ACTE TROISIÈME
HENRI, l'arrêtant par le bras.
Vous ne sortirez pas, vous dis-je !
MARIE
Un peu de suite dans les idées, je vous prie. A l'instant vous m'avez dit : « Si vous sortez, je vous accompagne ». Et maintenant vous ajoutez : « Je vous défends de sortir. » Choisissez, puisque vous dictez vos volontés. Sortons-nous ? Restons-nous ?
HENRI
Nous restons.
MARIE
Soit!
Elle enlève son chapeau, son manteau, qu'elle jette sur une chaise, s'assied près de la table et prend un livre qu'elle feuillette. Henri se promène de long en large, puis vient se camper devant elle.
Deux heures bientôt, vous savez. Vous devez souffrir à l'idée... qu'il vous attend et qu'il s'inquiète.
MARIE, interloquée.
Qui ? Quoi ? Je ne comprends pas.
HENRI
Vous allez comprendre, M. de Mornang, 22, rue Gounod.
MARIE, se dressant et venant à Henri.
Ah ! vous savez ! (un temps. — Après l'avoir regardé fixement.) Eh bien, après ?
HENRI
Malheureuse ! mais j'aurais le droit !...
MARIE
De me tuer ? Ensuite ?
HENRI
Mais parlez donc ! Que pourrez-vous dire pour vous défendre ?
MARIE
Et vous ? pour me condamner ?
HENRI
Enfin, je vous arrête allant chez votre amant !
Gomme je vous ai surpris sortant de chez votre maîtresse.
HENRI
Vous êtes folle 1 II n'y a pas d'excuse à votre faute.
MARIE
Si, la vôtre I
HENRI
N'essayez pas de me rappeler les torts que j'ai eus; je ne les ai que trop cruellement expiés.
MARIE
J'expierai donc les miens, si tant est que l'expiation doive arriver, mais pour le moment j'entends être libre !
HENRI, menaçant.
C'est ce que nous verrons.
MARIE
Vous avez perdu tout droit sur moi !
HENRI
Aucun, je les ai tous.