‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 88 sur 94 · I. Tout s'achète à Madagascar, et l'on peut tout · texte numérisé non relu

I. Tout s'achète à Madagascar, et l'on peut tout

(1) Pakenkam était anglican, et il mourut catholique à Tamatave pendant la guerre franco-malgache.

obtenir avec de l'argent. Généreusement subventionnés par leurs amis d'Angleterre, probablement aussi par leur gouvernement (1), les Indépendants payèrent largement les services rendus et très habilement firent espérer des récompenses plus généreuses encore pour ceux qu'on leur rendrait. Ils allèrent plus loin, et, par des avances d'argent ou même par des subventions annuelles toujours révocables, ils s'attachèrent complètement les personnages les plus influents, soit à la cour, soit dans les provinces. Dans le même but, dès qu'ils eurent des églises, ces églises pouvant posséder, prêtèrent de l'argent aux membres de la réunion. C'était un double profit, d'abord un honnête revenu de leur argent, 2f+ 0/0 au moins, et puis la mainmise pour toujours sur ces emprunteurs incapables de jamais rembourser l'argent qui leur était prêté.

II. Les Hova comprirent rapidement l'importance pratique de l'éducation, et, dès le commencement, manifestèrent un vif désir de s'instruire. Répondant à ce besoin, les Indépendants couvrirent le pays d'écoles plus ou moins florissantes, et s'efforcèrent par toutes sortes de moyens, en particulier par la loi scolaire de 1881 (2), d'étouffer

envoya 1.549.099fr.80 à Sir Robert Farquhar pour sa propagande à Madagascar.

(2) 11 y a eu trois lois principales sur les écoles; la première obligeait chaque centre de population à fournir le salaire de l'instituteur protestant; la 2e ordonnait, sous des peines très fortes, aux parents d'envoyer leurs enfants à l'école de leur choix, des

les écoles catholiques et de s'emparer de toute la jeunesse malgache. Il y ont réussi en grande partie, surtout pour les classes élevées. Les trois églises anglaises (Indépendants, Quakers et Anglicans), ont près de 'cent mille enfants dans fleurs écoles (1), et de ce nombre, les trois quarts vont chez les Indépendants.

III. Chez ces peuples encore primitifs, il faut d'abord gagner les classes dirigeantes, et surtout le pouvoir. Tous les autres suivront l'exemple et l'impulsion donnés d'en haut. C'est clans ce but qu'Ellis entra dans la conspiration contre Radamall, afin de peser ensuite de toute son influence sur ses successeurs, et que ses remplaçants ne se donnèrent point de repos qu'ils n'eussent fait supprimer le culte des idoles et déclarer leur religion « religion de la reine » ou « religion d'État ». Ils obtinrent l'un et l'autre par une loi de 1869 que renforça une autre loi encore plus pressante de 1878. Aujourd'hui le gouvernement tout entier et tous ses agents sont indépendants, et par suite les agents de la religion des Indépendants (*2).

l'âge de huit ans; la 3« enfin interdisait aux enfants, une fois inscrits, de changer d'école. 11 suffisait donc dès lors de les faire inscrire, dès le commencement, chez les Anglais : celait l'affaire des influences locales, des agents anglais et des gouverneurs, et ils n'épargnaient rien pour y réussir. — Vingt ans à Madagascar, p. 307.

(1) Exactement 92,316. — 98° rapport de L.M.S. Extrait du Père Caussique. Statistique, p. 10.

(2) Qu'on en juge par le tableau suivant : La reine et le premier ministre, en qui se concentre effectivement tonte l'autorité, sont indépendants; indépendants aussi les vingt membres du cabinet et

IV. LesHova, dès la fin du siècle dernier, prétendirent devenir les maîtres de File entière, bien résolus à ne jamais se soumettre à aucune puissance étrangère. Dès le principe, les Anglais acceptèrent, au moins en apparence, ce point de vue, les encouragèrent, et les aidèrent à vaincre et à soumettre les autres peuples de l'Ile. C'était du même coup combattre l'action de la France et fortifier leur propre influence. Dans le même ordre d'idées, ils s'efforcèrent d'enlever à leur église toute apparence d'église étrangère, et d'en faire au contraire une institution malgache. Chaque missionnaire anglais, résidant de préférence à la capitale ou dans un des principaux centres du pays, a sous sa direction un vaste district, dont il est sensé administrer les églises. Mais il s'en occupe fort peu. Tout relève en pratique d'un mpitandrina ou pasteur, qui préside les réunions, et des mptory- teny ou prêcheurs qui sont les aides du mpitandrina, et ordinairement aussi les maîtres d'école. Ce sont eux qui forcent les gens à venir à l'église, qui font bâtir, par leurs adhérents, les temples, les écoles, leurs propres maisons; qui perçoivent les

