‹ Madame AgnèsChapitre 122 sur 189 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

HENRI, après un moment d'hésitation.

Rien.

LOISEL

Elle n'a rien à vous reprocher?

HENRI

Non.

MADAME LOISEL, doucement.

Bien vrai? Voyons? Il n'y a pas eu de fâcheries entre vous?

HENRI

Mais non, je vous assure.

LOISEL

Tout ça, c'est bien extraordinaire, car lorsqu'une femme change si brusquement de façon d'être, il y a toujours une raison à cela. (Après un temps.) Ou c'est la faute de sa famille...

MADAME LOISEL, à Henri.

Oh! ça, vous ne le pensez pas?

Ou c'est la faute de son mari. (Henri gêné ne répond rien. — Un temps.) On ne sait jamais avec ces ménages d'à-présent ! Aujourd'hui, le mariage n'est qu'un but, alors qu'il devrait être un point de départ. On est vieux, à ce moment, ou usé, ce qui revient au même. Ah! c'est que j'en ai vu souvent de ces malentendus terribles dans les ménages... où la femme garde son secret pour elle seule... et où le mari n'ose pas non plus dire le sien.

MADAME LOISEL, voulant l'arrêter.

Voyons, mon ami.

LOISEL, à madame Loisel.

Tais-toi, tu parles tout le temps, (à Henri.) Je connais ma fille, elle n'est devenue votre femme que parce qu'elle vous aimait... et elle vous aimait parce que vous étiez l'époux, parce que son cœur était en paix avec sa conscience. Quels sont les motifs qui l'ont fait changer?

HENRI, embarrassé.

S'ils existent, ces motifs... je les ignore.

LOISEL

Moi aussi... et ce n'est pas mon affaire de les connaître. Mais je devais vous prévenir de ce qui se passait au sujet de votre femme. Je vous ai prévenu; mon devoir est rempli.

Il remonte.

MADAME LOISEL, bas, à Henri.

Ce soir, vous lui ferez un peu de morale, à Marie, vous l'embrasserez par là-dessus, et tout s'arrangera.

HENRI

Je l'espère.

Madame Loisel remonte, et sort avec Loisel.

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