ACTE DEUXIÈME
HENRI
Je voulais vous demander, Marie : Etes-vous toujours aussi fort en colère contre moi? (Marie ne répond pas.) Puis-je espérer un jour quelque miséricorde?...
MARIE, éclatant.
Jamais ! jamais 1 jamais ! je vous déteste I
Mais alors, c'est pis qu'autrefois?... Auparavant vous n'aviez pour moi que de l'indififérence.
MARIE, se montant de plus en plus.
Et maintenant... oui... c'est de la haine. Je vous haist
HENRI
Plus bas, je vous en prie... on peut vous entendre.
MARIE
Eh! que m'importe!
HENRI
Mais c'est vous-même qui teniez, en gardant les apparences, à ce que ce malentendu fût ignoré du monde.
MARIE, se laissant tomber sur un fauteuil.
Eh! le monde pensera ce qu'il voudra! Qu'est-ce que ça me fait le monde! Ils ne se gênent pas les autres, pour étaler leur bonheur... pourquoi me gênerais-je pour laisser voir ma souffrance!
Elle pleure.
HENRI, après un temps.
Vous souffrez?
MARIE
Oui... Je souffre tout ce qu'une femme peut souffrir 1...
Mais je ne m'explique pas... L'autre jour, vous sembliez, sinon heureuse, du moins très résignée, et c'était moi qui implorais en vain. A présent les rôles semblent renversés. Je ne réclame plus rien, et c'est vous qui vous lamentez, (un temps.) Si vous vouliez, nous pourrions nous guérir tous les deux !... (un temps. — Marie ne répond rien.) Je ne me dissimule pas l'étendue de ma faute et je ne tente pas de l'excuser à vos yeux. Mais ce que j'ai fait, bien d'autres maris l'ont fait... et leurs femmes n'ont pas montré votre rigueur. Si vous me pardonniez, je mériterais si bien mon pardon, je vous en aurais une reconnaissance si profonde. Je serais si dévoué... si soumis...
MARIE
Eh! que ferais-je de votre dévouement et de votre soumission?
HENRI
Vous en feriez de l'amour... car, je vous aime autant qu'un autre peut vous aimer.
MARIE
Un autre? Quel autre? Qu'entendez-vous par là? Que voulez-vous dire?
HENRI
Rien...
MARIE
Si, si... Je vous comprends... Vous prétendez que