‹ Madame AgnèsChapitre 164 sur 189 · ACTE PREMIER, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCENE V

Aucun.

MARTUE, après l'avoir considérée de nouveau, lui prenant les mains.

Pourtant, tu as pleuré, ma chérie; n'essaye pas de nier. [Un temps.) Pourquoi? {Un silence. Gabrielle, les yeux baissés, ne répond pas.) Je veux savoir. {Nouveau silence deGabrielle.) Voyons; ne suis-je pas ton amie, ta grande sœur? Il y a entre nous des liens qu'une absence de trois ans ne peut briser. Me voici revenue. Tu retrouves ton guide, ta conseillère. Si tu as des peines, je vais essayer de les dissiper. Tout va s'arranger. C'est peut-être beaucoup plus facile que tu ne le penses. Allons I Vite! Au confessionnal!

GABRIELLE, sa résistance s'est fondue; l'émotion la gagne. File éclate en sanglots.

Ah! Marthe! Marthe! Si tu savais!

MARTHE

Mais tu m'effrayes, sais-tu bien!

GABRIELLE

Ah! Pourquoi la seule personne au monde à laquelle je tienne, la seule devant laquelle j'aurais voulu feindre, est-elle la première devant laquelle je me suis trahie! Mais je ne peux pas, vois-tu, je ne peux pas! J'avais trop besoin de pleurer encore !

MARTHE, avec une anxiété croissante.

Feindre? Mais feindre quoi? Que peux-tu avoir à cacher? Quelle faute? Voyons! Ce n'est pas possible! Tu me rends folle ! Tu es toujours une honnête femme, n'estce pas? [Gabrielle^ sans répondre, détourne la tête.) Toi

que j'ai tant chérie! {Se rapprochant.) Voyons! Parle ! Je veux tout savoir.

GABRIELLE

Non... Epargne-moi. Je souffre trop. Juge que je n'ai rien... rien pour absoudre ma conduite à tes yeux, ou même pour essayer d'en atténuer la honte ! Pas l'excuse de l'amour, ni même celle de la curjosité ou de l'ennui... Rien... Rien... {Avec dégoût.) Ah! la dernière des créatures est moins méprisable que moi à cette heure 1

MARTHE

Non. J'exige que tu parles, que tu me fasses ta confession tout entière. Qui sait? sans que tu puisses t'en douter toi-même, les circonstances ont peut-être eu une part dans ta faute? Cherchons ensemble. J'ai tant besoin de laisser entrer dans mon cœur un peu de pitié pour toi!

GABRIELLE, SOUS foVCe.

Hélas ! ma pauvre Marthe! De la pitié, je n'en mérite pas!

MARTHE, s'asseyant près (Telle sur le canapé. Voyons... D'abord... Quel est cet homme?

GABRIELLE, après un effort.

Un familier de Madame de Couteilhas. Son nom, qu'importe?... Un de ceux qui font partie du bataillon de ces désœuvrés qu'on rencontre partout. Nous répétions depuis quinze jours une comédie, — de là, entre nous, une certaine camaraderie. — Naturellement, il me faisait la cour. Moi, ça m'amusait de jouer avec le feu. Je me croyais forte, quoique troublée un peu tout de même. {Elle sp tait^ dans une posture d'abattement.)

Alors?...

Page 1