SCÈNE V
MADEMOISELLE VERTEBONNE.
Des meubles?... j’en ai eu des meubles... mais j’en ai reconnu l’abus... je déménage trop souvenl... et pourquoi déménageai-je tant? Pourquoi? C’est que j’ai peur de Totole... Totole, c’en est un aue j’aime qui se nomme Cassegrain, qui fst fabricant de queues de billards... et que j’appelle Totole. Et je l’aime... oh! voilà pourquoi je l’ai quitté... Imaginez-vous que ie ne peux pas le souffrir, cet être que j’adore... Et cependant, il est gentil, il me chatouille pour me faire rire, il amène à tout coup cinq cents sur la tête du Turc des Champs-Elysées... Eh bien! avec tout ça il me scie le dos... et savez-vous pourquoi? Maginezvons que ce Totole a un tic... il veut toujours me magnétiser... Je regimbe... il insiste,... il me lance du fluide I malgré moi... je chancelle... je faiblis... je m’endors... et quand je dors, dame... je jase à ce qu’il paraît, comme une pie borgne... Je lui conte mes petites affaires... je dis que j’ai dîné chez Bonvallet .. que je suis allé voir le Pierrot des Funambules, dans sa loge pendant qu’il mettait son rouge... et patati, et patata... Alors... il me réveille... et il empoigne... une queue de billard... avec laquelle il exécute des carambolages... que j’en ai des noirs sur mon épiderme!... Qu’ai-je fait pour éviter celte éternelle partie de billard?... j’ai déménagé un beau jour, mais prouttl... Totole m’a repincée... grâce à son pouvoir magnétique... je ne puis pas lui échapper!... je crois pourtant que cette fois-ci... il ne m’attrappera pas !... je ne sortirai que le soir... Je su's ici... sous un faux nez... sous un faux nom!... Madame Absalon... avec un salon épila toire sur les bras!... épileuse... C’est drôle, ça, moi qui fabrique des crinolines en baleine, en fer, et même en palissandre... Jamais Totole ne se doutera que je gite sous ce lambris, et s’il s’en doutait, j’aurais le droit de m’écrier: mon Dieu! mon Dieu! je possède donc une concession de guignon à perpétuité ! (A ce moment, la porte s’ouvre, et madame Longjumeau paraît.)