XVI AVANT-PROPOS
qu'il pourrait très bien se faire qu'il n’eût pas vécu dans une insouciance complète de la prospérité industrielle et commerciale de son royaume. A tout prendre, 1] leur serait donc encore possible de soutenir, que la question n’en continue pas moins pour eux à rester pendante de savoir si Louis XIV: s’est, personnellement ou non, mêlé en quelque chose de la politique économique de son gouvernement.
Eh bien, c’est précisément en grande partie dans le but de projeter quelque lumière sur ce point, que nous avons entrepris l'étude qui va suivre. Nous avons voulu faire voir qu'on se méprendrait étrangement, si l’on se figurait qu'en tout ce qui a trait à cette politique, Louis XIV n'a été qu'une «€ machine à signer » aux mains de Colbert.
Notre conviction est, au contraire, que, de ce côté, son rôle a été des plus actifs. Et pour le démontrer, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, nous w’aurons pas besoin de nous lancer dans de longues conjectures ou de profonds raisonnements. Il nous suffira de mettre en lumière des documents d'une authenticité absolue, devant lesquels il n’y a qu'à s'incliner. Nous voulons parler des papiers de la Compagnie des Indes orientales de 1664,
Üne heureuse chañee à voulu que les papiers de cette Compagnie aient été à peu près intégralement conservés, Une partic dans laquelle se trouvent
AVANT-PROPOS XVII des pièces très intéressantes, a été imprimée en 1665 par l'écrivain qui fut chargé de présenter Ja création de cette Compagnie au public, et de faire valoir tous les beaux côtés de « l'affaire » 1. Il en existe également un certain nombre à la Bibliothèque nationale? et dans les archives de Lorient.
Mais les plus précieux, à notre avis, — et nous devons remercier en passant M. lamiral Peyron d'avoir bien voulu durant son dernier ministère nous autoriser à en prendre connaissance, — sont aux Archives coloniales du Ministère de la marine et des colonies ?. Disons que ces derniers papiers sont restés jusqu'aujourd'hui si profondément inconnus, qu'ils nous paraissent pour la plupart avoir complètement échappé aux recherches de Pierre Clément lui-même ; et l’on sait pourtant si ce fureteur émérite a remué les archives de France pour ses nombreuses publications sur ladministration de Colbert et le règne de Louis XIV.
1. Relation de l'Establissement de la Compagnie françvise pour le commerce des Indes orientales, par CHARPENTIER, académicien.— 11 y a eu des éditions successives de ce petit opuscule, en 1665, 1666 et 1668,