ACTE DEUXIÈME
GEORGES
Son cœur?... Il est à toi, son cœur...
HENRI
Moins que jamais... J'ai peur 1
GEORGES
Tu es nerveux, voilà tout... comme tout le monde l'est... à la veille d'un duel, d'une première... ou d'une reprise. Il faut dominer ça. Tu te plains î Mais profite donc des circonstances; tu les as toutes pour toi. Tiens I on va souper tout à l'heure. Et Mornang va se placer à côté d'elle, naturellement. Il va lui murmurer à l'oreille mille choses tendres, et va lui verser force Champagne; elle se grisera de mots et de mousse ! Laisse faire. Ton heure viendra, l'heure du berger. Car nous partirons après et Mornang aussi... Et tu resteras seul, toi. Alors... ce sera ton tour d'être éloquent. Et surtout, n'est-ce pas '? ne te fais pas trop petit garçon I Pas d'excuses, pas de pardon. Tu deviens Mornang... tu reprends la conversation au point où il l'a laissée... et tu la continues. Tu n'as pas besoin que je t'indique la scène? Le moins de sentiment possible, juste assez pour être poli. Et tout le grand jeu des phrases toutes faites. Oui, les mêmes que tu as dites à tant d'autres autrefois... ça prend toujours.
HENRI
Ah! si c'était avec une autre, je ne serais pas en peine... mais avec elle, je sens que je serai maladroit... Je l'aime !
GEORGES
Mais tu n'auras pas à parler longtemps. Tu
pourras même ne pas parler du tout !... Ouvre les bras... ça suffira... (Désignant la porte de la chambre de Marie.) Pauvre petit verrou... j'ai idée qu'il a été poussé hier pour la dernière fois. C'est dommage qu'on ne puisse pas le faire monter en épingle de cravate... Tu l'enverrais à Mornang comme souvenir.
HENRI
Ne plaisante pas ! ça me porterait malheur. Et puis d'ailleurs, tout n'est pas fini avec Mornang.
GEORGES
Oh I maintenant, je te l'abandonne, Mornang.
HENRI
En voilà un à qui je casserai la tête avec plaisir t
GEORGES
Oh î Ingratitude I
HENRI
En tout cas, il n'est plus possible à recevoir, après que mes beaux-parents eux-mêmes sont venus m' avertir à son sujet...
GEORGES
Eh I bien, voilà le prétexte. Va le trouver tout à l'heure. Dis-lui qu'on jase, et demande-lui au nom de son amitié pour loi, de suspendre momentanément sesvisites. Il sera furieux... mais il ne pourra pas le laisser paraître.
HENRI
Mais si Marie veut le recevoir tout de même?...
GEORGES
Non... Elle n'en est pas encore... à se déranger.