ACTE PREMIER
MVRIK.
Alors, tu l'aimes?
GLAIRR.
Je ne pourrais pas jurer. Je crois bien que oui pourtant. Evidemment, il me plaît mieux que les autres. La semaine dernière, au bal chez les Trével, il était là... j'ai passé une soirée délicieuse. — I/autre jour, chez les Dutaillis, je pensais le voir, il n'est pas venu... je m'y suis ennuyée tout le temps. Tu sais mieux que moi, toi qui as aimé et qui aimes encore. Est-ce que c'est ça de l'amour, dis?
MARIE
Oui... c'est de l'amour.
GLAIRE
Alors, raconte à maman co qui en est... et dis-lui que je ne demande pas mieux.
MARTE
Gomme tu y vas !
GLAIRE
Cependant, puisqu'il m'aime et que je l'aime, il m3 somble qu'il n'y a pa^ à hésiter. C'est une chance de pouvoir faire un mariage d'inclination.
Tu crois?
GLAIRE
Dame! on le dit. Juge donc !... J'aurais pu traîner plusieurs années encore sans rencontrer un homme démon goût... et alors, tu sais ce qui se passe; la vingt-cinquième année approche. — Toutes vos amies sont casées; on se sent devenir ridicule, et on
se jette au cou du premier venu... Uu monsieur qu'on n'aime pas, qui ne vous plait même qu'à moitié parfois. Mais peu importe... car, à ce moment-là, ce n'est plus le mari qu'on épouse, c'est le mariage.
MARIE
Et quelquefois ces unions-là sont plus heureuses.
GLAIRE
Gomment peux-tu parler ainsi? Toi qui adorais Henri, et qui étais adorée par lui.
MARIE
Ne parlons pas de moi.
GLAIRE
Mais c'est ton exemple, justement, qui m'encourage à faire un mariage d'amour. Gomment ne pas envier votre existence, à vous deviner si unis, toujours vivants l'un pour l'autre. Tiens! je vous vois encore, hier soir, après que vous étiez partis de chez nous. J'ai ouvert la fenêtre de ma chambre et je vous ai crié : « bonsoir » dans la rue, tu te souviens? Vous vous êtes retournés et vous m'avez répondu. Alors, tout de suite, tu as pris le bras d'Henri et vous vous êtes mis à marcher doucement, serrés l'un contre l'autre. Vous aviez l'air de vrais amoureux... j'enviais votre bonheur... Sans pouvoir m'en empêcher, je pensais à Pascal, et je me disais : « Je voudrais bien, moi aussi, sortir comme ça le soir de chez mes parents pour rentrer au bras de mon mari... chez nous. »
Et si tout ce bonheur n'était qu'en façade. Si ce grand amour mutuel n'était que feint. Si au tour-