‹ Madame AgnèsChapitre 176 sur 189 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

voyant que tu avais mauvaise mine, je t'ai demandé si tu n'étais pas souffrante. Est-ce que ta santé?...

GABRIELLE

Mon état physique n'est qu'un résultat. C'est plus loin, plus en dedans de moi qu'il faudrait aller chercher le mal.

MARTHE

Mais parle ! ne viens-tu pas de me dire que tu adores ton mari ?

GABRIELLE

Oui... et c'est parce que je Tadore que je souffre !

MARTHE

Explique-toi. Tu me fais mourir V

GABRIELLE

Mais tu ne comprends donc pas que je l'aime follement à présent, qu'il a pris possession de toutes mes pensées, que nos deux âmes se confondent jusqu'à n'en faire qu'une et qu'un amour pareil ne lie pas seulement deux êtres pour le présent, mais encore pour l'avenir... et dans le passé !

MARTHE, avec anxiété.

Le passé?

GABRIELLE

Oui, le passé auquel nous ne songions plus... et qui vient maintenant réclamer sa dette !

MARTHE

Mais tu l'as payée par tes souffrances, ta dette au passé, vingt fois payée !

GABRIELLE

Hélas ! il paraît que non !

MARTHE

Quoi ? le remords?

GABRIELLE

Pis que cela ! La torture d'un secret qui m'étouffe! Ah! si tu pouvais te douter! C'est horrible !

MARTHE, joignant les mains.

xMon Dieu !

■ GABRIELLE, s^viterrompt un instant comme 'pour reprendre haleine, et reprend :

D'abord, dès que j"ai eu conscience de l'aimer, j'ai marché d'extases en extases. Je m'étais figuré, dans cet épanouissement physique de tout mon être, vivre une vie nouvelle... oui, à ce point qu'il me fallait presque un efTort de réflexion, quand les souvenirs d'autrefois remontaient en moi, pour ne pas croire qu'il s'agissait du roman d'une autre. Aussi, cette douleur n"a commencé à devenir sensible que quand l'union d'àme s'est faite encore plus étroite entre nous, quand sur cet amour — cela ne pouvait venir que peu à peu, tu conçois — s*est greffée une amitié confiante qui en était comme le couronnement. Nous causions. Je le voyais m'abandonnant son esprit, pensant tout haut, mêlant les projets du lendemain aux souvenirs de la veille, sans la moindre crainte d'une parole maladroite, compromettante, pouvant tout me dire naturellement. Et moi, au contraire, j'hésitais devant certaines phrases, timide, obligée de trouver des biais de conversation, enfin, appréhendant à tou

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