ACTE PREMIER
HENRI
Elle a dit au cocher d'attendre. Et quand je suis descendu... elle m'a cueilli.
Oui, pas moyen de nier... d'expliquer... Et qu'estce que tu as fait ?
HENRI
J'ai donné son compte au cocher !
GEORGES
Mais ta femme ?
HENRI
Un calme prodigieux. Pas de crise de nerfs, pas de larmes. Elle m'a dit simplement : « Puisque vous avez pris une maîtresse, gardez-la; je ne veux pas de scandale. Pour les autres, nous continuerons à demeurer le ménage uni que nous étions, mais pour les autres seulement. Désormais l'un pour l'autre, camarades simplement. » Voilà plus d'un an de cela, mon cher, et nous sommes toujours camarades.
GEORGES
Plus d'un an... tu es resté?...
HENRI
Oui.
GEORGES
Avec des distractions ?
HENRI
Mais qui n'en étaient guère.
GEORGES
Je vois ça, tu aimes ta femme.
HENRI
Gomme un fou!... Tiens 1 elle est là, sa chambre, mais le soir... passé dix heures, (il fait le geste du loquet cxu'on tire)... le verrou.
GEORGES
Mais le jour, il n'y a pas de verrou...
HENRI
Ah! oui, je serais bien reçu! J'ai essayé une fois. Je ne recommencerai pas.
GEORGES
Et depuis ce temps-là ?
HENRI
Je lui ai demandé pardon, je l'ai suppliée à genoux. Tiens! encore tout à l'heure... Mais rien à faire... un marbre.
GEORGES
Oui... Je comprends... tu ne dois pas t'amuser!
HENRI
Et qu'est-ce que tu ferais à ma place?
GEORGES
Ah dame! je ne sais pas, moi. C'est qu'il n'y a pas à dire, tu t'es mis dans un mauvais cas.
HENRI
C'est tout ce que tu trouves?
Attends donc... vois-tu... pour tromper ta femme... tu aurais dû patienter deux ou trois ans. Oui, à ce moment-là, elle eût déjà pris l'habitude de la vie commune, et sa colère tombée... malgré son chagrin