‹ Madame AgnèsChapitre 143 sur 189 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

GEORGES

Mais parlez donc!

AUGUSTE

Je commence par le commencement. Tout était en règle, notre bonhomme assis dans le coin de son compartiment,., moi dans le compartiment à côté, et je vous avais envoyé Anatole avec un bout de rapport pour vous tenir au courant. Les employés allaient le long du train en criant : « En voiture, messieurs, en voiture! » La locomotive ronflait déjà, prête à partir, quand, mettant le nez à la portière pour appeler la marchande de journaux, voilà-t-il pas que j'aperçois notre individu qui descend de son wagon, en emportant ses valises avec lui, et je l'entends dire à l'employé qui s'avançait : « J'ai oublié quelque chose, je prendrai le train suivant. » (a Georges.) Eh bien, monsieur, vous me croirez si vous voulez, mais mon premier sentiment a été celui de l'admiration. Je me suis dit : « Au moins, voilà un gaillard qui sait son emploi. » Ah! il n'y a pas à dire, pour faire ce qu'il a fait, il faut qu'il en tienne réellement pour votre femme.

GEORGES

Ma femme!

AUGUSTE, à Georges.

Je ne demande pas de confidences à monsieur, mais monsieur doit bien penser que nous avons l'habitude de savoir pour qui nous travaillons. En tout cas, monsieur peut être tranquille; nous les pincerons!

HENRI

Après? Une fois sorti du wagon?

AUGUSTE

Je suis descendu derrière lui, comme de juste, et je l'ai filé. Il a pris le fiacre, numéro 4738, et s'est fait conduire, 22 rue Gounod. Il est entré là et après avoir parlementé avec le concierge, il n'est plus sorti de la maison.

HENRI

Ohl

AUGUSTE, à Georges.

J'aurais bien voulu vous prévenir tout de suite, mais je ne pouvais pas quitter, vous pensez bien, puisque j'étais seul. Pendant une grande heure, je me suis promené de long en large, guettant... Alors, ne voyant rien venir, j'ai pris le parti d'entrer chez la concierge, et moyennant vingt francs, j'ai gagné sa confiance.

HENRI

Alors?

AUGUSTE

Alors, c'est bien simple. Il a arrêté, séance tenante, sous le nom de Dubois, un petit rez-de-chaussée qu'il avait déjà visité i'avant-veille, ainsi qu'il était dit d'ailleurs dans un précédent rapport, et qu'il savait libre. Il a fait allumer du feu. Il a télégraphié à Labrousse d'envoyer immédiatement des fleurs et des plantes pour garnir l'appartement, et il a fait venir de chez Rouzé, un goûter complet. Ohl il a pensé à tout. Ainsi, les deux grosses valises qu'il avait avec lui et qui devaient faire croire à un départ véritable, savez-vous ce qu'elles contenaient? Deux robes de chambre, dont une de dame.

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