les seize chefs des divers districts de l'Imerina. Des qautorze membres des divers ministères, un seul est catholique. Un seul catholique aussi parmi les huit chefs de garde et de service au palais; un seul parmi les sept chefs des castes nobles; et, fait presque incroyable, un seul parmi les 95 gouverneurs des principales villes et forteresses du royaume. Tous les autres sont protestants et ordinairement indépendants. Et cela dans un pays placé au moins dans notre sphère d'influence ! » Annuaire Malgache 1892, p. 11-14 Cité par le Père Caussique. Statistiques, p. 4.

cotisations forcées de leurs fidèles, qui exécutent et plus souvent dépassent ou violent les instructions ou les ordres du missionnaire (1).

Car s'ils relèvent nominalement de lui , pratiquement ils relèvent des Évangélistes. Émissaires à demi payés de l'église du palais, sorte d'inspecteurs de la prière, surveillants-nés et dénonciateurs toujours écoutés de tous ceux qui les gênent : pasteurs, prêcheurs, instituteurs, gouverneurs même ou missionnaires étrangers, ces Évangélistes — ils étaient 184 en 1880 — ont pratiquement supplanté leurs maîtres.

C'est qu'en effet, si l'Église protestante s'est singulièrement étendue et fortifiée par l'appui du pouvoir, et par l'adjonction à son gouvernement de tant d'éléments indigènes , elle y a perdu son autonomie et son indépendance. Ce n'est plus

(1) En 1880 il y avait 604 pasteurs et 4,134 prêcheurs. Evidemment ils n'ont ni grande valeur intellectuelle ni grande valeur morale. « La grande partie des pasteurs de campagne, peut-on lire dans un compte rendu officiel, {Tenyears review of missionary work in Madagascar, p. 134), n'a reçu aucune formation en rapport avec leur dignité. Plusieurs ne savent même pas lire. » Et des prêcheurs : « Le plus grand nombre est indigne de ce nom. La manière dont ils prêchent ne produit absolument aucun bien. Des enfants, des jeunes gens à peine capables de lire, montent en

chaire...» haranguent le peuple... Tous leurs efforts visent,

non pas à lui faire du bien, mais à lui plaire et à l'amuser. Tel a été l'état général des prêcheurs jusqu'en 1880 ». Voir Vingt ans à Madagascar, p. 30 i. Tel il a continué d'être depuis. Quant à leur conduite privée et aux exemples qu'ils donnent, mieux vaut ne pas en parler. A eux comme à tout le monde a Madagascar, s'applique la règle que, plus quelqu'un est élevé, plus il est vicieux et corrompu.

qu'une institution malgache , tout entière dans la main du premier ministre. Si les missionnaires anglais y ont encore de l'influence , ce n'est qu'une influence indirecte, par l'argent qu'ils distribuent, par leurs livres et leurs journaux, ou par la formation, dans leurs écoles de la capitale, des hauts dignitaires de cette église. Même dans ces conditions, qu'ils se gardent bien de contrecarrer les vues ou les désirs du gouvernement : « Aucune liberté n'est laissée au missionnaire, écrivait en 1877 le Rev. P. Street; la pression gouvernementale nous étouffe... Ce que l'on attend de nous, ce n'est pas Jésus-Christ selon le Nouveau Testament, mais selon le premier ministre. »

Et sir Gore Jones dans un rapport officiel sur sa visite à la reine de Madagascar, juillet 1881 : « Le premier ministre est trop intelligent pour ne pas voir l'utilité de maintenir la Reine à la tête de l'Église , et rien d'un caractère religieux ne marche que sous sa surveillance. »

C'est ce que remarquait judicieusement un auteur bien au courant de la question malgache, dans un article du reste peu bienveillant pour la Mission Catholique, publié dans le numéro du 3 avril 1894 de la Politique Coloniale, et il en concluait avec raison à l'inanité du projet mis plusieurs fois en avant en haut lieu, d'envoyer à Madagascar des missionnaires protestants français.

Ils ne feraient rien, si ce n'est apporter encore plus de confusion , de troubles et de faiblesse , dans une situation déjà trop embrouillée.

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