‹ Madame AgnèsChapitre 151 sur 189 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

MARIE

Vous n'êtes plus pour moi qu'un objet de mépris, après ce que vous avez fait.

Alors, après ce que vous alliez faire, comment devez-vous vous juger vous-même ?

MARIE

Je ne suis pas en état de faire mon examen de conscience ! Je ne vois qu'une chose : je ne vous aime plus.

HENRI

Remerciez le hasard qui m'a permis de vous arrêter à temps... Etcomptezles remordsque je vous épargne.

MARIE

Vous ne m'épargnez rien, parce que je suis résolue atout. Je n'agis ni par folie, ni par défaillance. Je ne sors pas d'ici après une lutte où mon cœur aurait vaincu ma raison. Non. J'ai raisonné délibérément avec moi-même. Mais, pas une seule minute dans cet examen, je n'ai fait entrer en ligne de compte les devoirs de la femme ou les droits du mari, car, pour les uns comme pour les autres... il y a prescription, n'est-ce pas ?

HENRI

Malheureuse !... Je n'aurais plus qu'une chose à faire, vous ouvrir moi-même la porte, vous laisser aller chez votre amant et puis venir exercer à votre égard les droits que la loi donne à l'homme pour défendre son nom contre la créature qui le déshonore. Mais je ne suis pas seul. Vous avez un

père, une mère, une sœur. Et puis après M. de Mornang, ce serait un autre... (Mouvement de Marie.) Oui, un autre, car il aurait certainement des successeurs ou des concurrents. Je veux vous éviter cette chute dans la bou(\ Car tu vaux mieux que tu ne le dis... tu hésites encore et tu souffres, et tu as peur.

MARIE

Non.

HENRI

Tu mens ! mais tout le dit ! tout le prouve! tout le crie ! D'abord ton attitude à mon égard depuis un an. Si cruelle qu'elle ait été pour moi, elle montrait la droiture de ton caractère. Et hier soir, ta souffrance, ta prostration. N'essaye pas de nier; tu luttais désespérément ! Et tout à l'heure, dans ta chambre, avant de sortir, ton trouble, ton indécision, tes larmes... Non, ne prends pas ces airs triomphants... Tu n'allais pas à ce rendez-vous comme à une victoire. C'était la chute ordinaire, banale, lâche...

MARIE

Si vous le voulez. Admettons que ce soit la passion qui m'entraîne et que je l'aime, lui...

HENRI, menaçant.

Ah l tais-toi I Parce que si je pensais que ce fût vrai, vois-tu, il n'aurait pas le temps de le savoir. Mais tu ne l'aimes pas. Ce que tu allais chercher là-bas, c'est une affection et un appui, ce dont tout être humain, toute femme a besoin et que ton orgueil t'empêche d'accepter de moi. — Depuis un an, lu as cuirassé ton cœur d'indifférence et de dédain, mais on

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