ACTE PREMIER
elle n'aurait pas consenti à n'avoir plus de mari. — Mais tu la trompes au bout de deux mois. Au bout de deux mois de mariage, une femme, c'est presque une jeune fille. Elle se dit : « Eh bien, si c'est ça le mariage, si c'est ça l'amour... arrêtons-nous ici. » L'amour, c'est comme les ascensions, il faut être à une certaine hauteur pour s'apercevoir que cela vaut la peine.
HENRI
C'est très joli tout ça, mais la solution.
GEORGES
La solution... il n'y en a pas... à moins qu'on ait affaire à une femme de conscience facile qui, par dépit, ou par vengeance, veuille prendre un amant. Alors... c'est l'amant qui met au point. Et quand, plus tard, il y a rupture avec l'amant — (car il y a toujours rupture) — le mari peut rentrer en scène.
HENRI
Merci, j'aime mieux autre chose. D'ailleurs ma femme est honnête.
GEORGES
Alors, il y aurait peut-être un moyen. Un amoureux, un garçon qui par des déclarations ardentes lui monterait l'imagination... un beau garçon hardi, qui saurait la troubler, qui l'animerait... Enfin le Pygmalion de ton marbre... Alors, quand elle se sentirait vacillante et sur le point de tomber... si c'est vraiment une honnête femme, comme tu dis... c'est à toi qu'elle demandera du secours.
HENRI
Diable 1 — Tu crois vraiment qu'en voyant le danger, elle se replierait sur moi?
GEORGES
Naturellement, tu es la réserve, toi !
HENRI
Non, il y a trop de risques. Autre chose. Mais d'abord l'amoureux comme tu le dépeins, où le trouver ?
GEORGES
Et partout donc! ici, au théâtre... au bal... Ah 1 le bal, mon ami I Une valse menée avec entrain par un danseur énergique, voilà qui vous remet un ménage ! Tiens, autrefois, j'étais fort épris d'une femme mariée. Je me faisais inviter à tous les bals où elle devait aller, et chaque fois, pendant que je la faisais tourner, je voyais le mari qui nous regardait avec un petit air satisfait, reconnaissant. Je pensais : « Quel imbécile I » Eh bien, pas du tout. Quelques années après, alors que j'avais complètement oublié la femme, qui, d'ailleurs, ne m'avait accordé que des valses, il m'a dit : « Ah I jeune homme, je vous dois beaucoup, allez ! Sans vous, mon ménage sedisloquait. » Oui, mon cher !... C'est le bal surtout, avec les lumières, le Champagne, la taille prise dans un bras nerveux, le buste qui se cambre, les yeux qui se ferment dans le tournoiement rapide... Enfin, le grand flirt! fi]n Amérique, d'où je viens, c'est constant, c'est connu et admis... Va, va, lâche la bride, et un soir, quand vous reviendrez tous deux dans votre voiture, sans avoir l'air de rien, suis bien la ligne de son corps qui insensiblement se rapprochera de toi. C'est mathématique, ça, vois-tu. C'est comme à la chasse : pour avoir du gibier, il faut