‹ Madame AgnèsChapitre 165 sur 189 · ACTE PREMIER, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE V

GABRIELLE

Alors... — Ah! mais ça me fait mal de te dire tout ça!... — {Après un effort.) Enfin... Voilà... Tantôt, après la répétition, il nous a demandé, à Germaine de Chatnay et à moi, de venir voir chez lui des étoffes anciennes qu'il venait de recevoir et qui pourraient peut-être nous servir pour nos costumes. — Quelle raison pour refuser? Et puis, j'avais Germaine avec moi, n'est-ce pas? J'étais tranquille. — Nous sommes donc partis tous les trois dans la voiture de Germaine. Arrivés devant sa porte, à lui, au moment de monter, Germaine — oh ! c'est affreux !... Je me demande à présent si elle n'était pas complice, vois-tu ! — s'est rappelé que ses enfants l'attendaient au parc Monceau. Or, le temps s'était rafraîchi et elle avait peur qu'un rhume. . . — Du moins, c'est ce qu'elle disait. — Aussi, vivement, elle remonta dans sa voiture, en me criant — les chevaux étaient déjà en marche — : « Va toute seule. Tu décideras pour nous deux. » {Un temps,) J'hésitais alors, un peu émue, inquiète même. Mais déjà il s'enorgueillissait : « Au moins, je ne vous fais pas peur? » Je ne voulus pas lui laisser croire à un trouble de ma part... et je montai. Là, nous avons discuté très sérieusement, en faisant jouer la lumière sur les coupons... puis je partis... — Je voulus partir plutôt...

MARTHE

Le misérable !

GABRIELLE

Hélas ! Je le voudrais ! Ce serait là mon excuse. Mais non... un pauvre garçon qui ne pensait pas triompher si facilement, et qui, à l'heure qu'il est, doit n'y rien comprendre encore, car il ne peut guère garder d'illusion sur les sentiments de répulsion qu'il m'inspire. Aventure qu'il sait sans lendemain et dont il n'a pas lieu d'être bien fier!

MARTHE

Alors quoi?... Quelle raison?... Quelle explication tout au moins?...

GABRIELLE

Mais puisque je te dis que j'en suis là... à ne rien savoir, rien... tu entends, rien... incapable de retrouver une pensée, même une impression, jusqu'au cri de haine que j'ai poussé avant de prendre la fuite ! Va donc demander à ces femmes qui ont cent mille livres de rentes pourquoi elles volent un foulard de quinze sous à l'étalage du Louvre ou du Bon Marché! C'est la fatalité, la fatalité seule! Je n'ai jamais été vicieuse pourtant. Le monde m'amusait, certes, pour le plaisir de m'y montrer, d'y tourner, d'y rire et aussi parce que le temps passe là plus vite qu'ailleurs, au milieu de tout ce bruit et de tout ce mouvement. Mais je n'avais jamais éprouvé la tentation de me mêler à la plus petite intrigue. Même c'était chez moi une horreur répulsive pour ces roueries perverses, ces compromis, ces passions voilées qui circulent à travers les salons...

GERTRLDE, entrant.

Madame veut-elle qu'on serve?

GABRIELLE, trouhUe.

Non, non, tout à l'heure... rien ne presse... (Gertrude sort.)

MARTHE, après que Gertrude est sortie. Elle va derrière elle s'assurer que la porte est bien refermée^ puis revient à Gabrielle. Après un silence assez long.

Maintenant, voyons... Qu'est-ce que tu comptes faire? Ton mari ?

Mon mari ! Ah ! celui-là !

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