ACTE TROISIÈME
GEORGES
Alors tout va bien... si tout ne va pas vite. Somme toute, voici une femme qui vient d'être soumise à un traitement très énergique. Il est tout simple que ça l'ait détraquée un peu. Laisse faire... c'est une question de jours... Tu es sûr qu'elle va te revenir. Il y a eu déjà un commencement de rapprochement. Et puis tu ne risques plus rien pour l'instant. Mornang doit être loin maintenant.
Je viens de passer exprès devant ses fenêtres. Tout était fermé comme après un départ.
GEORGES, regardant la pendule.
Une heure et quart. Il doit passer aux environs de Mâcon.
HENRI
Tu as des renseignements ?
GEORGES
Oui. (il sort un papier de sa poche.) Tiens I lis,
HENRI, lisant.
« M. de M .. rentré chez lui, hier, rue de La Trémoille à une heure et demie du matin. Est reparti de son domicile à six heures et quart. Monté dans une voiture que son domestique était allé chercher. A" 12.623. Deux valises et un sac à main. Arrivé à la gare de Lyon à sept heures moins dix. Donné trois francs au cocher. »
GEOUGES.
Il est grand et généreux, tu vois.
HENRI, continuant.
« Pris un billet pour Marseille, i" classe. Pénétré sur le quai. A fait choix d'un coin et a déposé ses tayayts sur
les filets. S'est promené devant son compartiment en fumant une cigarette et vient d'y monter et de s'y installer. Le train part dans deux minutes. Je monte dans le compartiment à côté pour le filer jusquà Marseille. Vous envoie Anatole pour vous prévenir. Signé Auguste. » (a Georges, lui rendant la lettre.) lis sont deux alors?
GEORGES
Oui, le brigadier chef Auguste et Anatole son adjoint. Tu vois que je n'avais rien négligé. Et Anatole était chez moi avec rapport-là à huit heures moins le quart.
HENRI, avec un soupir de soulagement.
Ça me fait plaisir tout de même de savoir qu'il est parti, Mornang! Je ne l'ai pas dit tout à l'heure, mais quand Marie, si nerveuse, m'a annoncé qu'elle allait sortir... et qu'elle voulait être seule... j'ai eu l'esprit traversé par tout un monde de soupçons.
GEORGES
Moi, j'étais tranquille. Mais non; c'est naturel... Elle veut être seule. L'autre qu'elle croyait aimer et qui est parti... toi qu'elle n'aimait plus... et qu'elle se sent sur le point d'aimer à nouveau. Il doit se faire tout un travail dans son esprit. — Elle a besoin d'éclaircir ses idées. Et pour ça il n'y que la marche et la fatigue... Ça repose.
HENRI
Alors, attendons... puisque nous n'avons que cela à faire... et espérons... Sortons-nous?
GEORGES
Oui, allons faire un tour au Cercle.
Firmin paraît.