SCENE IV HENRI, GEORGES
GEORGES, la regardant.
Qu'est-ce qu'elle a ta femme ?
HENRI
Ce que je viens de dire, elle est souffrante. Elle a été très malade hier.
GEORGES
Qu'est-ce qui s'est donc passé ?
HENRI, au canapé.
Tout un drame . Voilà : hier, quand tout le monde a été parti, je suis entré par là. (il désigne la porte du fond.) Elle était assise sur ce canapé et en train de rêver, semblait-il, car elle ne m'a pas entendu venir. Alors m' accoudant, là, je lui ai dit... très tendrement et d'une façon très émue — j'étais vraiment ému, tu sais : « Ma pauvre amie, voilà assez longtemps que je suis mendiant et rebuté. Je vous aime ardemment et plus encore ce soir que jamais. »
GEORGES
C'était bien.
HENRI
Elle n'a pas répondu. — Alors, enhardi, j'ai tourné autour du meuble et je suis venu m'asseoir à côté d'elle. J'ai passé un bras autour de sa taille; de l'autre j'ai ramené sa tête sur mon épaule, et j'ai commencé à l'embrasser sur les cheveux, sur le front, sur les yeux.
GEORGES
Bravo !
HENRI
Elle ne disait rien. Un peu surpris de ce silence, je l'ai regardée avec attention, elle étaitpâle comme une morte. J'ai retiré mon bras, mais je n'ai eu que le temps de la soutenir; elle allait tomber. La peur m'a pris, j'ai appelé. — Annette est venue. Nous l'avons dégrafée .. Nous lui avons fait respirer des sels. Elle est restée plus d'un quart d'heure avant de revenir à elle. Ensuite, nous l'avons couchée, naturellement, et au bout d'un instant, elle s'est endormie. J'ai renvoyé Annette. Je me suis assis sur une chaise et je l'ai veillée tout le reste de la nuit. Ce matin elle s'est réveillée très tard. Elle était beaucoup mieux, et me voyant à son chevet, elle m a remercié de mes soins, très gentiment, en me demandant pardon de l'inquiétude qu'elle m'avait causée. 11 était onze heures. Annette est venue pour l'aider à se lever et je l'ai laissée. Nous nous sommes revus seulement tout à l'heure pour le déjeuner. Voilà où en sont les choses.