‹ Madame Absalon vaudeville en un acteChapitre 6 sur 15 · MADEMOISELLE VERTEBONNE, MADAME LONG- JUMEAU · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE VERTEBONNE, MADAME LONG- JUMEAU

MADAME LONGJUMEAU, éperdue.

M’a-t-il vue?

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Une dame... j’ai bien l’honneur...

MADAME LONGJUMEAU

Merci, qui que vous soyez, pour l’hospitalité que vous me donnez. (Elle pose son ombrelle sur la table.)

MADEMOISELLE VERTEBONNE, à part.

Elle me prend pour une montagnarde Écossaise.

MADAME LONGJUMEAU

Mais croyez-vous qu’il m’ait ‘Oie ?

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Qui ça ?

MADAME LONGJUMEAU

Mon mari... Ah madame... je vais tout vous expliquer...

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Je VOUS ouïs!

MADAME LONGJUMEAU

J’étais tout à l’heure dans l’encoignure d’un porte cochère, occupée à causer avec un jeune homme blond.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Oh! dès qu’il y a une gueuserie sous jeu, on est sûr de trouver un homme là-dedans, allez...

MADAME LONGJUMEAU

Qui me poursuit depuis huit jours de ses assiduités !...

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Ah 1 il VOUS poursuit jusque sous les portes cochères?

MADAME LONGJUMEAU

Oui, madame. Je lui redemandais mes lettres. (Baissant les yeux.) Oh ! ne me jetez pas la pierre ..

, MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Rassurez-vous, entre créatures on doit se sauver la mise... si on jetait la pierre aux autres, on aurait à craindre soi-même de recevoir un moellon... Continuez...

MADAME LONGJUMEAU

Je lui ai écrit trois lettres.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Imprudente !

MADAME LONGJUMEAU

Imprudente, oh 1 oui I mais coupable, oh I non I

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Eh ! mon Dieu, vous seriez coupable que vous n’en jouiriez pas moins de mon estime. Continuez!...

MADAME LONGJUMEAU

Voici comment je l’ai connu : j’étais avec lui dans une baignoire...

MADEMOISELLE VERTEBONNE,

Bains Vigier !

MADAMl^LONGJUMEAU.

Non Folies-Dramatiques... mon mari était près de moi... lui derrière nous... de temps en temps, il nous prêtait son Entracte ! comme il était au fond de la loge... peu éclairée, je prêtai l’oreille à ses discours incendiaires...

OÙ est le mal?

MADAME LONGJUMEAU

Au deuxième entr’acte pendant que mon mari était allé m’acheter des châtaignes... il me demanda un rendez-vous.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Aïe ! aïe !...

MADAME LONGJUMEAU

Comme je vous l’ai dit : la baignoire était sombre... ce jeune homme me paraissait brun... je refusai le rendezvous... mais je lui promis de lui écrire.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Malheureuse femme.

MADAME LONGJUMEAU

Dans ma première lettre... je lui dis que je lui permet-

MADAME ABSAION

tais de passer sous mes fenêtres... il y passa ! O désillusion... je l’avais cru brun dans la baignoire, dans la rue, au grand jour il était blond... je lui écrivis dans la deuxième lettre que sa couleur de cheveux ne m’allait pas...

Vous avez bien tort de tenir à ces cboses-là... le cheveu n'entre pour rien dans les qualités du cœur.

MADAME LONGJUMEAU

Et dans ma troisième lettre je le priais de ne plus songer à moil... et je lui donnais rendez-vous ici, tout près, pour qu’il eût à me remettre mes trois lettres... lorsque tout à coup... pendant que nous causions... je vis mon mari apparaître.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Fichtre !

MADAME LONGJUMEAU

A sa vue... mes yeux se troublent, un frisson me parcourt... le sang se lige dans mes veines... je fais un effort .suprême... et je marche devant-moi... oh! je ne marchais pas madame, je touchais à peine le pavé... arrivée devant cette maison, je regarde en l’air, j’avise une enseigne, je monte, j’arrive et me voilà en me disant: m’a-t-il vue, ne m’a-t-il pas vue ?...

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Est-il myope ?

MADAME LONGJUMEAU

Non... aussi, vous devez comprendre ma situation.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Si je la comprends !... j’y ai passé comme vous, par ces transes-là...

MADAME LONGJUMEAU

Vous êtes mariée ?

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Je suis garçon... non... je suis demoiselle... non... et d’ailleurs on n’a pas besoin d’être dans le mariage pour en connaître tous les désagréments.

MADAME LONGJUMEAU

Ah! grand Dieu!

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Quoi donc?

MADAME LONGJUMEAU

On monte l’escalier...

MADEMOISELLE VERTEBONNE, écoutant.

En effet!...

MADAME LONGJUMEAU

C’est mon mari.

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Comment le savez-vous?

MADAME LONGJUMEAU

Quand il monte l’escalier, il souffle !...

MADEMOISELLE VERTEBONNE, à part.

Ce n’est pas un mari ça... c’est un phoque...

MADAME LONGJUMEAU

Cacbez-moi... >

MADEMOISELLE VERTEBONNE.

Mieux que ça... la cuisine... l’escalier de service et vous êtes dans la rue

MADAME LONGJUMEAU

Oh I merci ! (Elle entre à droite.)

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