jusque pardessus la tète.

Habitations. — L'habitation est aussi extrêmement simple. C'est, dans les régions du Sud, une petite hutte de cinq à six mètres carrés, haute au centre de six à sept pieds, construite avec quelques paquets de joncs et de roseaux, sur le sol même que le Malgache ne se donne jamais la peine de niveler (1) ; une hutte aussi, plus ou moins semblable, dans la partie occidentale, chez les Sakalaves. Dans le Plateau central, les joncs ou roseaux sont aujourd'hui généralement remplacés par la terre battue et pétrie ; et, par suite du contact avec les Européens, les cases se changent peu à peu en véritables maisons.

Enfin, sur toute la côte orientale, les habitations revêtent une forme particulière, dont le type est la case Betsimisaraka.

Ce ne sont au fond que des paillottes. La charpente en est faite avec des morceaux de bois assemblés par des chevilles et des lianes, partout où les indigènes ont pu se procurer des tarières pour percer les traverses; par des encoches et les mêmes lianes (vaha), là où ils n'ont que la hache.

Le garnissage sur les murailles, et aussi le toit, sont formés d'une espèce de clayonnage, avec des bois de 0m,02 de diamètre, contre lesquels ils appliquent de l'herbe ou des feuilles de ravinala verticales. Quelquefois, extérieurement, ils appliquent contre la muraille une sorte de natte

(1) Grandidier, Voyage chez les Anianosy émigrés, p. 10.

faite de bambous écrasés et tressés en damier. Le plancher, toujours élevé au-dessus du sol de 20 à 50 centimètres, parfois davantage, est fait avec des troncs de Vakoa (pandanus), dont l'écorce sert aussi aux porteurs pour envelopper leurs colis, et recouvert des côtes de la feuille du ravinala percées et jointes ensemble par de petites traverses (1).

La porte est faite de la même manière, et glisse entre deux tiges de bois ou deux cordes ; ou même s'applique simplement contre la muraille. Il n'y a pas de croisées d'habitude; tout au plus, un petit trou carré de 40 à 50 centimètres sur 30 à 40. La couverture enfin se compose d'herbes séchées, ou bien de feuilles de ravinala jointes à recouvrement.

Évidemment l'air et le vent circulent librement à travers des habitations si légèrement construites, et la pluie y tombe plus d'une fois tout à son aise. Mais il y a peu d'inconvénients à cela, tellement la température est élevée. Il en serait tout différemment sur les hauts plateaux.

Il n'y a pas de cheminées, mais un simple carré de terre battue avec trois ou quatre pierres dressées, entre lesquelles on allume du feu, et qui supportent la marmite à cuire le repas. La fumée s'échappera comme elle pourra, parles ouvertures toujours très abondantes, et les habitants, pendant

(l)"Ce plancher est parfois recouvert de nattes, mais rarement; on les réserve pour vous faire asseoir ou pour se coucher dessus en guise de lit.

ce temps, s'efforceront de s'en garantir, autant que cela leur sera possible.

Dans une case, il n'y a presque toujours qu'une seule pièce, qui sert de salle à manger, de cuisine, de chambre à coucher, et parfois donne encore asile aux poules et autres animaux. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que la disposition est toujours exactement la même, le foyer, le lit, le mortier à piler le riz occupant invariablement et partout la même place.

Il y a à cela comme à tous les autres usages malgaches, des raisons de tradition et de superstition nationale.

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