ACTE PREMIER, SCENE III
MARTHE
Aussi n'est-ce pas, hélas, un retour définitif... tout au plus un congé d'une semaine ou deux.
ANTOMN
Votre belle-mère?
MARTHE
Mieux, certes. Ce soleil du Midi est si merveilleux! Mais ce serait la tuer, la pauvre femme, que de la ramener à Paris. Si j'ai pu m'échapper quelques jours, c'est que son fils Paul est justement avec elle.
ANTOMN
Ne vient-il pas d*être nommé conseiller d'ambassade à Washington? Il me semble avoir vu...
Précisément. Et c'est avant d'aller rejoindre son poste qu'il est allé passer une semaine auprès de sa mère. Mais il faut, bien entendu, que je sois rentrée au moment de son départ. En dehors de lui, elle n'a plus que moi, la pauvre femme, depuis la mort de mon mari.
ANTOMN, après un temps.
Savez-vous bien que c'est très méritoire, ce que vous faites là. Veuve, jeune, libre enfin... Vous être vouée à ce rôle de garde-malade...
MARTHE
C'était mon strict devoir. D'ailleurs, franchement, je n'ai pas eu grand mérite à l'accomplir. Paris n'est pas fait pour ceux qui souffrent. Et moi, désolée comme je l'étais... Non vraiment..* je n'ai pas eu de mérite à
m'exiler... Et sans ma petite amie Gabrielle que je laissais ici... ma foi, je n'aurais pas eu le moindre regret... [Un temps, tendant la main à Ariionin.) Et encore, elle ne m'inquiétait plus Gabrielle... puisque je venais de la marier à l'homme le mieux fait pour la rendre heureuse...
ANTONix, la faisant asseoir sur le canapé.
Vraiment, je ne m'explique pas encore en quoi j'ai pu mériter une telle confiance de votre part.
MARTHE, souriant.
Vous navez eu qu'à vous montrer ce que vous étiez... D'ailleurs, dès la première visite que vous nous avez rendue à Albert et à moi, sitôt après notre mariage, je vous avais déjà désigné.,, savez-vous bien, pour le poste important que vous occupez.
ANTONiN, souriant.
Vraiment?
MARTHE
Oui. Et tenez, je me souviens encore très nettement des paroles que nous avons échangées à votre sujet, une fois la porte refermée derrière vous : — « Eh bien, me dit Albert, comment trouves-tu mon ami Antonin Degroux ?
— Je le trouve fait pour devenir le mari de Gabrielle. — Voyons! Tu plaisantes, Gabrielle? Cette enfant de dixhuit ans, écervelée, gamine, toujours prête à s'amuser... Tandis qu'Antonin... un savant arrivé déjà au seuil de l'Institut, qui passe sa vie penché sur des gros bouquins...
— Justement, plus qu'un autre, il saura prendre de l'influence sur cette tête folle. {Un temps, tendant de nouveau la main à Antonin.) Etais-je dans le vrai?